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Finance éthique

La Réunion : un produit islamique touché par la crise

Explications de Mohammad Patel, membre d'ACERFI à La Réunion

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 12 Mai 2009

L’aventure a pris fin pour le premier fonds islamique français, mis en place il y a un an par la Banque française commerciale (BFC) de l’île de La Réunion. En raison d’un rendement jugé insuffisant, la filiale de la Société générale a pris la décision de fermer le fonds fin avril, après avoir remboursé la totalité des montants investis aux prescripteurs. Explications.



Shariah Liquidité, le premier produit financier islamique de France, proposé depuis plus d’un an par la Banque française commerciale océan Indien (BFCOI) de La Réunion, n’existe plus à présent. « En raison de la crise financière, la rémunération de ce placement devenait extrêmement modeste », avait déclaré le directeur général de la BFCOI fin avril.

« Les investissements n’étaient pas garantis, c’était une des conditions que nous avions posées pour valider le fonds. Étant donné que les musulmans de La Réunion avaient investi beaucoup d’argent et qu’ils avaient énormément confiance en la banque, celle-ci a préféré fermer le fonds » , explique pour Saphirnews Mohammad Patel, membre d’ACERFI (Audit, conformité et recherche en finance islamique), premier shariah board francophone, et de la CFCI (Cellule de fiqh du centre islamique) de La Réunion.

Mohammad Patel, membre d'ACERFI, premier shariah board francophone.
Mohammad Patel, membre d'ACERFI, premier shariah board francophone.

Un produit « victime » de la crise

Pourtant, au départ, rien ne présageait une telle fin. Plusieurs fois cité en exemple, Shariah Liquidité avait connu un succès immédiat dès sa commercialisation. Le montant minimal de la souscription s’élevant à 10 000 euros, ce ne sont pas moins de 15 millions d’euros qui ont été déposés sur le fonds par près de 200 souscripteurs musulmans, aussi bien des particuliers que des chefs d’entreprise et des commerçants de l’île.

Le produit islamique, étudié puis validé par un comité d’experts membres de la CFCI et d’ACERFI, dont fait partie M. Patel, également imam de la mosquée de Saint-Pierre (La Réunion), répondait à trois exigences : le partage des profits et des risques ; l’interdiction de recevoir ou de verser des intérêts ; et l’interdiction d’investir dans des entreprises ou secteurs d’activités illicites tels que l’alcool, l’armement ou encore les jeux d’argent.

Alors comment le fonds se rémunérait-il ? Ses opérations étaient principalement réalisées « sur l’achat et la revente de matières premières ». « Voyant la baisse continue de leur taux et voulant protéger les investisseurs et les fonds, les gestionnaires du produit ont préféré le fermer ». La banque a ainsi anticipé des rendements plus modestes que ceux qui étaient prévus au départ. Au lancement du produit, « on avait annoncé un taux de rendement annuel d’environ 2,5 %. Pendant les six premiers mois, je pense qu’on a été proche de ce chiffre », explique M. Patel. Mais plus le temps passait, plus les prévisions de rendement étaient « moins bonnes ».

Avant fermeture, une plus-value, réalisée lors des six premiers mois, a tout de même été distribuée aux investisseurs, fait savoir l’imam. « Pour le moment, il n’y avait pas de pertes réelles. De toute manière, la banque en elle-même n’aurait rien perdu, puisque ses frais de gestion auraient toujours été prélevés. Ce sont plutôt les investisseurs qui auraient eu à essuyer les pertes, car le propre des investissements islamiques est que les risques sont partagés. La banque a préféré jouer la carte de la transparence et avertir ses clients », explique-t-il.

Une finance à l’avenir toutefois prometteur

« Si jamais les conditions de marché sont meilleures après la crise, il y aurait possibilité qu’un tel fonds soit relancé à nouveau. Mais il faudra attendre que les conditions internationales s’améliorent », rapporte M. Patel. Bien que des études « sérieuses » concernant le patrimoine de la communauté musulmane de l’île n’aient pas encore été faites, « son pouvoir économique est assez fort », ce qui permet que les banques ne relâchent pas leurs efforts.

Pour le moment, le produit de l’assurance-vie « charia-compatible », commercialisé depuis quatre mois par le groupe AGF, est toujours sur le marché réunionnais. Le produit, dont les fonds sont investis en Bourse à travers l’indice Dow Jones Islamic Market, ne connaît pas la crise malgré l'état actuel de la finance mondiale. « En général, les personnes qui y investissent le font sur une période de 8 ans pour que le rendement soit assez intéressant. C’est sûr que, sur le court terme, investir en Bourse est risqué mais, à horizon de 8 ans, on peut anticiper les choses », ajoute M. Patel.

En fermant Shariah Liquidité, La Réunion semble avoir fait marche arrière. Néanmoins, elle reste le territoire français aux efforts les plus avancés en matière de finance islamique. D’autres projets, classés « confidentiels », sont d’ailleurs à l’étude. L’île compte près de 60 000 musulmans sur 700 000 habitants. Bien que son marché soit plus restreint qu'en métropole, les réticences autour des produits « charia-compatibles » sont moindres. Leurs mises en place « ne créent ni débat ni polémique, contrairement au marché hexagonal », conclut M. Patel. Cependant, de nombreux projets sont en cours d’élaboration et la métropole devrait bientôt emboîter le pas à La Réunion, grâce à l’ouverture, d’ici à l’été 2009, de banques islamiques.

Lire aussi : Finance islamique : la France se dote d’un cadre fiscal adapté





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