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L’islamophobie à l’anglaise

Rédigé par Ammar B. | Vendredi 26 Août 2005

Le gouvernement de Tony Blair voudrait institutionnaliser l’islamophobie. Ce mercredi 24 août, il a diffusé une liste dite de « comportements inacceptables ». Il s’agit en clair d’attitudes ou de paroles pouvant désormais entraîner des poursuites judiciaires et l’expulsion du territoire britannique. De telles mesures avaient été promises sous le coup de l’émoi causé par les attentats du 7 juillet où 52 personnes ont trouvé la mort. L’analyse de la liste annoncée montre que M. Blair continue de minimiser, à défaut de nier, une relation directe entre les actes terroristes de Londres et la présence de ses troupes en Irak.



Le gouvernement de Tony Blair voudrait institutionnaliser l’islamophobie. Ce mercredi 24 août, il a diffusé une liste dite de « comportements inacceptables ». Il s’agit en clair d’attitudes ou de paroles pouvant désormais entraîner des poursuites judiciaires et l’expulsion du territoire britannique. De telles mesures avaient été promises sous le coup de l’émoi causé par les attentats du 7 juillet où 52 personnes ont trouvé la mort. L’analyse de la  liste annoncée montre que M. Blair continue de minimiser, à défaut de nier, une relation directe entre les actions terroristes de Londres et la présence de ses troupes en Irak.

Des comportements pas british

« Fomenter, justifier ou glorifier la violence terroriste », « chercher à provoquer des actes terroristes ou crimes », « promouvoir la haine entre communautés » tels sont quelques-uns des comportements listés par Charles Clarke, ministre de l’Intérieur. Il s’agit pour M. Clarke d’envoyer un message à l’opinion publique : exprimer clairement qu’il y a « des comportements inacceptables qui seront la base de déportations et d'exclusion de tels individus du Royaume uni. » Le Ministre a aussi annoncé qu’une liste de noms de personnes était à l’étude et a qualifié la menace d’actions terroristes de « réelle et significative ».

La lutte contre le terrorisme est ainsi la raison de ces mesures. Pour M. Clarke, il ne s’agit pas « d’attenter ni à la liberté d’expression, ni au débat légitime sur les religions ou d’autres sujets. » Précision importante dans la mesure où la liste mentionne l’écriture, la production ou la publication de support de communication tesl des sites Internet, ou de supports pédagogiques pour les enseignants ainsi que des prêches pour les imams.

Sur son site Internet, le MCB (Conseil des musulmans de Grande-Bretagne) qualifie la liste publiée de « vague et confuse ».  Interrogé par l’AFP, Inavat Bunglawala, chargé de presse du Conseil, affirme être « particulièrement inquiet que des dignitaires musulmans soient interdits d’entrée en Grande-Bretagne uniquement sur la base d’une chasse aux sorcières médiatique orchestrée par des éléments pro israéliens. »

Le 11 septembre de Londres

L’Association des musulmans de Grande-Bretagne (MAB) n’est pas particulièrement enthousiasmée par les mesures de Charles Clarke. Ahmed Al-Shikh, président de cette grande association représentative de l’islam en Grande-bretagne, s’interroge sur le sens accordé au mot « terreur » qui, dit-il, a été « évitée » par M. Clarke. Selon M. Al-Shikh, « il ne devrait pas avoir de norme morale différente selon que la tuerie est causée par des bombes artisanales, des F16 ou des tanks.» Et le leader du MAB d’ajouter que si l’on doit identifier les coupables, « toute personne qui glorifie ou justifie les massacres commis par des occupants militaires illégaux, doit aussi être considérée coupable d’incitation au terrorisme.»

Cet avis est aussi celui de Halya Gowan d’Amnesty International qui estime que « le flou et l'approximation de la définition de « comportement inacceptable » et « terroriste » peuvent mener à des injustices et créer des risques de nature à fragiliser la protection des Droits de l’Homme aux RU ». Cette idée est partagée par Manfred Nowak, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture dans le monde qui estime qu’en renvoyant certains prédicateurs jugés radicaux, Londres pourrait mettre leur vie en danger. Car, pour certains d’entre eux, le risque de peine de mort est « réel » dans leur pays.

Quant à la Commission islamique des Droits de l’homme, elle estime que « les propositions n’ont aucun effet autre que d’installer un peu plus d’islamophobie dans la société britannique. » La Commission assimile ces nouveaux plans gouvernementaux à une « criminalisation de la pensée ».

Au lendemain du 11 septembre 2001, le Congrès américain a voté le USA Patriot act et le président Bush l’a signé, le 26 octobre 2001 sans essuyer d’opposition. Au lendemain du 7 juillet 2005, le Royaume Uni suit le même schéma : face à la terreur, on bunkerise le pays, offrant ainsi une victoire indirecte au terrorisme que l'on croit combattre. Or, selon Al-Sheikh du MAB, « pour lutter contre le terrorisme, le gouvernement a besoin de gagner les cœurs et les esprits par des engagements sérieux et le dialogue plutôt que par des mesures draconiennes qui alièneront les communautés et éroderont les libertés civiles ».

 





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