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L'école : la crise

Rédigé par Ismaili Miloud | Mercredi 15 Octobre 2003



Aujourd’hui, les systèmes éducatifs du monde moderne sont accusés d’échec. On leur impute la responsabilité à eux seuls de toutes les défaillances sociales. L’école dit-on ne remplit plus sa fonction et les pauvres enseignants deviennent les boucs émissaires de toutes les frustrations. Chacun renvoie donc la responsabilité chez l’autre et pendant que les politiciens et responsables éducatifs se livrent à des disputes infantiles ; une génération d’enfants mal instruits et mal éduqués se dirigent vers une voie dont ils ne connaissent ni le but ni la fin.

Parents démissionnaires, familles fragilisées, violences urbaines, face aux ravages de la société marchande et de l’individualisme, l’école se voit charger d’éduquer nos bambins. On lui demande de palier les échecs des autres institutions ; dure mission-quasi-impossible- pour une institution en pleine dégénérescence. Dans toute l’Europe, on assiste à la destruction des systèmes d’enseignements sous la pression du mercantilisme. Serait-ce la fin de l’étude et du savoir ? Peut-être pas, mais la situation semble inquiétante. Dans un récent rapport « illetrisme et exclusion » réalisé par deux universitaires pour la fondation Caisses d’Epargne pour la solidarité indique que près de 10% des jeunes adultes sont « incapable d'affronter la lecture d'un texte simple et court » Les chercheurs ajoutent que plus de 33% des jeunes ayant quitté le système scolaire en classe de troisième sans diplôme sont en situation d’illettrisme, ce qui démontre que l’on peut passer entre dix et douze ans dans les murs de l’école et en ressortir illettré.

Autres chiffres tout aussi troublants : en 1998, plus de 20% des élèves de sixième ne maîtrisaient pas les compétences de base en lecture et 38% d’entre eux en calcul. Aux discours des fonctionnaires du ministère qui affirment que tout va bien, on leur impose des chiffres qui donnent le vertige : à peu près 10% d’une classe d’âge en France - selon une récente enquête de l’INSEE réalisée auprès des jeunes appelés - ont de grandes difficultés de lecture. Avec un tel constat, le nombre de reçus au bac atteint plus de 7O% !

Comment ?

La réponse est simple. Il s’agit de montrer à l’opinion publique et aux parents que l’école fonctionne et qu’elle remplit ses fonctions. Mais le bac ne sert plus à rien, il faut aujourd’hui un bac + 2 pour trier des boîtes de conserves dans un supermarché : ils auront tous le bac…

Chaque année, lors des rentrées scolaires, des milliers d’étudiants et de lycéens descendent dans la rue pour réclamer plus de moyens. Le ministère leur jette des miettes. Les problèmes demeurent et grandissent. Derrière les cris de colère, c’est toute une jeunesse angoissée qui manifeste ses inquiétudes et son mal-être. « La décadence d’une société régie par les seules lois de marché - écrit Roger Garaudy - génère nécessairement , par l’absence de tout repères et de toute signification, à la fois le désarroi des enseignants, le désintérêt de l’institution scolaire par une grande partie de la jeunesse, la violence aveugle dans un régime social fondé sur la lutte concurrentielle de tous contre tous, l’absence du sentiment d’appartenance à une communauté chez des millions de chômeurs et exclus qui ont à la fois le sentiment de leur inutilité dans la société de l’absence de perspective d’avenir et de sens d’une telle société ». (1)

Au-delà d’une simple réforme, le système actuel a besoin d’une profonde mutation, car dans un tel état, il est fort probable qu’à plus au moins long terme ce ne soit le système américain qui s’impose : on n’apprend plus rien et on mange en cours. Avez-vous remarqué avec attention comment se déroule la vie au collège ? L’ambiance est pauvre- les lieux sont d’une autre époque, les sonneries toutes les 55 minutes résonnent pour les élèves et professeurs comme une délivrance, la cohue, les bousculades, les cris dans les couloirs, les bagarres, la violence et le racket vécu comme une souffrance. Le climat n’est pas propice à l’apprentissage et l’élève ne s’y sent pas à l’aise. L’ancien ministre de l’éducation nationale Claude Allègre a dit qu’il faut « placer l'élève au centre » ; formule certes moderne mais qui ne trouve aucun écho dans tout ce bataclan qui s’agite et fonctionne sans parvenir à régler le moindre problème.

Le système éducatif doit être réorganisé pour donner aux jeunes les moyens de se construire, c’est-à-dire de penser par eux-mêmes, d’imaginer, bref, d’être créatif. Elle doit permettre à l’homme de transcender, de penser et d’inventer une nouvelle conception de la vie, de l’homme et de la société. L’éducation doit donner à tous les moyens de penser des réalités et de réaliser ses pensées. Alors que tout, dans le système scolaire actuel, plonge l’enfant dans un monde irréel, lui inculquant une idéologie de justification des pouvoirs.

L’école dans la mondialisation

Dans ce monde écrasé par le rouleau compresseur de la mondialisation, l’école est entrée de force dans l’ère de la compétition et du marché. C’est dans Marianne du (11/1/99) que l’on pouvait lire : « nous allons vendre notre savoir-faire à l’étranger, et nous nous sommes fixé un objectif de deux milliards de chiffres d’affaires en trois ans. Je suis convaincu qu’il s’agit là du grand marché du 21ème siècle ». Qui parle ? Le patron d’une grande entreprise ? Non. Claude Allègre, ancien ministre de l’éducation nationale. Cela donne des frissons : l’éducation nationale use des méthodes et du langage des marchands. L’objectif est clairement avoué : le système éducatif ne doit plus former des citoyens mais des employés taillés sur mesure et prêts à servir…..marché rentable, profil nécessaire à l’industrie, service rendu au monde économique. Je me demandais quel avenir se préparait une société qui parlait en ces termes de ses propres enfants ? Je pensais au projet de Claude Allègre visant à réduire le nombre d’heures de philosophie en terminale pour les remplacer par des cours d’éducation civique. Il est vrai que lorsque l’éducation consiste à façonner des « profils nécessaires », il est certainement plus « rentable » de leur apprendre à obéir plutôt qu’à réfléchir.

Comment accepter que l’école devienne non l’initiation au savoir mais l’apprentissage du consumérisme et que la publicité envahisse jusqu’aux toilettes des lycées et des universités ? Les enfants américains regardent en moyenne la télé 20 heures par semaine. Mais, comme cela ne suffit pas, 8 millions d’élèves sont obligés de la regarder en classe. Depuis 9 ans, Channel One diffuse en effet quotidiennement un journal d’information dans 12 000 écoles. Ce JT très marketing de 12 minutes est bien sur entrecoupé de deux publicités. Et pas question d’aller aux toilettes pendant l’émission : le spot de trente secondes est vendu 200 000 dollars (l’équivalent du tarif aux heures de forte audience sur les grandes chaînes) et la diffusion fait partie des cours. La chaîne bénéficie ainsi de cinq fois plus d’audience que les mastodontes des networks (ABC, CBS, NBC, CNN) sur la même tranche d’âge (15-17 ans). Evidement, on fournit aux écoles, un poste de télévision pour chaque classe. Les établissements scolaires organisent des jeux concours en cours desquels des entreprises comme Mac Donalds ou Kellog ‘s réalisent des études de marché sur les enfants. Ca se passe comme ça…..

Pour redonner à l’école sa vitalité et l’extraire de la sphère marchande, il faudra identifier et lutter contre les errances du système éducatif. Essentiellement : l’échec de la démocratisation, la persistance des inégalités sociales malgré l’allongement de la durée des études, l’imposture sur l’égalité des chances, l’incapacité du collège à répondre à ses missions, le désastre social et humain d’une orientation par l’échec qui dévalorise les élèves et les filières vers lesquelles ils sont dirigés. Drôle de système éducatif chargé de l’épanouissement des élèves qu’ont écoutent quasiment jamais sauf lors de flambées contestataires.

(1)  Roger Garaudy, « Avenir : Mode d’emploi » : p.116-117




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