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Culture & Médias

Khadija Lemkacher : sur les traces d’une réalisatrice tunisienne…

Par Fériel Berraies Guigny. Paris

Rédigé par Fériel Berraies Guigny | Samedi 19 Mai 2007



Alexia Laroche Joubert, Ghazi Karoui et Khadija Lamkacher
Alexia Laroche Joubert, Ghazi Karoui et Khadija Lamkacher
Digne fille de son père, et pourtant elle s’en défend quand elle nous affirme « moi et mon père, serions incapables de travailler ensembles… » Khadija Lemkacher, jeune réalisatrice tunisienne, n’a de cesse de poser son beau regard sur un cinéma tunisien jeune, mais en pleine mutation

Car le septième art tunisien malgré son conservatisme est en mouvement, et la vielle école aux oubliettes, doit laisser place à une génération montante qui n’a de cesse de vouloir faire ses preuves.
Oui Khadija Lemkacher, fait parti de ces enfants de la balle « ils sont tombés dedans étant tout petits » et de cela est née une véritable passion, transformée en une réelle vocation. Mlle Lemkacher de son nom de jeune fille, n’a de cesse de poser un regard novateur sur ce monde des médias, décidemment resté beaucoup trop conservateur et frileux à son goût.

Qui se cache donc derrière l’image de la directrice de la Star Ac Maghreb ?
Khadija est avant tout une amoureuse du cinéma tunisien, un amour qui ne la quitte pas depuis quinze ans. Sa carrière elle l’a commencé très jeune en tant que technicienne, tout un parcours qui lui a permis de connaître tous les rouages du métier : de stagiaire à assistante réalisatrice, participant à des longs métrages autant tunisiens, qu’étrangers. Dans des grosses productions comme « The english patient » ou le dernier « Star Wars ». Une grande fierté pour elle, nous a-t-elle confié.

Un passage français très remarqué avec le « Peut être « de Cédric Klapish, une expérience très enrichissante. Touche à tout, Khadija a dans son répertoire autant la réalisation dans la publicité que les courts et longs métrages institutionnels. La réalisation de documentaires pour l’Unicef par ex, aux émissions pour la radio, tout y est passé. Faisant d’elle, une artiste et une professionnelle complète.

Sept ans de formation dans la réalisation, dans une école parisienne, et un an de stage en infographie, étudiant l’image à trois dimensions pour finir par un séjour à Los Angeles, en vue de faire un stage sur les « soap operas » au sein de la Paramount.
Un environnement parental, qui l’a prédisposé à cette vocation, un père dans le cinéma et la réalisation aussi, considéré comme un véritable monument du septième art tunisien. Et pourtant ancienne et nouvelle génération ne font pas bon ménage et malgré les réticences paternelles, khadija a suivi la voix de son cœur, abandonnant une vocation de scientifique et pas des moindre.

« Ce n’est pas un métier de femme » mais Khadija Lemkacher s’est belle et bien imposée par la force de son talent. Dans un environnement médiatique resté très frileux et misogyne. Le regard de la femme est très original selon cette réalisatrice. On a trop tendance à penser que le technique n’est pas l’apanage des femmes, qu’elles doivent être reléguées à faire uniquement de la fiction, ou du documentaire historique, car « incapables d’apporter quoi que ce soit dans les domaines techniques de la télévision ». Appriori plus que réalité puisque la performance n’est pas une question de sexe. « Il faut un gros travail dans les mentalités, « à part Moufida Tlatli et Kalthoum Bornaz, très peu ont percé ». Mais elles n’ont jamais fait de travail technique. Des spots publicitaires à la promotion de Nesma TV en vue de l’ouverture de la chaîne, la réalisatrice a convaincu.

Dans la fiction et les longs métrages, les films d’auteurs laissent deviner facilement quand il s’agit d’un film de femmes, mais il n’en est rien quand il s’agit de spots publicitaires. Un défi relevé par Mlle Lemkacher. S’il fallait faire des changements, il faudrait « davantage de télés, et davantage de budgets pour les talents tunisiens ». Il faudrait impérativement « faire confiance aux jeunes ».

Pour cela, il faut aussi diminuer « les films d’auteurs » pour donner plus de place au court métrage, « arrêter les histoires de femmes » et donner plus de place au cadrage, au fictif. Tout dépend de l’école « d’où on vient » Et la réalisatrice n’a pas caché son engouement pour les films à suspense. Actuellement elle en train de réaliser un court métrage basé sur un fait divers. Parmi les scénarios inachevés et en cours, Khadija Lemkacher s’éloigne des problèmes de société, mettant plus l’accent sur des fictions policières, qui n’ont rien à voir avec son vécu. Des préférences qui l’amènent à rêver d’une collaboration avec David Lynch. Dans le secteur de la publicité, Khadija a travaillé avec le réalisateur de pubs français xavier Jean, qui sort son premier long métrage en France. Contenu qui promet également de déranger et qui mettra en lumière la première apparition cinématographique d’Estelle Lefébure. Paradoxalement, dans le patrimoine tunisien et maghrébin le paranormal, la magie noire font parti de notre quotidien. Autant de sources d’inspiration pour une jeune réalisatrice en quête d’un cinéma « à sensations et émotions ».


Actuellement, Khadija Lemkacher a endossé la panoplie de Directrice au Sein de la Star Ac Maghreb, une autre corde à son arc, pour une jeune femme qui reste ouverte à la télé réalité. Bien que reconnaissant les dangers d’un certain voyeurisme afférent à certaines émissions. Mais « la télé réalité au service de l’Art » est un moindre mal, si elle amène des jeunes talents à se faire connaître. Pour certains c’est même une véritable ascension sociale, un « rêve pour certains candidats les plus démunis ». Un des élèves l’ayant approché en disant « … moi madame, je vis un rêve, car je viens des égouts »…

« La télé réalité peut même passer des messages humanitaires extraordinaires, dans nos pays par ex on ne sait pas toujours ce qu’est ce petit ruban rouge que l’on porte sur nos vestes et quand on peut expliquer que c’est destiné à lutter contre les ravages du sida... » alors on se dit qu’on a sensibilisé un certain public. Les artistes peuvent sensibiliser davantage.

Gageons que cette formidable aventure pour Khadija Lemkacher avec les Frères Karoui, commencée il y a des années déjà, avec les premiers spots publicitaires de la marque de yaourt yoplait, ne se terminera pas de sitôt !

Bonne chance, Khadija Lemkacher !




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