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Société

Jours de ma vie

Rédigé par Rakho Mom Assmaâ | Mardi 8 Mars 2005

Difficile est un bien faible mot pour qualifier la lecture des pages des « Jours de ma vie », de Zaynab Al Ghazali. Bouleversante, déchirante ou encore poignante seraient à mon sens des termes plus appropriés, plus adéquats. Parcourir d’une seule traite les lignes de cet ouvrage relève en effet du défi. Comment soutenir la description de tortures, d’abominations, de douleurs et d’horreurs commis sur l’auteure de ces lignes, et plus généralement sur des milliers d’Egyptiens durant la dictature nassérienne ? Comment persister dans la lecture quand votre cœur se soulève et votre esprit se révolte face à ces inhumanités ? Comme le dit si bien Tariq Ramadan au tout début de la préface qu’il signe, « Zaynab Al Ghazali est de ces femmes qui ont tout donné de leur existence pour Dieu, pour leur foi, pour leur espérance de justice ». C’est peu dire !



Difficile est un bien faible mot pour qualifier la lecture des pages des « Jours de ma vie », de Zaynab Al Ghazali. Bouleversante, déchirante ou encore poignante seraient à mon sens des termes plus appropriés, plus adéquats. Parcourir d’une seule traite les lignes de cet ouvrage relève en effet du défi. Comment soutenir la description de tortures, d’abominations, de douleurs et d’horreurs commis sur l’auteure de ces lignes, et plus généralement sur des milliers d’Egyptiens durant la dictature nassérienne ? Comment persister dans la lecture quand votre cœur se soulève et votre esprit se révolte face à ces inhumanités ? Comme le dit si bien Tariq Ramadan au tout début de la préface qu’il signe, « Zaynab Al Ghazali est de ces femmes qui ont tout donné de leur existence pour Dieu, pour leur foi, pour leur espérance de justice ». C’est peu dire !

 

En cette journée de célébration de la femme, et comme un clin d’œil à tous ceux qui ne perçoivent ou ne veulent percevoir la femme musulmane que soumise au diktat masculin ou encore refoulée au rang de génitrice, il nous est apparu opportun d’évoquer à travers « Des Jours de ma vie », la mémoire d’une femme, musulmane de surcroît ( !), dont l’évocation seule du nom suffisait à faire trembler de rage et de haine un certain Gamal Abdel Nasser, ex Président de la République d’Egypte. N’est-ce pas lui-même qui, alors que cette dernière subissait son « enfer », fit parvenir un billet signé de sa main où la prisonnière put lire que « sur ordre du Président de la République, son Excellence Gamal Abdul Nasser, Zaynab Al-Ghazali Al-Jabili doit être torturée beaucoup plus que ne sont torturés les hommes » ?

 

Il nous aura fallu un temps nous ressourcer émotionnellement, refouler nos larmes et évacuer une certaine tension nerveuse afin d’être mieux à même de rédiger ces lignes. Des lignes et des mots dont il nous incombait qu’ils soient à la mesure de l’œuvre et du personnage auxquels ils seraient consacrés.

 

Mais qui est Zaynab Al-Ghazali ? « Par son courage, sa détermination, sa patience et sa confiance, elle est un modèle pour toutes les femmes musulmanes... elle est un exemple pour toutes les femmes ». Mais encore ? « Son engagement témoigne, contre tous ceux qui n’ont voulu voir dans la mobilisation « islamiste » que l’expression d’un nouveau machisme, du rôle des femmes dès l’origine du mouvement [...] Porteuse d’un mouvement de libération dans et par l’islam, elles furent nombreuses à s’engager [...] : elles ne furent pas épargnées par les mauvais traitements, l’humiliation et la torture. Zaynab Al-Ghazali l’a vécu dans sa chair, dans son honneur, dans son être ». Mais qui fut véritablement cette femme ? Elle fut la présidente de l’Association des Femmes Musulmanes, créée en 1936 ; association liée à celle des Frères Musulmans. Toutes deux avaient pour principal objectif « la propagation de la religion musulmane et la formation des êtres humains ».

 

Dotée d’une très forte personnalité, d’un charisme certain et d’un caractère bien trempé, Zaynab Al-Ghazali sait ce qu’elle veut et met tout en œuvre pour y arriver, balayant sur son passage ce qui pourrait entraver le moindre de ses pas. En témoigne un épisode édifiant, signe d’une détermination et d’une ténacité hors norme. Laissons l’auteure nous relater les faits. « Mes activités au sein de l’organisation ne m’empêchaient aucunement [...] de remplir mes obligations familiales. [...] Cependant, mon mari avait remarqué les visites répétées chez nous. [...] Il m’interrogea alors sur l’étendue et la nature de ces activités [...], je lui répondis : « te rappelles-tu cher mari de ce que je t’ai dit quand nous nous étions mis d’accord sur nos fiançailles ? » Puis il se tut et baissa la tête. Je lui ai dit : « Moi je me rappelle très bien de ce que je t’ai dit ce jour-là. Je t’avais dit : [...] puisque tu es prêt à me prendre pour épouse et je suis de mon côté prête à te prendre pour époux, je dois t’apprendre quelque chose : [...] si les intérêts personnels et les activités économiques sont en contradiction avec mes activités militantes, et que ma vie conjugale devienne un obstacle face à la lutte pour l’Islam et la réalisation de l’Etat islamique, ce jour-là nous serons à la croisée des chemins ».

 

« A l’aube du 20 août [1965], les hommes du despote forcèrent ma porte et envahirent ma maison ». C’est le début d’un calvaire, d’un supplice permanent, qui durera jusqu’en août 1971, date à laquelle Zaynab Al-Ghazali est libérée. Un hypothétique attentat visant le président Nasser sert à ce moment de prétexte aux Services de Renseignements pour l’arrestation et l’emprisonnement de milliers d’égyptiens. Torturés affreusement, privés de nourriture ou encore livrés à des chiens affamés et féroces, le seul torts de ces milliers de jeunes, de femmes, voire de vieillards, est de suivre scrupuleusement les préceptes de l’Islam et d’avoir eu des relations de près ou de loin avec un membre de l’organisation des Frères Musulmans. Enfermés pendant des années dans des prisons militaires, beaucoup n’en ressortiront pas. « On va t’enterrer comme on a enterré des centaines comme vous ici dans cette prison militaire, espèce de chienne ! » ne cessait de répéter à Zaynab Al-Ghazali ses tortionnaires. Les coups de fouet, les séances de torture, les insultes, les tentatives de viol,... tout est bon pour faire avouer l’inavouable. Seule une foi inébranlable et un caractère rompu à toute épreuve permettent à la jeune femme de résister, de subir sans faiblir moralement.

 

A lire, à relire et à faire lire autour de soi, ce témoignage fait sans conteste partie des ouvrages de référence, et son auteure fait figure de héroïne dans le monde arabe, au même titre que la poétesse Rabia Al Adawyyia (713-805), ou la célébrissime poétesse Al Khansa. A sa sortie, dans sa version en langue arabe, ses pages circulaient dans les pays arabes sous le manteau et suscitait un engouement et une admiration encore très vivace aujourd’hui.

 

Notre seul et unique regret s’agissant de cet ouvrage concerne la forme. Ne serait-ce l’histoire poignante et captivante et la renommée de son auteur, le lecteur abandonnerait sûrement dans les rayons des librairies ce livre à la présentation visiblement très mal travaillée et aux lignes émaillées de fautes d’orthographes, voire d’erreurs dans la tournure des phrases. Vous m’objecterez que cela constitue une constante dans l’édition en français des ouvrages en langue arabe et vous aurez raison.

 

Titre : Des jours de ma vie.

Auteur : Zaynab Al-Ghazali.

Nombre de pages : 379.

Editeur : Al Bouraq.






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