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Psycho

Jihane : « Une musulmane peut-elle consulter un psy non musulman ? »

Rédigé par Lalla Chamsennour | Lundi 13 Septembre 2010



Jihane : « Une musulmane peut-elle consulter un psy non musulman ? »
« Salam alaykum. J’ai récupéré votre adresse mail sur Saphirnews. Je vois une psychologue depuis quelques mois, pour un problème de confiance en moi et de difficulté à m’engager principalement. Rien de méchant, insha Allah.

Je me pose des questions toutefois sur la capacité à me comprendre d’un professionnel qui ne partage pas ma façon de voir la vie et mes croyances. Est-ce qu’elle peut réellement m’aider à défaire certains nœuds, alors que ce qui, pour moi, est de l’ordre de la conviction est peut-être pour elle une entrave à la liberté d’être soi ?

J’ai passé plusieurs heures à lui expliquer certains fondamentaux de l’islam. Quand je lui disais que, pour nous, Allah est Dieu et la Vérité, elle me répondait que Dieu était un concept que les hommes ont créé, et moi de lui répondre que Allah, dans Son livre, se nomme Lui-même Allah-Dieu.

Cela dit, elle est ethnopsychologue, et a donc une capacité à saisir les particularités dues à certains environnements. Et d’ailleurs nos conversations ne tournent pas autour de la question religieuse la plupart du temps.

En même temps, je me dis qu’un musulman est avant tout un être humain, que ses problématiques ne peuvent pas être bien différentes de celle de n’importe quel autre être humain. Et qu’il peut même être intéressant d’avoir un regard extérieur à celui de ma religion, et pas si extérieur que ça d’ailleurs puisque, étant née et ayant toujours vécu en France, je partage avec elle cette part d’identité française dont je suis faite.

Vous qui est êtes spécialiste des maux de l’âme et musulmane à la fois, pensez-vous qu’il soit possible de se faire accompagner par quelqu’un qui ne voit pas la vie de la même manière, qui ne croit pas en les mêmes choses ?

Votre réponse pour moi est importante, car je ne sais pas si je dois avancer plus avant avec elle. Et, en même temps, j’ai le sentiment qu’on ne peut pas être un bon musulman si on a des problèmes psychologiques non résolus qui nous empêchent d’être pleinement nous.

Bien à vous.

Wa salam, Jihane. »

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Votre question est très intéressante, je vous en remercie. Je vais tenter d’y répondre, mais sachez bien qu’il ne s’agit là que de mon point de vue et que c’est à vous, en votre âme et conscience et après avoir consulté votre propre cœur, de trouver la réponse qui vous convient.

Prenons les choses en ordre : les patients musulmans peuvent-ils consulter un professionnel qui ne l’est pas ? Si tous ceux qui consultent des psys devaient forcément partager les convictions de leur thérapeute, il y aurait de quoi s’inquiéter sur la question de l’ouverture d’esprit. Personnellement, je suis toujours gênée quand je reçois des lettres me disant qu’on s’adresse à moi parce que je suis musulmane.

Prenons les choses à l’inverse. Si une personne en difficulté me demande de la prendre en cure, il n’est pas question de lui demander si elle est musulmane ou non ! Je dirais même que ma foi et ma pratique spirituelle me donnent une qualité d’écoute qui me permet d’accueillir des personnes venant de tous les horizons, de toutes les cultures, croyantes ou pas.

Car l’essentiel, dans une alliance thérapeutique, est la confiance que chacun, le patient et le thérapeute, peut mettre l’un en l’autre. C’est la première condition pour qu’une rencontre d’âmes ait lieu et puisse ouvrir sur un vrai travail de connaissance de soi.

Mais il faut tenir compte de l’histoire de la thérapie en France, influencée par les idéologies, le structuralisme, la laïcité souvent mal comprise, et il est certain qu’un thérapeute pris dans une « école » thérapeutique et non croyant aura du mal à décrypter la subtilité de la réalité d’une personne, qu’il aura tendance à considérer avec des œillères.

Pour vous répondre plus directement, il me semble qu’il est important de consulter, avant d’en choisir un, plusieurs thérapeutes et d’écouter son intuition pour savoir en qui vous pourrez placer votre confiance.

Pour en venir à vous, si vous vous sentez en confiance avec la personne que vous avez choisie, c’est l’essentiel. La foi et les traumatismes de l’âme ne relèvent pas du même champ. Elles ont cependant un grand point commun : l’inconscient. Ce que nous savons de nous sans le savoir. Il y a là une part de mystère commune. Tout doit pouvoir s’interroger dans un travail d’analyse de ses traumatismes, y compris la question de la pratique religieuse : où elle s’enracine, y sommes-nous arrivé en toute liberté, quelle est la part de la conviction intime et de l’influence familiale ? etc.

Il suffit que le thérapeute soit généreux et ouvert à la question éthique pour vous aider à cheminer en vous-même. Mais si le thérapeute ne se place pas dans une recherche éthique rigoureuse, qu’il ait la foi ou non, mieux vaut l’éviter.

Ce que les musulmans ignorent malheureusement souvent, c’est que l’islam est la seule religion d’Occident qui encourage avec insistance le retour sur soi-même. La notion de jihâd, de grand jihâd, est au cœur de cette question. « Qui se connaît soi-même connaît son Seigneur », dit le hadith.

L’approche thérapeutique des maux de l’âme permet justement à l’être de mieux se connaître, ses tendances, ses faiblesses, ses traumatismes, ses souffrances… et, par la prise de conscience de qui l’on est réellement, permet peu à peu de se libérer intérieurement de ce qui nous entrave. En cela l’islam encourage à se perfectionner et, curieusement, toute thérapie, que ce soit avec un musulman ou pas, facilite le grand jihâd.

Vous vous êtes engagée dans une voie de compréhension de vous-même, votre conviction religieuse vous a donné des points de repères, c’est vous qui progressez, c’est vous qui tenez entre vos mains le fil continu de la thérapie. Le thérapeute doit pouvoir vous entendre, là où vous êtes, quelle que soit votre conviction.

Je partage entièrement votre avis : un musulman est invité par le Coran à résoudre ses problèmes psychologiques pour recouvrer sa liberté d’être et être pleinement lui. S’il est lui-même, il peut accueillir Allah en lui. De moi à soi, de soi à Lui… Autrement dit, transformer le moi, la nafs animale, en soi, la nafs apaisée, et ainsi accéder à la dimension divine de l’être.



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