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Jean Marie Le Pen fait son show

Rédigé par Nadia Sweeny | Lundi 26 Février 2007

2 500 sympathisants se sont regroupés à l’appel de Jean marie Le Pen, ce dimanche à Lille, pour sa deuxième convention présidentielle. « Réveillez-vous, parce que sur la scène du théâtre du monde, le décor de la tragédie est déjà en place », a-t-il lancé



Jean-Marie Le Pen a semble-t-il choisi la capitale du Nord car emblématique à ses yeux de la désespérance sociale et dans le but de donner une nouvelle impulsion à sa campagne à un moment où le centriste François Bayrou le distance dans les sondages.

Jean-Marie Le Pen s'est présenté dimanche comme le candidat du « peuple » dans une France menacée « d'appauvrissement général » et celui de « la vie » face aux menaces écologiques de la planète. Le candidat du Front national, a tenu à Lille un discours empiétant parfois sur les terres de l'extrême gauche : partisan d'un « capitalisme éclairé », il a fustigé le « capitalisme financier planétaire » tenu, selon lui, par quelques milliers de «prédateurs » qui n'ont « qu'un seul but: le taux de profit à deux chiffres et une seule nation, l'argent. » Sur le fond, Jean-Marie Le Pen a fait un discours "social", dans une région Nord Pas-de-Calais qui est « parmi celles qui ont le plus souffert de la politique mondialiste des dirigeants ». « Le premier parti ouvrier de France, c'est le FN », a souligné Louis Aliot. Le nouveau programme de gouvernement du FN, distribué samedi, prévoit notamment que l'Etat prendra en charge 200 euros de cotisations salariales par mois pour les salaires jusqu'à 1,4 Smic, pour redonner du pouvoir d'achat aux salariés.

Il s'est également étendu sur les dangers « visibles » et « invisibles » vers lesquels court, selon lui, la planète.

A nouveau, le dirigeant d'extrême droite s'est présenté comme le seul recours face aux « Sarkozy, Royal, Bayrou, Buffet, cartel de ministres et anciens ministres des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 30 ans » et portent la responsabilité du « désastre actuel. »

Plainte

Le candidat FN a rassemblé samedi l'appareil de son parti pour deux jours de travail à Lille, sur fond de tensions liées à la quête des 500 parrainages nécessaires pour participer à la présidentielle. « Permettez-moi d'excuser bon nombre de militants qui sont en train de récupérer les précieux formulaires » de parrainage, a déclaré le secrétaire général du FN, Louis Aliot, en ouvrant les travaux de la convention devant les militants. En effet, depuis le 22 février, les militants FN peuvent aller chez les maires chercher le parrainage officiel signé, alors que jusqu'à cette date, ils ne pouvaient recueillir que des promesses, sans valeur légale.

Devant la presse, M. Le Pen a indiqué qu'il n'était toujours pas sûr de pouvoir se présenter et a dénoncé une « offensive » menée selon lui pour dissuader les maires de passer à l'acte en sa faveur.

« Ce que je sais, c'est qu'un certain nombre de maires qui ont signé » des promesses de parrainages « reçoivent des coups de téléphone de gens qui essaient de les dissuader de signer », a-t-il déclaré. Selon sa fille Marine, des appels seraient notamment passés par des gens se présentant comme des journalistes locaux. « Nous allons faire une enquête et porter plainte », a déclaré M. Le Pen, qui a aussi affirmé que son rival Philippe de Villiers « se dépensait beaucoup » dans le même objectif de faire échouer sa candidature.

Jean-Marie Le Pen et sa fille ont en revanche apprécié les déclarations de Brice Hortefeux vendredi dédouanant implicitement les maires accordant leur parrainage à M. Le Pen, puisqu'il ne s'agit pas « d'exprimer un soutien », mais « tout simplement choisir de faire vivre la démocratie. »

« M. Hortefeux incite les maires à ne pas se laisser intimider », a expliqué M. Le Pen. « Pour une fois qu'il y en a un qui est dans son rôle », a estimé de son côté Marine Le Pen, en notant toutefois que les dirigeants politiques s'étaient déjà « succédés pour dire cela », y compris Nicolas Sarkozy lui-même.

Le Pen tente de rallier les français issus de l’immigration

Jean-Marie Le Pen, qui dit croire à une paupérisation croissante du pays en évoquant le chiffre de sept millions de pauvres, compte gagner de nouveaux électeurs dans les campagnes et les banlieues, où il tente de rallier à lui des Français issus de l'immigration. « Nous ne devons pas en vouloir aux immigrés de cette politique, les seuls et exclusifs responsables sont les politiciens français, UMP, UDF, PC, PS représentés aujourd'hui par les candidats Royal, Sarkozy, Bayrou déguisés en premiers communiants », a-t-il estimé. « Ce sont eux et les partis qui ont gouverné la France, tantôt en alternance, tantôt en cohabitation. Tous responsables, tous coupables », a-t-il insisté tandis que ses partisans survoltés brandissaient des pancartes : "Le Pen, président."

Jean-Marie Le Pen, 78 ans, a profité du rassemblement de Lille pour décliner quelques éléments de son programme qui vise à une « reconquête économique et sociale » et fait toujours de l'immigration la principale cause des difficultés du pays, avec l'Europe de Bruxelles. Le FN entend « inverser les flux migratoires » en supprimant notamment les aides sociales dont bénéficient les étrangers et en réduisant de 10 à trois ans la durée des cartes de séjour. Le programme est financé notamment par les économies que le FN veut réaliser par sa politique anti-immigration. « On nous parle de l'intégration des autres (les étrangers), mais qui parle de l'intégration sociale des nôtres », a justifié devant les militants Carl Lang, député européen et vice-président du FN chargé des affaires sociales.
Son leader a également promis un « plan Marshall pour les campagnes » et une « révolution fiscale. »

Enfin, le dirigeant du FN semble avoir répondu à l'appel de certains de ses conseillers, comme Jean-Claude Martinez, qui lui demandaient d'avoir une vision plus planétaire. Enfourchant un nouveau cheval de bataille, Jean-Marie le Pen a promis d'être « le président qui, en septembre 2007, ira à l'Assemblée générale des Nations unies proposer l'audace de gérer en commun quatre parties communes de la propriété planétaire: l'eau, l'alimentation, les médicaments de base et l'instruction. »

Citant des extraits « d'Alice aux pays des merveilles », Jean-Marie Le Pen a ensuite évoqué l'image de l'Etna, au sud de l'Italie, où repoussent désormais des genêts et où l'on « peut voir des petits taches blanches qui bougent doucement à plus de 2.500 mètres. » « Des moutons qui broutent les pousses de genêts. (…) C'est la leçon de l'Etna, la vie finit toujours par gagner. Voilà le but de notre combat politique, faire gagner la vie », a-t-il lancé. Avant de conclure sous les ovations: « Le Dieu des fourmis et le Dieu des étoiles nous donneront, avec vous, la victoire. Parce que je suis le candidat de la vie. »

M. Le Pen a assuré par ailleurs que son ex-lieutenant Bruno Mégret ne devrait finalement pas venir à dimanche à Lille pour écouter son discours final, malgré son intention affichée de le faire.«Il est convenu qu'il viendra à un autre meeting, peut-être à Lyon», a-t-il déclaré.

Manifestation contre le Front national

Dans la rue, un millier de manifestants selon la police, entre 2.500 et 3.000 selon les organisateurs, ont protesté samedi 24 février, contre la venue du FN à Lille, derrière une banderole sur laquelle était inscrit le traditionnel slogan des opposants à Jean-Marie Le Pen: « Non au F-Haine ».

De nombreuses associations - dont la LDH, Ras l'Front, le Mrap - des partis de gauche (PS, Verts, PCF) et des syndicats appelaient à cette manifestation.





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