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Ivry: 'Ni Sharon, ni le Hamas dans notre ville'

Rédigé par Propos recueillis par Nadia Sweeny | Lundi 8 Mai 2006

La mairie d'Ivry, en région parisienne, a refusé la salle municipale de l'Espace Robespierre à des organisations pro-palestiniennes pour un meeting le 30 avril 2006. Devant cette décision qualifiée d'injuste, de nombreuses accusations ont été exprimées. Nous avons voulu savoir. M. Laurent Jeannin, Directeur du cabinet du Maire d’Ivry, a accepté de s'expliquer sur cette affaire.



meeting devant la salle Robespierre, le 30 avril 2006
meeting devant la salle Robespierre, le 30 avril 2006

Quelles raisons avez-vous pour expliquer le refus d'accueillir le meeting du Mouvement de Solidarité de la Résistance du Peuple Palestinien du dimanche 30 avril, dans la salle Robespierre ?


Nous avons refusé cette salle pour deux raisons.
D’une part pour la manière dont les choses se sont déroulées. En effet, c’est une association culturelle de solidarité avec la Palestine qui nous a contacté, afin que nous lui prêtions une salle municipale : la salle Robespierre. Dans un premier temps, nous ne savions pas qui serait présent sur place, et nous n’avions pas connaissance de l’implication de l’association MSRPP car rien n’était précisé dans la requête que nous avons reçue. Avant même que nous ayons répondu à cette demande, le mardi 18 avril, après le week-end de pâques, j’ai pu voir sur Internet l’annonce publique de cette rencontre. C’est dans cette annonce que j’ai pris connaissance de la nature de ce meeting et des invités qui devaient être présents. La ville a été mise au pied du mur.
D’autre part, La ville d’Ivry est pour une solution pacifique au Proche Orient, elle s’implique régulièrement dans des actions en faveurs du peuple palestinien. Mais elle ne veut pas cautionner un mouvement qui n’est pas favorable à la paix, et le Hamas en fait partie. Il y a trois ans, avec le maire, nous nous sommes mis d’accord pour ne recevoir dans notre ville, ni Sharon, ni le Hamas. Ces associations n’ont pas voulu annoncer la couleur car elles savaient qu’il y aurait un problème. Après avoir lu l’annonce, nous leur avons fait parvenir notre lettre de refus le jeudi 20 avril. Les responsables avaient plus d’une semaine pour se retourner.
Dans ce refus nous avons communiqué notre désapprobation de leur méthode et du contenu de ce meeting.

On nous a parlé de menaces que vous avez reçues de la part de lobby proisraéliens. Qu'en est-il ?


Effectivement, nous avons reçus des mails de gens certainement proisraéliens, qui nous interpellaient sur le fait que ce n’était pas normal que nous accueillions des gens du Hamas, des brigades des Martyrs d'Al Aqsa et du FPLP (ndlr : Front Populaire de Libération de la Palestine) à Ivry. Mais ce n’est pas cela qui nous a fait prendre notre décision. Patrick Gaubert, président de la LICRA (ndlr : Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme) député européen, nous a envoyé une lettre expliquant que les accueillir équivalait à les soutenir. Cependant nous n’avons pas tenu compte des ces pressions. Nous avons d’ailleurs répondu à toutes ces personnes par le communiqué de presse dans lequel nous avons bien indiqué que, malgré cette décision, nous continuons de soutenir le peuple palestinien.

Certains organisateurs vous reprochent d'avoir interdit à leurs invités de prendre la parole.


Nous n’avons rien interdit du tout. Le Maire leur a juste retiré la salle. Ils pouvaient très bien s’exprimer dans la rue, ce qu’ils ont fait d’ailleurs. A ce moment-là ce n’est plus le problème du maire, c’est à la préfecture de s’en occuper. Je ne vois pas par quel moyen on aurait pu interdire à des personnes de s’exprimer.

Le Hamas a été élu par le peuple palestinien. Il est donc un interlocuteur qu’il faut prendre en compte. Votre décision n'est-elle pas contraire à l'esprit de dialogue ?


Il y a une dissociation entre la politique d’une ville et la politique de relation diplomatique de l’Etat. La mairie d’Ivry a une grande tradition de soutien aux peuples en difficulté et notamment au peuple palestinien. De nombreuses initiatives ont été prises dans ce sens. Le Maire s’est même déplacé en Palestine et a rencontré de nombreuses associations palestiniennes et israéliennes qui oeuvrent pour la paix. Mais le fait d’aider ces populations démunies ne veut pas dire que la Ville cautionne leur gouvernement. Par exemple pour le tsunami, nous avons participé à l’aide au Sri Lanka en soutenant des associations à Tamul. Ce n’est pas pour cela que nous invitons les dirigeants. C’est aussi vrai pour les Etats-Unis; nous avons aidé le peuple américain lors de catastrophes naturelles qui se sont produites là-bas. Ce n’est pas pour autant que nous cautionnons la politique de M. Bush.
En acceptant des invités politiques dans une salle municipale, la mairie court le risque d’être soupçonnée de partager leurs idées. Nous ne laisserons pas venir quelqu’un dans une salle municipale qui n’a pas les mêmes opinions que la ville, surtout sur une question de cette ampleur. Nous avons refusé le Hamas à Ivry car nous ne voulions pas que dans notre ville, les habitants aient une interprétation négative de ces actions. L’opinion de la ville reste que le meilleur moyen de soutenir le peuple palestinien est d’isoler le Hamas





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