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Israël entre au Liban : les vieux souvenirs refont surface

Rédigé par Nadia Sweeny | Lundi 24 Juillet 2006

Depuis quelques jours, Israël a pénétré dans les territoires libanais. Samedi 22 juillet, Le ministre de la Défense, Amir Peretz, a ordonné à l’armée israélienne de renforcer les troupes terrestres présentes dans le sud du Liban. Dans les affrontements, la force de l’ONU, la FINUL, placée sur la frontière israélo-libanaise a été bombardée par des tirs israéliens. L’entrée dans le territoire libanais fait remonter à la surface les souvenirs de 1982.



Israël entre au Liban : les vieux souvenirs refont surface

Les troupes israéliennes sont sur le territoire libanais


Selon la presse israélienne, les soldats préparés pendant tout le week-end s’apprêtent à renforcer les troupes terrestres présentes depuis le milieu de la semaine dernière dans les territoires sud du Liban. Les incursions de grande échelle sur le territoire libanais seraient officiellement destinées à détruire les capacités militaires du Hezbollah. Ce dernier n’a toujours pas faibli dans ses tirs de roquettes Katyusha, touchant régulièrement Haïfa, la troisième ville d’Israël.

Amir Peretz, ministre de la Défense d’Israël, semble déterminé à en finir avec le Hezbollah sans compter les morts qui en découleront. Il a de plus précisé que la visite lundi de Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat américaine, allait entamer un « processus diplomatique », et que « l’heure de la fin des opérations israéliennes allait commencer à sonner ». Le ministre de la Défense a donc ordonné à ses troupes de continuer l’incursion et de les renforcer. Ces dernières ont pris, entre autres, le village de Maroun al-Ras, ce samedi 22 juillet. Les différentes batailles sur le territoire libanais auraient coûté la vie à dix neuf soldats israéliens n’empêchant pas 150 roquettes d’être lancées sur Israël samedi.

L’armée israélienne déclare qu’une dizaine de combattants du Hezbollah auraient été tués dans les affrontements. De plus, une dizaine de véhicules de transport de troupes blindées israéliens ont franchi la frontière libanaise près d'Avivim. Quinze autres villages du sud Liban ont reçu des tracts de l’armée israélienne, conseillant aux habitants d’évacuer leurs maisons et de partir au nord du Fleuve Litani. Des mouvements massifs de civils ont débutés.

Les attaques perpétrées pas l’armée israélienne ont même touché, mercredi 19 juillet, le quartier général de le Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, la FINUL, envoyée par l’ONU depuis 1978. « Notre quartier général à Naqoura a été touché par un obus d'artillerie et un autre poste de la Finul, à Maroun al-Ras, a été touché par deux obus. » Déclare Milos Strugar, porte parole de la Finul. Ce tir d’obus ferait suite à des tirs de roquettes survenues à partir de cette région. Le poste de Maroun al-Ras abritait trente six civils réfugiés suite aux incursions terrestres de l’armée israélienne. C’est la troisième fois de la semaine, que ce site est touché par des tirs israéliens, blessant gravement un soldat indien.

Moshen Bilal, le ministre syrien de l’Information, a mis en garde Israël, dimanche, contre toute opération terrestre d'envergure au Liban. Il déclare clairement que « la Syrie entrera dans le conflit si Israël envahit le Liban par voie terrestre ». Rappelons que l’Iran a réitéré sont soutien inconditionnel à la Syrie.

Cette incursion terrestre de l’armée israélienne ne peut que rappeler les terribles souvenirs des exactions commises et les résultats désastreux subis par la population libanaise et palestinienne il y a maintenant plus de 20 ans.

Les vieux souvenirs remontent


La guerre civile libanaise explose en 1975 à la suite de nombreux facteurs. L’un d’entre eux est l’arrivée en masse de réfugiés palestiniens, fuyant la guerre de six jours et l’occupation israélienne. Ils organisent la résistance à partir des camps de réfugiés. La nouvelle balance communautaire du Liban est bouleversée par cet afflux de musulmans du sud. Ainsi, de nombreux affrontements et massacres opposent les milices chrétiennes, les Phalanges, et les palestiniens réfugiés. De peur de voir le conflit déborder dans leur territoire, des protagonistes extérieurs s’impliquent dans la guerre du Liban. Ainsi, la Syrie s’impose comme le médiateur et tente de maintenir un équilibre qui s’effondre rapidement.

Le 6 juin 1982, l’armée israélienne, commandée par le ministre de la défense, Ariel Sharon, entrait au Liban pour une mesure « préventive ». Prétextant vouloir éradiquer la résistance palestinienne du Liban, sans aucune retenue, Israël franchit la ligne des 40 km nord. L’armée de Likoud se dirigeat droit sur Beyrouth, y mit en place le siège de l’Ouest de la capitale libanaise où deux cent mille habitants étaient accusés d’abriter les combattants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), présidée par Yasser Arafat. Bombardés quasi constamment, notamment avec des missiles incendiaires au phosphore, plus de 18 000 habitants de Beyrouth ouest sont morts et 30 000 blessés, en majorité des civils.

Réfugiés massacrés en Sept. 1982
Réfugiés massacrés en Sept. 1982

Le spectre de Sabra et Chatila


Yasser Arafat, durant les négociations de sortie de Beyrouth, avait obtenu par écrit l’assurance de tous les pays occidentaux présents, pour la protection des civils palestiniens restés dans les camps, notamment ceux de Sabra et de Chatila. Le Premier ministre israélien, le phalangiste et futur président libanais, Béchir Gémayel, Ronald Reagan pour les USA, les Français et les Italiens… Tous se sont engagés par écrit dans l’accord de départ de l’OLP publié par les Etats-Unis le 20 août, sur la sécurité des civils palestiniens. Le 21 août 1982, l'OLP quitte Beyrouth sous surveillance internationale.

Aucun des signataires ne respecta sa parole. Les premiers à quitter le territoire seront les Américains, entraînant ainsi les Français et les Italiens, le jour même où la milice chrétienne prend ses positions autour des camps, le 3 septembre 1982.
Le 10 septembre, plus aucun soldat étranger n’est présent à Beyrouth. Le 14, un attentat tue le Président libanais, Béchir Gemayel, leader des phalangistes. Selon certaines sources, le régime israélien l’aurait commandité et les services secrets syriens l’auraient exécuté.

Quoi qu’il en soit, Ariel Sharon utilise ce prétexte pour envahir Beyrouth Ouest, cerner les camps de Sabra et Chatila et encourager les milices libanaises à les épurer. Plusieurs milices, dont les phalangistes, entrent donc dans ces camps le 15 septembre et massacrent 1 500 civils palestiniens, pendant trois jours. Certains témoignages de rescapés évoquent la présence de nombreux soldats israéliens. Des hommes éventrés et torturés, des enfants massacrés, des femmes violées, toutes ces horreurs sont la réalité du massacre de Sabra et Chatila dont le gouvernement israélien, par le biais d’Ariel Sharon porte une part de responsabilité.

M. Morris Draper, assistant de M. Philip Habib, tous deux envoyés par Ronald Reagan en 1982 pour négocier la sortie de l’OLP de Beyrouth, affirme que les Américains avaient refusé de laisser les phalangistes rentrer dans les camps « parce que nous savions que ce serait un massacre si ces gens-là entraient. (…) Il ne fait aucun doute que Sharon est responsable (de ces massacres); c’est le cas, même si d’autres Israéliens doivent partager cette responsabilité. »

Aujourd’hui, pour le même type de raisons qui ont abouti à des massacres dont ceux de Sabra et Chatila, l'armée israélienne investit progressivement le sud du Liban. Depuis le début des bombardements israéliens, environ 350 civils sont morts.





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