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Société

Islam Slimani : « Tout donner pour l'Algérie »

Rédigé par Nabil Djellit | Dimanche 1 Février 2015

Il y a quatre ans encore, Islam Slimani était un illustre inconnu qui jouait en 3e division algérienne à Aïn Benian, dans la banlieue d’Alger. Au Brésil, lors de la Coupe du monde, cet été, il a changé de dimension et est devenu l’une des belles révélations. L’attaquant du Sporting Portugal, habité par un sens du but inné, est devenu le héros de tout un peuple, en envoyant l’Algérie en huitième de finale. Ce dimanche 1er février, c'est en quart de finale que l'Algérie se battra face à la Côte d'Ivoire lors de la Coupe d'Afrique des nations (CAN). Généreux dans ses efforts sur le terrain, comme en dehors, le Fennec a raconté son histoire et son intimité il y a un mois au magazine Salamnews. Entretien.



Le 19 janvier 2015, l’Algérie entre en lice dans la Coupe d’Afrique des nations, en renversant l’Afrique du Sud (3 buts contre 1), Islam Slimani ayant marqué le dernier but à la 83e minute. Le 1er février, l'Algérie dispute le quart de finale contre la Côte d'Ivoire.
Le 19 janvier 2015, l’Algérie entre en lice dans la Coupe d’Afrique des nations, en renversant l’Afrique du Sud (3 buts contre 1), Islam Slimani ayant marqué le dernier but à la 83e minute. Le 1er février, l'Algérie dispute le quart de finale contre la Côte d'Ivoire.

Au Brésil, l’Algérie a réussi un exploit historique en passant pour la première fois le cap du premier tour grâce à votre but contre la Russie (1-1). Est-ce le plus grand moment de votre carrière ?

Islam Slimani : J’y pense encore tous les jours. C’était un rêve pour nous, les joueurs, et aussi tous les Algériens. Et ce but que je mets de la tête contre la Russie est désormais considéré comme le plus important de l’histoire du football algérien.

Qu’avez-vous ressenti en voyant le ballon franchir la ligne ?

Islam Slimani : Quand j’ai marqué, j’ai vu tout le peuple algérien. Je le sentais juste derrière moi.
Je savais que cela vibrait très fort au pays. Et puis, évidemment, on pense à sa famille... Avant le match, il y avait beaucoup de pression. Mais je savais qu’on allait faire quelque chose. Avec l’expérience, ce sont des pressentiments que nous développons en nous.

Lors de ce Mondial, tous les observateurs ont estimé que vous aviez été l’équipe qui avait le plus bousculé l’Allemagne, futur champion du monde. Comment expliquez-vous une telle performance ?

Islam Slimani : On a joué ce huitième de finale sans pression. On voulait tout donner, tout donner pour représenter l’Algérie. Et on a tout donné. Sur ce que j’ai vu par la suite, et notamment le festival des Allemands contre le Brésil (7-1), je me suis dit qu’on avait réalisé un gros match. On les a poussés en prolongation, et je pense qu’on aurait pu même gagner.

Justement, il y a ce tournant, en première mi-temps votre but a été refusé pour une position de hors-jeu de quelques centimètres…

Islam Slimani : J’y pense tout le temps. J’en ai mis des paquets, j’aurais bien échangé quelques-uns de ces buts contre ce but refusé. Si je n’avais pas été pris hors-jeu, cela aurait été un autre match. Le destin d’une rencontre ne se joue pas à grand-chose.

Vous êtes devenu meilleur joueur algérien et maghrébin en 2013, meilleur Fennec au Mondial avec deux buts et une passe décisive, et l’un des chasseurs de but les plus redoutables d’Europe. Auriez-vous cru à une telle trajectoire ?

Islam Slimani : Si on m’avait même dit cela il y a juste deux ans, cela aurait été inimaginable dans mon esprit. Je jouais en Algérie. Ma vie, cela a toujours été le football. Je bossais comme un fou pour devenir footballeur professionnel. Comme on dit chez nous : « Rebbi ma khalanich (Dieu ne m’a pas laissé). » J’ai réussi mon rêve.

L’Algérie est-elle la plus grande perdante de la délocalisation de la CAN du Maroc à la Guinée équatoriale ?

Islam Slimani : Je pense que toutes les équipes ont perdu dans cette histoire. Jouer au Maroc ou en Guinée équatoriale, ce n’est pas la même chose. Après, il est vrai que les Tunisiens et nous sommes ceux qui sont les plus pénalisés. Au Maroc, il y aurait eu notre public, le climat mais surtout la qualité des pelouses. Et puis un Mondial est un Mondial, et une CAN est une CAN. C’est un autre football, un autre monde... Je sais que cela peut surprendre mais, en tant que joueur, je vous dis qu’une CAN, c’est trois fois plus dur à gagner.

L’Algérie, favorite, est tombée avec le Ghana, l’Afrique du Sud et le Sénégal, ce groupe est-il plus difficile que celui du dernier Mondial ?

Islam Slimani : Oui, parce que, encore fois, c’est une autre réalité. Au Mondial on est des outsiders, alors qu’à la CAN on est parmi les favoris. On est aussi sous une pression plus importante. Les trois équipes sont très dangereuses. Le Ghana est un cador continental, le Sénégal est une nation qui revient bien, et l’Afrique du Sud a terminé première de son groupe devant le Nigeria...

Vous avez émergé au haut niveau grâce à Vahid Halilhodzic. Devenu sélectionneur de l’Algérie en 2011, cet ancien coach du PSG vous a donné votre chance…

Islam Slimani : Oui, c’est un grand tournant. C’est lui qui m’a fait sortir d’Algérie... Et ça, je ne l’oublierai jamais. J’étais même inconnu au pays, et si je suis devenu un international algérien, un joueur du Sporting Portugal qui joue la Ligue des champions, c’est grâce à Vahid Halilhodzic.

En sélection, vous jouez avec des joueurs binationaux (Feghouli, Ghoulam, Taïder, Brahimi) qui ont préféré l’Algérie à la France. Le mythe de Zinédine Zidane a-t-il vécu ?

Islam Slimani : Je crois que quand vous aimez votre pays vous ne pensez pas à votre réussite personnelle. Ryad Boudebouz, en 2009, était un des grands espoirs du football français, il est venu en Algérie à 19 ans... Et ceux que je fréquente en sélection, je sens qu’ils ont l’amour du pays. Ils ont choisi l’Algérie car ils l’aiment. [Ironique...] On peut aussi ne pas choisir l’Algérie, et ne pas réussir...

Sentez-vous une différence culturelle avec les joueurs nés en France ?

Islam Slimani : Il n’y a aucune différence entre nous. On est tous musulmans, on aime tous notre pays, c’est ça le plus important à mon sens. Peu importe d’où on vient : ce qui nous réunit, c’est notre drapeau, l’histoire de notre pays et son hymne national.

Comment gérez-vous votre immense popularité en Algérie ?

Islam Slimani : Je reviens dans mon quartier le plus normalement possible. Je suis le même qu’il y a six ou sept ans... Dans mon esprit, rien n’a changé. C’est vrai que tout le monde me saute dessus dans les rues, à Alger, mais cela ne m’empêche pas de sortir. Ce qui me manque le plus, c’est ma famille et mon quartier d’Aïn Benian. « El oumma », comme on dit chez nous.

Vous avez invité en novembre dernier des jeunes de Bagnolet à assister à un match du Sporting Portugal. Votre cote d’amour est forte en France. Le saviez-vous ?

Islam Slimani : C’est vrai que j’ai compris que j’avais beaucoup de gens qui m’aimaient en France. Je sais qu’il reste des gens reconnaissants. Ils savent que Slimani se bat pour le pays. Et des gens sincères, on n’en trouve pas tant que cela chez nous. En France, on m’aime beaucoup car ils me jugent sur le terrain. Ils sont lucides, et regardent mes statistiques.

Au mois d’août dernier, la violence dans les stades algériens a tué : Albert Ebossé, attaquant camerounais, est mort à Tizi Ouzou…

Islam Slimani : [Il coupe...] Cela m’a fait mal. J’ai été très surpris. Il faut absolument que la violence cesse. Cela a été Ebossé, cela aurait pu être un autre... En Algérie, on importe beaucoup de choses d’Europe : pourquoi ne pas s’inspirer aussi de la manière d’organiser des matchs de football dans des conditions maximales de sécurité ? En Europe, ils viennent pour le plaisir, pas pour tuer... C’est malheureux. J’espère que ça sera le dernier mort sur un terrain de football.

Quand on se prénomme Islam, ressent-on une plus grande foi ?

Islam Slimani : Je suis comme tous les Algériens, je fais la prière, je respecte notre religion. C’est vrai que mon prénom c’est Islam, mais cela ne me donne pas plus de responsabilités qu’un autre. Qu’on s’appelle Islam, Mohammed ou Rachid, on se doit de respecter notre religion.

La religion permet-elle de relativiser dans votre métier ?

Islam Slimani : Elle est même indispensable et m’aide à mieux gérer l’énorme pression que nous subissons. En Algérie, l’attente est incroyable. Avant tous les matchs, dans le bus, quand on se dirige vers le stade, j’écoute le Coran.

BIO EXPRESS

Né le 18 juin 1988 à Alger, Islam Slimani débute le football dans son quartier au WBAB de Aïn Benian avant d’évoluer en 3e division à la JSM Chéraga. Là, l’attaquant se fait rapidement remarquer avec une saison à 18 buts en 20 matchs. En 2009, il arrive au CR Belouizdad en 1re division algérienne, où il devient l’un des meilleurs buteurs du championnat. Son talent tape dans l’œil du sélectionneur Vahid Halilhodzic, qui en fait son attaquant numéro un en équipe d’Algérie. Islam Slimani justifie sa confiance en inscrivant 13 buts en 30 sélections avec les Fennecs et en occupant une place prépondérante dans le parcours de l’Algérie au Mondial. Entre-temps, à Lisbonne, le Sporting Portugal renifle la bonne affaire et le recrute.
En 2014, ce buteur né a déjà inscrit 14 buts en 33 matchs avec son club. Les autres Fennecs et Slimani sont désormais à la CAN du 15 janvier au 8 février en Guinée équatoriale avec le rêve de hisser l’Algérie sur le toit de l’Afrique.





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