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Monde

Iran : une élection qui mobilise

Suffrage universel

Rédigé par Anissa Ammoura | Jeudi 11 Juin 2009

Ce vendredi 12 juin, les électeurs iraniens désigneront le successeur du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, lui-même candidat et favori dans l'élection. Au total, ils sont quatre prétendants, mais un seul s'avère être un sévère concurrent au chef de l'État : Mir-Hossein Moussavi, ancien Premier ministre. Ce scrutin a été marqué par une forte mobilisation de la société, grâce à une campagne télévisuelle mais aussi sur Internet. Autre nouveauté : deux femmes de candidats se sont invitées dans la bataille pour s'exprimer sur le droit des Iraniennes.



De gauche à droite, de haut en bas : Mehdi Karoubi, Mohsen Rezaï, Mahmoud Ahmadinejad et Mir-Hossein Moussavi.
De gauche à droite, de haut en bas : Mehdi Karoubi, Mohsen Rezaï, Mahmoud Ahmadinejad et Mir-Hossein Moussavi.
Quatre ans après l'élection inattendue de Mahmoud Ahmadinejad, les 46,2 millions d'électeurs inscrits doivent voter ce vendredi 12 juin pour le réélire ou élire un nouveau président parmi les quatre candidats en lice. Pour remporter l'élection au premier tour, l'un des candidats doit faire au moins 50 % des suffrages plus une voix. Dans le cas contraire, les deux premiers s'affronteront au second tour, une semaine après, jour pour jour, le 19 juin.

En Iran, le président de la République dispose du pouvoir executif, avec un cabinet de vingt ministres, et représente le pays à l'étranger. La plus haute autorité du pays est celle d'Ali Khameini, Guide suprême de la République islamique d'Iran depuis 1989. Ce régime que l'on dit théocratique comprend ensuite des institutions qui « contrôlent toutes les grandes décisions et supervisent les postes clés du gouvernement comme les portefeuilles de la défense et du renseignement ». Les décisions des 290 membres élus du Parlement sont ainsi supervisées par des instances externes.

Pour ce scrutin, ils étaient au moins 470 prétendants à vouloir se présenter à l'élection présidentielle mais le Conseil des gardiens, chargé de valider les candidatures, n'en a gardé que quatre. Les 42 femmes candidates ont également été écartées de la sélection du Conseil des gardiens, instance composée de 12 membres, religieux et théologiens. D'autre part, tout candidat doit être musulman et âgé entre 25 et 75 ans.

Quatre candidats en lice

Le premier candidat est le président sortant Mahmoud Ahmadinejad, âgé de 52 ans. Il bénéficie du soutien d'Ali Khameini.

Son plus sérieux rival est Mir-Hossein Moussavi, âgé de 68 ans, ancien Premier ministre lors de la guerre Irak-Iran. Il est soutenu par l'ex-président iranien Mohammad Khatami (1997-2005), par 800 intellectuels et par son épouse, Zahra Rahnavard, qui fut la première femme nommée doyenne d'une université iranienne.

Le troisième candidat, le plus réformateur, est Mehdi Karoubi, 72 ans, ancien président du Parlement et candidat malheureux de l'élection présidentielle de 2005. Il est soutenu publiquement par son épouse Fatemeh, éditrice d'un magazine féminin et vice-ministre des Affaires sociales sous Mohammad Khatami.

Enfin, Mohsen Rezai, 54 ans, le quatrième candidat, est le seul concurrent conservateur du président sortant. Militaire de carrière, il est aussi docteur en économie.

Mais la fin de la course présidentielle devrait surtout se jouer entre Mir-Hossein Moussavi et Mahmoud Ahmadinejad.

« Une oligarchie compétitive »

« En 2005, lors de la dernière campagne, les électeurs avaient le sentiment qu'il n'y avait pas de différence entre les candidats. Cette année, Ahmadinejad s'est même plaint d'une alliance des trois autres candidats contre lui »*, explique au journal Libération Clément Therme, assistant de recherche à l'IFRI. « Les quatre candidats en lice ont été choisis par le Conseil des gardiens de la révolution. Cela résulte d'un processus de cooptation, avec un principe fondamental : être fidèle à l'islam. On est dans une oligarchie compétitive. Mais une fois cette étape passée, on peut parler de tout. À part le bilan de la figure charismatique de l'imam Khomeiny, l'ensemble des questions sont abordées. »

Selon le chercheur, les thèmes qui mobilisent les électeurs sont : les libertés individuelles, les inégalités sociales creusées à la suite de la crise économique, la politique d'alliance d'Ahmadinejad avec l'Afrique et l'Amérique latine « assez impopulaire ».

Le poids de l'électorat féminin et de celui des jeunes

Grande nouveauté de ce scrutin : le soutien public de deux femmes de candidats, qui s'invitent dans le débat électoral afin de défendre le droit des Iraniennes. « C'est une première et cela montre un changement dans la société iranienne », analyse Azadeh Khian, chercheuse et professeure de sociologie politique à l'université Paris-VII. Elle poursuit : « En 1997, les femmes ont voté massivement pour Mohammed Khatami (…) et, en 2005, c'est leur désaffection qui a permis la victoire de Mahmoud Ahmadinejad »**.

Le vote des femmes mais aussi celui des jeunes pèseront donc fortement dans l'issue du scrutin, puisqu'un tiers des 46,2 millions d'électeurs ont moins de 30 ans. De plus, pour la première fois, l'élection présidentielle s'est jouée aussi bien à la télévision que sur Internet – sur les réseaux sociaux comme Facebook – et même par SMS.

En revanche, le dossier brûlant du nucléaire fait presque l'unanimité : « Tous les candidats s'accordent sur ce point : ils veulent faire de l'Iran un État du seuil nucléaire et maîtriser complètement le cycle de l'atome, un objectif qui était d'ailleurs déjà celui du Shah. Sur la méthode, Moussavi semble davantage partisan du dialogue avec l'Occident », indique Clément Therme.

Enfin, l'économie demeure au centre de la campagne électorale. Dépendant des recettes pétrolières pour 85 % de ses exportations, l'économie iranienne a subi les effets de la crise financière mondiale : le montant de ses recettes pétrolières sera inférieur aux prévisions et son déficit budgétaire pourrait doubler, passant de 4 à 8 % du PIB. De plus, l'Iran connaît une inflation de 25 % et le taux de chômage a été de 12,5 % en 2008, celui des 15-24 ans atteignant 27 %.



* Libération, 10 juin 2009.
** RFI, 28 mai 2009.




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