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Sur le vif

Indonésie : un gouverneur chrétien accusé de blasphème dans la tourmente

Rédigé par | Vendredi 4 Novembre 2016



Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, le gouverneur de Jakarta de confession chrétien.
Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, le gouverneur de Jakarta de confession chrétien.
Quelque 50 000 personnes ont défilé, vendredi 4 novembre, dans les rues de Jakarta, en Indonésie, à l’appel des islamistes du Front des défenseurs de l'islam (FPI), qui réclame l'arrestation immédiate du gouverneur chrétien d'origine chinoise de la capitale pour blasphème.

Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, a provoqué l’ire des militants de ce groupe fondamentaliste après une déclaration faite fin septembre raillant l'interprétation erronée par des savants musulmans d'un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman.

Une manifestation sans soutien des grandes organisations musulmanes

La controverse ayant pris de l’ampleur, le gouverneur, candidat à sa réélection en février 2017, a très vite - et plusieurs fois - présenté des excuses publiques, déclarant dernièrement qu'il n'avait « aucune intention d’insulter l’islam ». Mais cela n'a pas calmé la colère d'islamistes, qui ont organisé une première manifestation en octobre rassemblant quelque 10 000 personnes.

Le FPI s'est en partie appuyé sur l'avis émis mi-octobre par le Conseil des oulémas indonésiens qui estime que la déclaration du gouverneur relève d'une insulte contre le Coran et les théologiens. Cependant, l'instance a appelé ses membres à ne pas prendre part aux manifestations en son nom. Aussi, les grandes organisations musulmanes du pays ont refusé de se joindre à l'initiative.

Un appel au calme lancé par le président

A Jakarta, la principale manifestation, qui s'était globalement bien déroulée, s’est achevée par des affrontements contre les forces de l'ordre après que ces dernières ont lancé du gaz lacrymogène contre des protestataires à l'heure de la dispersion. Environ 20 000 policiers et militaires avaient été déployés dans la capitale du plus important pays musulman au monde. Sept personnes ont été blessées et une personne âgée a été tuée, probablement des suites des gaz lacrymogène, selon The Jakarta Post.

Le FPI, qui s'était déjà engagé en 2014 contre l'élection d'Ahok à la tête de Jakarta, est résolu à militer contre son éviction. Le gouverneur est toutefois populaire auprès de nombreux Indonésiens qui louent son efficacité dans la gestion de la capitale. En amont de la manifestation, le président Joko Widodo, proche d'Ahok, a lancé un appel au calme, de même que son opposant à l'élection présidentielle en 2014 Prabowo Subianto. « Nous sommes un pays pluraliste, avec de nombreuses tribus, religions et races. Si nous avons des problèmes, réglons-les pacifiquement », a-t-il déclaré. Une investigation de la police est en cours pour examiner les propos du gouverneur.

Mise à jour : Début décembre, plus de 200 000 personnes ont défilé dans les rues de Jakarta pour réclamer à nouveau l'arrestation du gouverneur.


Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur


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