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Sur le vif

Indonésie : des Ahmadis retranchés dans une mosquée

Rédigé par La Rédaction | Lundi 22 Avril 2013



En Indonésie, une vingtaine d'Ahmadis sont retranchés depuis deux semaines dans une mosquée encerclée par les forces de l’ordre, à Bekasi dans la banlieue de Jakarta, la capitale du plus grand pays musulman au monde.

Les Ahmadis, qui se disent musulmans, ne reconnaissent pas le Prophète Muhammad comme le dernier des prophètes et considèrent leur fondateur Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908) comme leur messie. Considérés comme hérétiques du point de vue de l'orthodoxie musulmane, ils sont sujets à de nombreuses persécutions en Asie.

Depuis le 4 avril, la police, entendant faire respecter un décret de 2008 qui interdit aux Ahmadis de faire du prosélytisme, a ainsi décidé de sceller le portail de la mosquée, alors qu’une vingtaine d’adeptes y effectuaient une prière. Les forces de l’ordre empêchent quiconque de pénétrer dans le lieu de culte. Les Ahmadis restant à l'intérieur pourraient en revanche sortir mais ils refusent de le faire. Ils vivent ainsi retranchés et dépendent de la nourriture que des amis leur font passer au-dessus des murs.

Cette situation est due aux islamistes radicaux qui dictent leur intransigeance aux autorités, accusent les Ahmadis. Ils dénoncent tout particulièrement le Front des défenseurs de l'islam (FPI), un mouvement conservateur. « Pourquoi nous traitent-ils comme des criminels alors que nous ne faisons que prier ? », s’indigne Rahmat Rahmadijaya, un des dignitaires de la mosquée. « Ils peuvent nous menacer et nous interdire mais nous n'avons pas peur. Jamais, nous ne renierons notre foi. Nous resterons dans la mosquée jusqu'à ce qu'ils la rouvrent », a-t-il assuré à l'AFP à travers une lucarne du portail de la mosquée.

« Le gouvernement fait preuve de faiblesse quand il s'agit de faire appliquer la loi. Les islamistes radicaux se sont enhardis et souvent, ils font la loi », dénonce de son côté Bonar Tigor Naipospos, responsable adjoint de l'Institut Setar pour la démocratie et la paix, une ONG qui milite pour la défense des minorités religieuses.

Pour leur part, les autorités indonésiennes se défendent de toute discrimination envers les Ahmadis qui sont environ 500 000 dans le pays. « L’Indonésie fait preuve de clémence vis-à-vis des Ahmadis », assure ainsi un porte-parole de la présidence indonésienne, Teuku Faizasyah. « Nous leur procurons des lieux de prière alors que, dans d'autres pays, ils sont totalement interdits », déclare-t-il, tout en jugeant que la fermeture de la mosquée de Bekasi « ne reflète pas les relations harmonieuses entre les différentes fois en Indonésie ».

Si les Ahmadis avaient jusqu'à présent pu vivre, sans être trop inquiétés, leur religion, protégée par la Constitution indonésienne qui garantit la liberté de culte, force est de constater qu'aujourd'hui ils sont trop souvent la cible de brimades et d’agressions. En 2011, trois d'entre eux ont ainsi été tués lors d'un lynchage dans l'ouest de Java. Les autres minorités religieuses ne sont pas épargnées comme l’illustre la destruction, le mois dernier, d’une église protestante dans la même ville de Bekasi.

L’institut Setara a dénombré 308 « incidents » touchant des religions minoritaires (agressions ou fermeture de lieux de culte par exemple) durant le seul premier semestre de l'an dernier, soit une nette hausse par rapport à 2011 (543 cas sur l'ensemble de l'année), 2010 (502) ou 2009 (491).

Il est temps pour le gouvernement de s’emparer du problème.

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