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Il est mort

| Lundi 11 Décembre 2006

Le Général Augusto Pinochet, ancien dictateur chilien, est mort ce dimanche à l’age de 91 ans après avoir été hospitalisé pour une crise cardiaque. Ayant pris le pouvoir par un coup d’état, tuant le président élu, Salvador Aliende, Pinochet a été l’un des responsables des années noires du Chili de 1973 à 1990, durant lesquelles plusieurs milliers de chiliens ont été exécutés et torturés.



Il est mort
L’ancien dictateur, qui présida le Chili de 1973 à 1990, est mort à l'âge de 91 ans à la suite de complications cardiaques. Dimanche dernier, M. Pinochet avait subi une angioplastie, destinée à déboucher une artère afin de rétablir le flux sanguin, après une attaque cardiaque, une opération très risquée pour une personne de son âge. L'hôpital a annoncé que la santé de M. Pinochet s'était soudainement dégradée et les médecins l'ont réadmis au service de soins intensifs.

Selon le docteur Vergara, chef de l'équipe médicale, Le vieux dictateur aurait été frappé d'une crise cardiaque à 13H30 et serait donc mort à 14H15 (17h15 GMT) en dépit des soins prodigués par les médecins.


Réactions

De nombreuses manifestations spontanées ont eu lieu au Chili suite à la mort de l’ancien dictateur. La plus intense, dans la capitale, a donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre et des débordements violents. Des milliers de Chiliens ont dansé dans les rues de la capitale pour célébrer la mort de Pinochet et la police les a dispersé avec des canons à eau et gaz lacrymogènes. Une dizaine de protestants célébrant la mort du dictateur, ont été arrêtés et six policiers ont été blessés au cours d'un affrontement. Selon la police, quelque 5 000 manifestants sont descendus dans les rues dimanche à Santiago. Près d’un millier d’entre eux ont traversé le pays pour participer à la manifestation.

Les supporteurs et opposants de Pinochet se sont rassemblés aux alentours de l'hôpital militaire de Santiago où l'ancien président est décédé. Les pros Pinochet ont lancé des pierres sur des voitures aux alentours de l'hôpital et la police chilienne a été déployée pour maintenir l'ordre.

Washington, souligne l’évènement par une déclaration sur la dictature militaire chilienne « La dictature d'Augusto Pinochet au Chili a constitué l'une des périodes les plus difficiles de l'histoire de ce pays », a estimé Tony Fratto, un des porte-parole de la Maison Blanche.

« La mort du général Pinochet devrait servir à une prise de conscience des autorités chiliennes et des gouvernements ailleurs (dans le monde), et leur rappeler l'importance de la célérité de la justice pour les crimes contre les droits de l'homme, à laquelle Pinochet lui-même a échappé », a déclaré une porte-parole d'Amnesty Internationale.

En revanche, Margaret Thatcher, l'ancien Premier ministre britannique, s'est dite « profondément attristée » par la dispariation d'Augusto Pinochet. La "Dame de Fer" britannique a toujours été un ferme soutien d'Augusto Pinochet, en raison notamment de l'aide qu'il a accordée à la Grande-Bretagne lorsque celle-ci était engagée dans la guerre des Malouines contre l'Argentine en 1982.

Coup d'état

Né le 25 novembre 1915, dans la ville de Valparaiso, M. Pinochet avait fait ses études à l'Académie militaire, l'Ecole de l'infanterie, l'Académie de la guerre et l'Académie de la défense nationale. Il a commencé sa carrière militaire en 1933 pour devenir le commandant en chef de la division de l'armée en 1969, général de garnison de Santiago en 1971 puis chef de l'état-major de l'armée en 1972.

Craignant que les Soviétiques ne profitent de l'élection d'un gouvernement socialiste au Chili pour installer un régime communiste sur le continent sud-américain, Washington décidé d'agir secrètement avec la CIA pour tenter de renverser Salvador Allende et lui substituer un homme de droite fidèle aux principes de la doctrine américaine. Les principales ressources minières du pays comme le cuivre étant à l'époque contrôlées par des multinationales américaines, les Etats-Unis craignaient également, avec la venue d'un président socialiste, la nationalisation de ces importantes ressources minières.

Le 11 septembre en 1973, la CIA permet au Général Pinochet de lancer un violent coup d’état, bombardant la présidence chilienne et causant la mort de Salvador Allende, président socialiste élu. Le général Pinochet prends les commandes de l’état chilien et forme un gouvernement militaire. La répression sanglante qui s'ensuivit fit plus de 3.000 morts et disparitions, selon les organisations de défense des droits de l'Homme, tandis qu'environ 27.555 personnes ont été victimes de tortures, selon deux rapports officiels sur le régime Pinochet. A cette époque, Pinochet fut acclamé par l'administration américaine pour avoir restauré l'ordre et relancé l'économie chilienne en suivant les préceptes monétaristes et ultra-libéraux de l'Ecole de Chicago.

Le général Pinochet, qui a été au pouvoir 17 ans, a fait l'objet de poursuites judiciaires pour violations des droits de l'Homme et corruptions après notamment la découverte de comptes secrets dans une banque aux Etats-Unis. Depuis 1973, il a été président de la junte militaire et commandant en chef des forces armées, chef d'Etat en juin 1974 et président du Chili le 17 décembre 1974. Il a donné sa démission en mars 1990 après que 55% d'électeurs avaient refusé de prolonger son mandat par référendum qui avait eu lieu le 5 octobre.


Tortures, meurtres et poursuites judiciaires

Augusto Pinochet, président du Chili de 1973 à 1990, s'es vue imputer la disparition le jour même du coup d'Etat, de Georges Klein, conseiller au cabinet du président Salvador Allende, ainsi que du père Etienne Pesle le 19 septembre 1973 et de deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (Mir), Alphonse Chanfreau, le 30 juillet 1974, et Jean-Yves Claudet-Fernandez, le 1er novembre 1975. Georges Klein et Etienne Pesle ont été conduits dans des locaux militaires le 11 septembre 1973, Alphonse Chanfreau aurait, pour sa part, été séquestré et torturé à la colonie "Dignidad" tandis que Jean-Yves Claudet-Fernandez aurait été enlevé à Buenos Aires, sans doute dans le cadre du "plan Condor", vaste opération d'assassinats d'opposants mise au point par plusieurs dictatures d'Amérique latine, dont le Chili. Une circulaire du département d'Etat aux ambassades du 23 août 1976 montrerait l'implication des Etats-Unis dans ce "plan Condor".

Soupçonnant donc que les autorités américaines aient été sinon impliquées du moins informées de ces exactions, le juge chilien Juan Guzman Tapia a demandé en vain dès juillet 2001 d'interroger l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger dans le cadre d'une enquête sur l'assassinat du journaliste américain Charles Horman fusillé pendant la dictature du général Pinochet (1973-1990). Charles Horman, dont l'assassinat a inspiré le film Missing de Costa Gavras, avait été arrêté par des agents chiliens le 17 septembre 1973, six jours après le coup d'Etat, après avoir dénoncé des actions de la CIA contre le régime d'Allende. Il avait disparu au Stade national de Santiago, transformé alors en centre de détention et de torture, et son cadavre avait été retrouvé en 1974 dans une fosse commune du cimetière général de la capitale.

Justice française à la traîne

Mme William Bourdon, l'un des avocats des familles de Français disparus sous la dictature chilienne, a dénoncé dimanche la lenteur de la justice française. « Si la justice française avait été plus dynamique ces 18 derniers mois, il aurait pu y avoir un vrai procès de Pinochet », a déclaré Me Bourdon. Reste que, si « la valeur symbolique du procès est atténuée par sa disparition », « sa valeur historique reste importante. »

Me Sophie Thonon, avocate des familles de cinq Français disparus au Chili, a estimé que le « procès des autres représentants de la dictature serait quelque part le procès de Pinochet. (…) Il sera jugé par l'Histoire mais pas par la justice », a-t-elle déclaré. Mais « c'est aussi un très grand sentiment de colère contre cette justice française, chilienne, et celles d'autres pays qui n'ont pas pris la mesure du temps et jugé Pinochet avant son décès », a-t-elle ajouté. « La colère des familles est là depuis des années. (…) Pinochet doit être enterré comme un criminel, comme un mafieux qui s'est enrichi sur le dos du peuple chilien », a-t-elle ajoutée Me Thonon, affirmant que la juge d'instruction française Sophie Clément « était sur le point de signer son ordonnance de renvoi devant la cour d'assises. »

Plusieurs juges d'instruction parisiens successifs enquêtent depuis le mois d'octobre 1998 sur la disparition de Français sous la dictature chilienne (1973-1990). Le parquet de Paris a pris en décembre 2005 des réquisitions de renvoi devant la cour d'assises d'Augusto Pinochet et de 15 militaires de son régime. Il appartient à la juge d'instruction Sophie Clément de signer l'acte de renvoi.

Le général Pinochet est le deuxième à décéder après le général Javier Palacio Ruhman qui a dirigé l'attaque du palais présidentiel en 1973. La mort de l'ancien dictateur entraîne l'extinction des poursuites engagées contre lui.


Funérailles militaires?

Les funérailles d'Augusto Pinochet se dérouleront aujourd’hui et demain à l'école militaire où une chapelle ardente sera dressée avec le cercueil contenant la dépouille de l'ancien général. L'ancien dictateur sera incinéré, comme le souhaite la famille. La semaine dernière, la présidente chilienne socialiste Michelle Bachelet avait fait savoir que l'ancien dictateur aurait des funérailles militaires et non pas des obsèques nationales comme le réclamaient ses derniers partisans.

Michelle Bachelet a été elle-même emprisonnée avec sa mère sous la dictature de Pinochet en 1975 et son père, un général d'aviation, a été torturé à mort par la police politique d'Augusto Pinochet.




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