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« Il est de la responsabilité de l’Etat de sanctionner les dérives racistes »

Entretien avec Nora Barsali

Rédigé par Propos recueillis par la rédaction | Vendredi 14 Avril 2006

Consultante sur les problématiques sociales et économiques d’intérêt général, dont la lutte contre les discriminations, et ancienne collaboratrice du ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances Azouz Begag, Nora Barsali a fondé, en décembre dernier, le Collectif pour l’égalité des chances. Son but : réunir des acteurs décidés à se battre contre la discrimination qui mine la société française. Nous avons voulu en savoir plus sur cette femme dynamique, studieuse et combative.



Nora Barsali, présidente du Collectif pour l'égalité des chances
Nora Barsali, présidente du Collectif pour l'égalité des chances
Saphirnews.com : Qu'est-ce qui vous a poussée à créer ce collectif et qui le compose ?

Nora Barsali :
Face à l'insertion improbable des jeunes diplômés ou non, issus de milieux défavorisés, face aux discriminations ordinaires et quotidiennes subies par les jeunes issus de l'immigration, les membres du Collectif pour l'Egalité des chances que j'ai fondé se disent qu'il est temps d'agir et de poser la question de fonds : notre pays est-il vraiment égalitaire ? Notre collectif qui est ouvert à tous, et accueille de nouveaux membres jour après jour, sera un moyen de faire prendre conscience aux responsables politiques que la situation n'est plus tenable et qu'il est urgent de rétablir l'égalité des chances. C'est pourquoi nous avons élaboré 10 propositions concrètes en faveur de l' »égalité des chances dans l'éducation, dans l'accès à l'emploi, dans l'entreprise, dans la vie politique. Nous travaillons aussi sur la question de la non représentativité des femmes dans le champ économique et politique.

Vous évoquez un label égalité diversité à destination des entreprises. Qui attribuerait ce label et comment opèrerait-il ?

N.B :
Plutôt que de créer un énième label, nous pensons que le label Egalité hommes/femmes pourrait être complété d'un critère "diversité sociale" qui inclut à la fois l'origine sociale et la diversité des origines culturelles des salariés. Il deviendrait ainsi le label égalité/diversité. Ce label appliqué aux entreprises qui recrutent des collaborateurs issus de tous les milieux pourrait être un facteur inclusif de la diversité dans les entreprises.
Le label égalité/diversité permettrait d'évaluer les entreprises selon deux critères :
-La politique de recrutement dans la diversité : pour cela les entreprises peuvent être encouragées à former ses cadres à la diversité, à revoir ses méthodes de recrutement et notamment à passer des accords avec des écoles.
-La politique de promotion interne des collaborateurs concernés par le label égalité/diversité. Cette mesure concerne à la fois l'évolution professionnelle et salariale mais aussi l'accès aux formations.
Quant au label, il devrait être décerné par un organisme si possible indépendant désigné par l'Etat.

Votre huitième proposition concerne la place des femmes dans les conseils d'administrations. Etes-vous favorable à un mélange des genres et des combats (féminisme/discriminations) ou pensez vous que la diversité à requière sa propre stratégie ?

N.B :
Je pense que l'absence de représentativité des femmes comme des minorités relève de la même problématique ? Cooptation sur critères sociaux ou sexuels, représentations négatives dues au sexisme ou au racisme. Ceux qui ne veulent rien faire pour la promotion des femmes ou des minorités brandissent le sacro-saint modèle républicain qui refuse la distinction d'origine ou de sexe. C'est la raison pour laquelle on a dû modifier la constitution pour la loi sur la parité. Même si les textes ne sont pas la panacée, il faut aussi faire évoluer les mentalités et les habitudes, je pense néanmoins qu'on progressera uniquement par la voie législative et les mesures spécifiques car les entraves sont trop lourdes.

Votre neuvième proposition évoque les quotas et la discrimination positive sans les nommer. Quelle est votre opinion sur cette question ?

N.B :
Je ne suis pas en faveur de la discrimination positive. L'expérience américaine montre que seule une minorité bien placée en a profité aux USA. Néanmoins je suis favorable à des mesures temporaires compensatrices d'inégalités et restitutrices d'égalité, c'est à dire davantage de femmes et de personnes issues des minorités dans tous les champs de la société, à la télévision, dans les conseils d'administration, dans les jurys d'écoles, dans les postes de cadres, dans les partis politiques.

La majorité de vos propositions s'appuient sur le rôle de l'Etat. La question des discriminations ne se situe t'elle pas plus dans les représentations collectives que dans la politique de l'Etat ?

N.B :
Vous avez en partie raison. Les représentations négatives principalement sur les maghrébins et les africains de France sont collectivement partagées et produisent une discrimination systémique au détriment de ces deux communautés visées. Ces jeunes subissent des discriminations importantes à l'embauche sur le critère de leurs origines et non de leurs compétences. Ces phénomènes participent au racisme ordinaire, parfois institutionnalisé de la société française. Il est inacceptable et honteux pour la République française de constater de 40% des jeunes issus de l'immigration sont au chômage contre 25% des jeunes de souche française ou européenne. Ces phénomènes engendrent à la longue une rupture sociale, et une violence parfois autodestructrice comme on a pu le vivre avec les violences urbaines de novembre 2005. Je considère qu'il est de la responsabilité de l'Etat de sanctionner fermement ces dérives racistes, de casser cette discrimination systémique et surtout d'y remédier en rétablissant la méritocratie et l'ascenseur social pour tous.





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