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Culture & Médias

Hawwa-magazine, la culture musulmane au féminin

Rédigé par Mabrouk Entretien avec Dora | Jeudi 8 Juillet 2004

Le magazine Hawwa est de retour. La traversée du désert aura duré deux ans. Mais pas une seule ride sur la ligne éditoriale. Agréable à feuilleter, abondamment illustré, le magazine conjugue le plaisir des yeux et les joies de l’esprit. La Une affiche « l’Amour, l’Islam et les Femmes » sous le tendre regard de Wallen, la star du R&B. Dora Mabrouk, directrice de publication, nous fait visiter Hawwa-magazine N°5.



Le magazine Hawwa est de retour. La traversée du désert aura duré deux ans. Mais pas une seule ride sur la ligne éditoriale. Agréable à feuilleter, abondamment illustré, le magazine conjugue le plaisir des yeux et les joies de l’esprit. La Une affiche ' l’Amour, l’Islam et les Femmes ' sous le tendre regard de Wallen, la star du R&B. Dora Mabrouk, directrice de publication, nous fait visiter Hawwa-magazine N°5.

Saphirnet.info : Comment se sent-on après deux années d’absence pour un magazine qui semblait bien lancé ?

Dora Mabrouk : On se sent libéré. En lançant Hawwa, nous ne savions pas ce qui nous attendait. Il n’y avait jamais eu ce type de revue sur le marché français. Mais l’accueil a été très encourageant. Les quatre premiers numéros ont été faits par des bénévoles. Nous ne pouvions pas en rester là. Il nous fallait absolument trouver des financements. Après le quatrième numéro, les difficultés financières sont apparues. La solution était de chercher et de trouver ce financement.

Maintenant on peut dire que c’est chose faite ?

Dora Mabrouk : Pas totalement… Il y a des gens qui nous font confiance. Nous avons pu avoir des annonceurs pour ce numéro qui est un numéro spécial. Nous espérons qu’il nous aidera à convaincre d’autres annonceurs pour nous permettre de continuer notre aventure.

Qu’est ce que vous nous avez préparé dans ce numéro ?

Dora Mabrouk : Comme les précédents, ce numéro est conçu par rubriques qui donnent la parole aux Musulmanes. Pour nous, il n’y a pas de modèle normatif de la femme musulmane. Les rubriques montrent la diversité des femmes qui sont de culture musulmane. Elle peut être croyante ou non croyante. Elle peut être pratiquante ou non pratiquante. Nous lui donnons la parole sans rester superficiel mais avec une certaine profondeur. Nous avons un dossier qui est très riche et très diversifié. Nos rubriques ont aussi ce même objectif.

Quand on annonce ' magazine féminin ', on s’attend à trouver des pages entières de produits de beauté…

Dora Mabrouk : Il n’y a pas un modèle unique de magazine féminin, tout comme il n’y a pas un unique modèle de femme musulmane ni de femme occidentale. Certains trouvent Hawwa ' trop intellectuel pour les femmes '. D’autres nous disent que Hawwa n’est pas féminin parce qu’il aborde des sujets très larges. C’est vrai que nous abordons des sujets sur la littérature, des questions de réflexion... Mais il n’y a pas que la santé et la mode dans la vie d’une femme. La vie de femme est composée de grandes richesses et d’une grande diversité. C’est aussi ce que nous voulons montrer.

Dans le présent numéro, que trouve-t-on de spécifiquement féminin ?

Dora Mabrouk : Lorsqu’il y a un débat sur des sujets de société et que les femmes interviennent dans ce débat, peut-on dire que le débat est typiquement féminin ou qu’il est typiquement masculin ? Nous rendons par exemple un hommage au commandant Massoud d’Afghanistan, nous parlons aussi du film ' écrivains des frontières ' sur la Palestine, de même que nous parlons des ' blédardes ' dans leur combat qui, aussi paradoxal qu’il puisse paraître, est un combat féministe. Toutes ces questions ont leur aspect féminin. Nous parlons de Stella Tamang, une femme qui témoigne de son expérience de femme bouddhiste dans l’univers bouddhiste dominé par les hommes… Je peux multiplier les exemples.

Parlez-vous au moins des hommes ?

Dora Mabrouk : Oui bien sûr que nous parlons des hommes. Ils écrivent aussi. Nous avons un article inédit de Maurice Gloton qui s’interroge ' qu’est ce que l’amour ? ' Nous avons rencontré Abd-al-Haqq Guiderdoni dans un article qui s’intitule ' l’amour par la connaissance '… Nos lecteurs pourront trouver un article sur ' les femmes et les prophètes '. Nous ne sommes pas ce qu’on peut appeler un magazine féministe, nous sommes un magazine féminin qui donne aux femmes leurs droits intellectuels. Nous le faisons en complémentarité avec les hommes mais pas en opposition avec eux. Car une société ne peut se construire en rejetant l’un des deux sexes.

Qu’est ce qui motive votre dossier sur l’Amour ?

Dora Mabrouk : C’est que l’amour est ce qui compose nos vies, nos sociétés. De plus l’amour, dans la civilisation arabo-islamique, a un impact capital. C’est toute une littérature, une spiritualité, un vécu extrêmement riche que nous voulons partager avec le lecteur sans oublier de regarder aussi comment cela se passe dans notre société française aujourd’hui. Dans un précédent numéro, nous avons monté un dossier sur le mariage et les jeunes en Islam et dans la société française. Nous voulions, dans le présent dossier, parler de l’amour en Islam. Car certains ont tendance à croire naïvement que le sujet de l’amour est tabou en Islam. Ce qui est loin du vécu de la société arabo-islamique. Nous proposons dans ce numéro de Hawwa un article sur ' le collier de la colombe ' qui est un traité de l’amour. Il est assez surprenant parce qu’il est écrit par Ibn Hazm, théologien et juriste Andalous considéré austère. Nous avons voulu partager ce patrimoine qui est en réalité un patrimoine universel.

On est tenté de penser qu’un magazine comme le vôtre cible un public féminin et il faut avouer que l’on est agréablement surpris de ce qu’on y découvre

Dora Mabrouk : Nous ne nous adressons pas qu’aux femmes. Notre courrier de lecteur comprend un nombre considérable de lettres envoyées par des hommes. Notre objectif est évidemment de toucher les femmes. Faire connaître leurs activités dans divers domaines sociaux, culturels, artistiques, militants. Mais nous voulons partager tout cela avec les hommes. Une autre donnée qui est importante pour nous est que notre public est à la fois musulman et non-musulman. Certains de nos articles sont signés pas des universitaires. Mais nous avons pris les dispositions pour apporter les éléments nécessaires de sorte qu’une jeune lycéenne puisse aussi en tirer profit. Nous avons voulu notre magazine très ouvert. Ce n’est pas un magazine spécialisé et pointu sur un seul sujet. Nous restons proche de l’actualité. Nous analysons, dans ce numéro, la manière dont les femmes musulmanes et voilées gèrent leurs relations amoureuses, aujourd’hui en France, avec tout le patrimoine qui est le leur.

Vous êtes dans les kiosques à Paris ?

Dora Mabrouk : Pas seulement à Paris, mais dans tous les kiosques de France. Pour se procurer ce numéro il faut se rendre dans un kiosque et le demander. Nous avons fait le maximum pour que chaque kiosque ait au moins un numéro. Autrement, on peut le commander sur notre site Internet www.hawwa-magazine.fr .

Avez-vous des retours deux semaines après la sortie ?

Dora Mabrouk : Nous commençons à recevoir du courrier. Mais nous avons déjà reçu beaucoup d’appels téléphoniques. Des messages électroniques aussi qui nous encouragent. Les gens sont contents de la présentation du magazine qu’ils trouvent magnifique. Ils nous font des compliments sur le contenu aussi. Nous avons donc des retours très favorables et beaucoup d’encouragements.

Propos recueillis par Amara Bamba






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