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Société

Hamidullah à Istanbul comme à Paris

Rédigé par Amara BAMBA | Lundi 22 Janvier 2007

Le Pr. Hamidullah était à l'honneur à Istanbul les 16 et 17 décembre 2006. Pendant que le Collectif Hamidullah tenait sa quatrième rencontre annuelle à Paris, le Pr. Ihsan Süreyya Sirma qui fut un étudiant de Hamidullah, organisait un symposium dans la capitale turque en l'honneur son professeur. Le public venu nombreux à la salle Cemal Resit Rey Konser Salonu a suivi, deux jours durant, des témoignages sur la personnalité et l'oeuvre de Hamidullah.



La salle Cemal Resit Rey Konser Salonu est un endroit majestueux. Elle est, dit-on, la plus prestigieuse salle de spectacles d'Istanbul. C'est en ce lieu somptueux que se sont retrouvées diverses personnalités musulmanes pour livrer leurs témoignages sur la personne et l'oeuvre de Muhammad Hamidullah. Ils sont universitaires, enseignants, chercheurs, hommes d'affaires, personnalités politiques, écrivains... En provenance de tous les continents, ils ont en commun d'avoir à témoigner sur Hamidullah, décédé le 17 décembre 2002 à Jacksonville aux Etats-Unis à l'âge de 95 ans.

Fondateur d'une école de méthode


Pour les musulmans francophones, Hamidullah est célèbre pour sa traduction du Saint Coran de l'arabe au français; lui qui n'était ni Arabe ni Français. Cette oeuvre d'avant garde, motivée par la nécessité d'expliquer l'islam, est aujourd'hui une référence incontournable. Installé en France pendant près d'un demi-siècle, le Pr. Hamidullah a régulièrement donné des cours à travers le monde et essentiellement dans des universités turques. Son enseignement y a marqué des générations d'étudiants. Selon le professeur Salih Tug, doyen de la faculté de théologie, « Pour l'université turque, il y a un avant Hamidullah et un après Hamidullah ». Collaborateur et ami du Professeur Hamidullah, le Pr Salih Tug est une sommité intellectuelle en Turquie. Il estime que « les travaux de Hamidullah ont incontestablement apporté un regard nouveau sur la manière de faire des recherches sur l'islam et l'Empire ottoman ».

Chose peu connue en France, Hamidullah était un grand spécialiste de l'Empire ottoman. Durant ses séjours réguliers en Turquie, il a mené des recherches sur les vestiges de cette période de l'histoire des musulmans. Par la qualité, l'abondance et la diversité de ses travaux, Hamidullah a ainsi suscité des vocations de chercheurs devenus de respectables universitaires. Tous se souviennent de l'originalité de sa méthode de travail qui a donné naissance à une véritable école de méthodes. Un intervenant la qualifie d'« archéologie » pour signifier que Hamidullah mettait un grand soin à collecter ses données en évitant de les modifier. Ensuite, il laissait « parler » ses trouvailles d'elles-mêmes.

L'islam dans la langue de Molière


Né le 19 février 1908, dans le sultanat d'Haïderabad (Hyderabad), Hamidullah est diplômé de la prestigieuse université d'Osmaniya. Lorsque Haïderabad fut annexé par l'Inde à la création de cet Etat en 1947, Hamidullah était vivement opposé à cette annexion. Il choisit alors l'exile en France sur recommandations de son oncle qui était aussi son maître spirituel. Durant les cinquante années qu'il passera en France, Hamidullah se consacre aux études, à la recherche et à l'enseignement de l'islam. Il soutient plusieurs thèses de doctorat dans les domaines les plus divers mais ses travaux sur le Droit islamique lui confèrent une renommée internationale.

Il pouvait aussi bien enseigner en français, en anglais, en turc, en allemand, en ourdou, en arabe et bien d'autres langues encore dont les intervenants au symposium d'Istanbul n'ont pu arrêter la liste. Sa vocation de l'enseignement de l'islam, ajoutée à sa connaissance des langues enrichissent ses travaux de sources d'information souvent méconnues des autres chercheurs. Mais en France, dès 1952, au travers des conférences du premier Centre culturel islamique dont il est l'un des fondateurs, Hamidullah exprime la nécessité d'enseigner l'islam dans la langue de Molière.

Pour l'écrivaine française Malika Dif, invitée à témoigner au symposium, « Hamidullah fait partie des personnalités musulmanes qui nous ont ouvert la voie. Il est le premier qui nous a montré que l'on pouvait être parfaitement musulman et européen. Pour les Français de ma génération, convertis à l'islam, les écrits de Hamidullah ont été les premiers livres qui ont permis de donner du sens à notre pratique sans nier notre culture occidentale. » Ansi a témoigné la sexagénaire avant d'exprimer le souhait de voir rééditer les livres de Hamidullah dont les jeunes ont besoin en France aussi.

Hamidullah à Istanbul comme à Paris

Le dernier étudiant de Hamidullah


Sadida Ahmed, la petite-nièce de Hamidullah et représentante de ses légataires, était du symposium. Elle a tenu à lever tout doute sur la préservation de l'oeuvre de Hamidullah. C'est elle qui, aux Etats-unis, avait accueilli le Professeur durant les dernières années de sa vie. Elle a quitté son travail pour se consacrer à son grand-oncle malade et fatigué par l'âge et une vie de travail intense. Sadida assistera Hamidullah jusqu'à son dernier souffle. A ce titre, elle se présente non sans humour comme « la dernière étudiante de Hamidullah ».

Devant un amphithéâtre attentif, elle a tenu à souligner que Hamidullah n'était ni coupé des siens, ni un savant isolé, contrairement aux apparences. « Il est d'une lignée de savants, précise-t-elle. Son maître qui était son oncle était déjà un savant de renom dans notre famille. Et il a mis beaucoup de soin à préserver ses travaux, textes originaux ainsi que les traductions dont il a eu connaissance. Depuis son installation au 4, rue de Tournon à Paris, tout morceau de papier qui est entré dans son appartement a été soigneusement préservé par lui-même. Rien n'a été perdu. Il a même conservé des notes prises sur des tickets de métro qu'il m'a demandé de ne pas jeter ». Des propos qui rassurent les admirateurs de Hamidullah, souvent inquiets devant la difficulté à trouver ses livres sur le marché.

Soutenue par le Pr. Yusuf Zia Kavakci, autre étudiant de Hamidullah, actuellement Professeur d'université et imam de la mosquée de l'association des musulmans du Nord-Texas (Etats-unis), Sadida a organisé les funérailles du Professeur dans la stricte tradition du rituel musulman. Il repose au cimetière de Chapel hills memory Garden (Jacksonville en Floride) dont le Professeur Kavakci a commenté des photos dans une séance de rétro-projection chargée d'émotion.

« Le premier voeux de mon grand-oncle était d'être enterré à Médine, explique Sadida. Comme cela ne fut pas possible, nous avons suivi la tradition du Prophète: il a été enterré sur le lieu de son décès. C'est ce qui était convenu avec lui. » Par la suite, Sadida aura la surprise de découvrir que, dans ces lieux, non loin de la sépulture de Hamidullah, étaient enterrés des musulmans venus d'Afrique, « certainement parmi les premiers Noirs musulmans d'Amérique, dont l'histoire lui tenait tant à coeur ». En effet, le Pr. Hamidullah a produit un article unique en son genre, aujourd'hui introuvable, sur les premiers musulmans Noirs d'Amérique. Sur ce point aussi les propos de Sadida sont apaisants car elle a retrouvé une copie de ce texte rare dans la gigantesque documentation de Hamidullah!

Bientôt, un séminaire scientifique


Les participants au symposium ont reçu des copies de livres du Professeur Hamidullah. Toute une collection d'ouvrages, essentiellement en langue turque, édités par la maison d'édition Beyan, partenaire du symposium avec la Mairie d'Istanbul. Dans ce paquet cadeau, un livre recueille la correspondance entre le Pr. Hamidullah le Dr. Ihsan Süreyya Sirma, secrétaire à l'organisation du symposium. Dans un format de luxe, ce livre montre les photocopies des originaux des lettres de Hamidullah. On y découvre Hamidullah par Hamidullah dans ses préoccupations de chercheur scrupuleux et d'enseignant engagé, soucieux de pouvoir mener sa mission et rouspétant après les lourdeurs administratives.

Les anciens étudiants de Hamidullah n'entendent pas sanctifier leur professeur bien aimé. Cette démarche serait contraire à l'enseignement de Hamidullah qui repoussait tout geste assimilable au culte de la personnalité. La promotion de son exemple et de ses travaux est cependant un désir très partagé. Un sentiment que l'on retrouve au Collectif Hamidullah, qui estime que l'oeuvre des savants comme le Pr. Hamidullah fait partie intégrante du patrimoine scientifique de l'Europe même si elle traite de thèmes essentiellement islamiques.

Faute de réédition légale, des livres de Hamidullah sont frauduleusement vendus. Mais son oeuvre n'est pas pour autant menacée. Ce qui n'est pas le cas de tous les musulmans célèbres d'Europe. En France, ce travail de promotion est l'un des objectifs du Collectif Hamidullah. Pour sa quatrième Journée Hommage, cette association loi 1901 s'est intéressée à Saïd Ramadan, Sadek Charaf en plus du Muhammad Hamidullah. En décembre 2007, ce rendez-vous annuel qui se tient à la date anniversaire du décès de Hamidullah, sera complété par un séminaire scientifique sur la question du patrimoine dont le Collectif recherche actuellement les participants et les partenaires.





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