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Religions

Green Hajj, pour un pèlerinage écologique et responsable à La Mecque

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 8 Septembre 2016

Etre éco-responsable à La Mecque, un défi que les pèlerins musulmans en pleine période du hajj sont plus que jamais appelés à saisir. C'est le travail auquel s'est attelée une association, qui a récemment lancé un guide du pèlerinage écologique et une plateforme de compensation carbone. Zoom sur cette initiative avec la présidente de Green Heaven, Chahira Aït Belkacem.



Green Hajj, pour un pèlerinage écologique et responsable à La Mecque
L’association musulmane Green Heaven, créée en avril 2013 pour mener des actions de sensibilisation au développement durable et à la protection de l’environnement, est à l'initiative d'un guide du pèlerinage écologique et responsable à destination des pèlerins à La Mecque et à Médine. De par les millions de personnes s’y rendant chaque année, le hajj est un des plus grands rassemblements religieux au monde, occasionnant une pollution plus importante dans les Lieux saints.

Dans le cadre du programme Green Hajj, le guide paru en août 2016 – qui rappelle une initiative similaire d’une ONG britannique dévoilée en 2011 sur Saphirnews – entend aider les musulmans à réduire leur empreinte écologique à leur passage en Arabie Saoudite en leur délivrant des conseils à appliquer avant et pendant leur séjour.

Green Hajj, pour un pèlerinage écologique et responsable à La Mecque

Des gestes au service de l’avenir de la planète

« Agir pour l’environnement est un acte de foi. Chacun à son niveau peut réduire son empreinte écologique lors du Hajj », fait-on savoir dans le guide, qui prodigue des conseils simples et utiles à la portée de tous, pour la plupart importants à reproduire dans son quotidien même concernant l’alimentation ou la consommation d’eau.

« Comment préparer sa valise tout en adoptant l’attitude la plus écologique possible ? Emporter le moins de choses et engendrer le moins de déchets possible ? » Pour cela, Green Heaven invite les pèlerins à ne pas emporter d’objets à usage unique de type lingettes et rasoirs, à préférer les savons aux gels douches ou encore à emporter dans sa valise des « indispensables écolo » comme de la lessive écologique en tube ou encore une gourde pour éviter l’utilisation massive des gobelets en plastique. Pendant le hajj, ce sont quelque 2,5 millions de gobelets chaque jour sachant qu’un gobelet abandonné met plus de 150 ans à se dégrader.

Une fois sur place, le guide incite le voyageur à réduire son empreinte écologique à l’hôtel et lors de ses déplacements avec des conseils qui sont appelés à s’appliquer en tous lieux : penser à toujours éteindre les lumières en quittant sa chambre, climatiser sa chambre en gardant les portes et les fenêtres fermées, réutiliser sa serviette de bain plusieurs fois, ne pas gaspiller l’eau lors de ses ablutions, marcher quand cela est possible, ne pas laisser ses déchets derrière soi…

« Car on ne peut plus continuer dans ce sens », martèle Chahira Aït Belkacem, présidente de l’association basée à Montigny-le-Bretonneux, en région parisienne. Cette quadragénaire, mère de trois enfants, consacre aujourd’hui toute son énergie aux activités de sensibilisation à l'écologie après avoir un temps travaillé entre 2008 et 2010 pour Engagement, une revue semestrielle interne dédiée aux fonctionnaires de l’aumônerie musulmane aux armées. Si elle confie n’avoir pas encore accompli le hajj, c’est le cas pour l’une des membres de la petite structure et c’est « sur la base de son témoignage et d’une quarantaine d’autres » que le guide a été élaboré. « Soyons à l’hauteur de ce voyage, de cette connexion entre le Créateur et sa créature, par le respect des lieux et l’engagement d’un comportement éthique et responsable », fait-on savoir.

Green Hajj, pour un pèlerinage écologique et responsable à La Mecque

La compensation carbone, une action purificatrice à la portée de tous

Le guide complète un programme de compensation carbone lancé en juin 2015 par l’association. Celle-ci propose aux pèlerins qui le souhaitent de compenser les émissions de gaz à effet de serre émis lors du hajj ou de la omra en finançant, à hauteur de 15 euros, « des projets locaux à fort impact environnemental et social auprès des populations démunies au Mali et en Chine ». A ce titre, Green Heaven est partenaire de projets du Groupe Énergie Renouvelable et Solidarité (GERES) au Mali et d’Initiative Développement en Chine : le premier finance auprès de familles l’achat de cuiseurs domestiques économes permettant de limiter la production de CO2 et de préserver les ressources en bois ; le second aide à la reforestation d’arbres visant à recréer une biodiversité.

La compensation, une action encore très méconnue auprès des cercles musulmans, Chahira dit s’en être inspirée d’Action Carbone Solidaire, une plateforme de compensation initiée par le photoreporter Yann Arthus-Bertrand au travers de sa fondation créée en 2005, GoodPlanet. « Je me suis dis que c’est une initiative qui collerait parfaitement à l’esprit du hajj » en tant qu’« acte de foi et de purification » et « la compensation carbone va dans ce sens », explique-t-elle.

Les deux projets sont labellisés Gold Standard, un label international certifiant des projets de compensation volontaire depuis 2004. Une garantie du sérieux des projets parrainés par Green Heaven qui assure, par la voix de Chahira, que « 100 % des dons versés vont au partenaire, rien n’est utilisé pour le fonctionnement de l’association » qui compte au total quatre membres actifs.

« On est dans l’urgence environnementale »

Aussi, les donateurs peuvent faire une compensation complète, 15 € n’étant que partielle. « On estime un Paris-La Mecque à 45 euros. Cela reste élevé et c’est vrai que le hajj est le voyage d’une vie. Mais il faut faire prendre conscience de la responsabilité des pèlerins » ainsi que des agences de voyage, dont elle espère un engagement accru sur la base d’une diffusion du guide mais surtout pour proposer en amont la compensation carbone, « quitte à ce que les agences se partagent les frais avec les voyageurs ». Aucun partenariat n’est pour l’heure acté avec celles-ci mais Chahira y travaille.

Neuf mois après la COP 21 à Paris, « on est toujours dans l’urgence environnementale. Pourtant, il y a encore besoin d’argument pour convaincre », déclare Chahira. Green Heaven dit n’avoir « rien inventé », mais espère modestement contribuer à faire bouger les lignes sur la question de l’environnement auprès des musulmans en France. Il nécessite pour cela un travail d’accompagnement dans la durée par l’éducation. Les responsabilités individuelles et collectives des croyants sont bel et bien engagées dans la lutte pour la préservation de la planète dont il est constamment dit en islam qu’il est un capital à préserver par l’Homme en tant que « vicaire de Dieu sur Terre ».

Pour télécharger le guide, cliquez ici






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