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Religions

Gennevilliers se dote d'une nouvelle mosquée

Rédigé par Nadia Sweeny | Jeudi 23 Novembre 2006

Le projet est signé, les accords sont pris, les travaux de la grande mosquée de Gennevilliers débuteront le 20 janvier 2007. A cette occasion une cérémonie se déroulera durant laquelle les membres de l’association Ennour, à l’origine de cette initiative, déposeront la première pierre.



L’association Ennour regroupe huit associations réunies dans un projet ambitieux : la construction d’une mosquée de plus de 4 000 m² en plein cœur de Gennevilliers, rue paul Vaillant Couturier. Deux salles de prières seront prévues pour une capacité d’accueil de 2 000 fidèles, hommes et femmes. D’autre part, un projet culturel est aussi mené afin de développer des possibilités d’apprentissage des langues, de soutien scolaire et de cours d’alphabétisation. Cette mosquée comprendra une salle de conférence, une bibliothèque et un parking en sous-sol.

Gennevilliers, ville des Hauts de Seine, située dans la banlieue parisienne, compte 42 000 habitants, dont une grande partie est de confession musulmane. « Le nombre approximatif de citoyens musulmans tourne autour de 15 à 17 000 personnes à Gennevilliers. » avance Nouredinne Mahloul, membre du bureau de l’association Ennour.

Gennevilliers se dote d'une nouvelle mosquée

Bricolages


« Au début la mosquée du port de Gennevilliers était notre point de chute. Cette mosquée existe toujours. » Explique M. Mahloul. En effet, ce petit lieu de culte est situé dans une cité de transit du port de Gennevilliers, zone industrielle de la ville. Mais sa petite taille ne lui permet pas d’accueillir le grand nombre de fidèles notamment lors de la prière du vendredi ni pour la fête de l’aïd, qui rassemble 4 à 5 000 fidèles par an. « Nous avons senti un besoin au niveau des musulmans. » explique Mohammed Benali, président de l’association Ennour. « Ce besoin s’est exprimé de différentes façons. Soit par la création d’associations, soit par l’ouverture de salles de prières dans les sous-sols ou les rez-de-chaussée des foyers de travailleurs ou par l’achat de hangars d’entreprises abandonnés, bricolés et transformés en salle de prières. » Poursuit-il. D’autres lieux de cultes se sont donc développés dans la ville, dans des appartements de cités ou encore dans un ancien café où l’électricité a été coupée pour des raisons de sécurité. « Nous voulions avoir un lieu de culte digne de ce nom qui pourrait rassembler les musulmans. » insiste M. Mahloul.

Ce projet mûrit dans les esprits depuis plus de 10 ans maintenant. « Nous avons débutés nos démarches fin 1995 en envoyant des lettres à la mairie de la ville. Dans un premier temps, nous nous sommes trouvés face à un refus de la municipalité, notamment sur le point du financement, car ce n’était pas dans ses compétences. Cependant, les élus nous on proposé de développer notre réflexion sur ce projet. » Explique ainsi le président. « La municipalité a aussi senti ce besoin et notamment ce désordre au sein de la ville voyant tous ces locaux transformés en salle de prières. » Durant cinq à six ans, une période de réflexion et de rencontres des élus et des associations entre-elles, se met donc en place. L’association Ennour a fini par modifier sa composition afin d’y intégrer huit autres groupes autour de ce projet. « Toutes les tendances, les origines sont ainsi représentées. Nous voulions éviter de mettre en place plusieurs projets comme par exemple une mosquée des Algériens et une mosquée des Marocains. Nous avons voulu répondre à un souci d’unification. » Insiste Mohammed Benali.

« Les mentalités ont évolués avec ce que j’appelle personnellement « l’effet de mode des mosquées. » Au début les élus ont été très réticents à notre projet, ce qui explique le retard de nos démarches. Mais ça a évolué sachant que Gennevilliers est une ville ouvrière qui a une forte concentration de travailleurs immigrés. D’autre part, une grande partie des musulmans qui ont participé à la deuxième guerre mondiale ont été accueillis ici, notamment dans un foyer qu’on appelait le « foyer musulman », qui a été détruit depuis, mais cette histoire fait partie du patrimoine de cette ville. Il ne faut pas l’oublier. » Insiste M. Mahloul, membre du bureau. « Cette volonté d’intégrer une mosquée dans le paysage de la ville est venue aussi avec l’actualité nationale, les questions de laïcité, de l’islam en France… » Poursuit-il.

Gennevilliers se dote d'une nouvelle mosquée

Architecture et financement


Au début, les exigences de taille du terrain étaient d’un minimum de 1 500 m² puis, la mairie a finalement proposé aux musulmans de Gennevilliers une place de 2 300 m², qu’ils ont accepté. C’est en décembre 2002 que les membres de l’association Ennour ont reçu l’accord de la municipalité pour le permis de construire. L’une des négociations architecturales s’est faite autour de la taille des minarets. Ces derniers ne devront pas dépasser la tour de la Mairie de Gennevilliers ; la hauteur sera donc de 15 m maximum. Pour l’architecture, l’association Ennour a lancé un appel d’offre pour un concours d’architectes. Cinq professionnels ont participé, et le conseil d’administration a choisi le projet d’un architecte d’origine égyptienne, M. Ramzy Malloui. Le projet est beau et mélange harmonieusement les styles oriental et occidental.

La construction devrait se faire en deux temps. La première part sera la portion cultuelle, rassemblant une partie du parking, une salle de prière pour les hommes et une pour les femmes. « Nous avons rencontré des difficultés avec la ville car ils ne voulaient pas que nous débutions le projet sans avoir la totalité des financements. » explique Mohammed Benali. Le coût de la première tranche s’élève à environ 3 400 000 euros. Or aujourd’hui, l’association Ennour dispose de 380 000 euros de fonds propre, récoltés auprès des musulmans.

« Plus de 90% des donateurs sont des gennevillois. » Les fonds proviennent tous de dons de musulmans. Les récoltes se sont faites par différents moyens. Soit directement dans les mosquées de France auprès des fidèles, dans les foyers, par le biais de boites déposées chez les commerçants des Hauts de Seine… « Nous avons lancé une campagne originale. Toute personne qui donne 1 000 euros acquiert une « part ». Nous leur fournissons un certificat, ou il est précisé que ce donneur a participé à la construction d’une place de la mosquée. » 70 personnes se sont manifestés suite à cette petite campagne de communication. Pendant le mois de Ramadan, cette campagne nous a rapporté 180 000 euros.

15 représentants aux élections du CRCM


L'association Ennour tient à rester indépendante. « Nous ne faisons partie d’aucune fédération», insiste le Président de l'association. Cependant, certaine d’entre-elles ont aidé simplement en permettant de récolter l’argent auprès des fidèles qui fréquentent leur mosquée. L’Union des organisations islamiques en France (UOIF) a ainsi permis de rapporter 8 500 euros, par l’ouverture des récoltes dans son centre de la Courneuve. N’oublions pas que la construction d’une mosquée de cette taille bouleversera l’équilibre des votes pour le Conseil Régionale du Culte Musulman (CRCM). Avec une surface de 4 000 m², la grande mosquée de Gennevilliers représentera 15 représentants, donc électeurs potentiels.

Le choix de l’imam sera méticuleux. Même si la question n’est pas d’actualité, les membres de l’association exigeront du responsable religieux qu’il soit parfaitement bilingue. Pour être sélectionné, il devra obtenir l’approbation des trois quarts du conseil d’administration de l’association Ennour. Une période d’essai lui sera, de plus, imposée.

Selon les prévisions, la première tranche de construction de la grande mosquée de Gennevilliers devrait s'achever avant l’été 2008.





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