Connectez-vous S'inscrire






Archives

Genèse d’une écoute vers les félicités du Coran

Joyeux Mouloud al-Nabawi

Rédigé par M. Abioui | Mardi 11 Avril 2006

Faut-il dire avec le poète désabusé et lassé de ses expériences et du monde que « la chair est triste et que j'ai lu tous les livres » ? Non. Loin de là, un Livre, un seul, me prendra toute ma vie sans en avoir fait le tour et ne serait-ce qu'une parcelle, un paragraphe et je n'exagère même pas. Mon Livre est infini, comme le fameux 'livre de sable' de Borges, voire plus car ses pages se tournent aisément, mais son sens est intarissable depuis plus de 14 siècles.



Faut-il dire avec le poète désabusé et lassé de ses expériences et du monde que « la chair est triste et que j'ai lu tous les livres » ? Non. Loin de là, un Livre, un seul, me prendra toute ma vie sans en avoir fait le tour et ne serait-ce qu'une parcelle, un paragraphe et je n'exagère même pas. Mon Livre est infini, comme le fameux 'livre de sable' de Borges, voire plus car ses pages se tournent aisément, mais son sens est intarissable depuis plus de 14 siècles.

Le Livre n'a pas cessé de nous surprendre, de nous dépasser, voire de nous défier. Rien de plus normale car son auteur est l'Auteur. L'Auteur de toute chose, le Dieu Infini. Et je ne parle pas de lecture, je parle seulement d'écoute. Des phrases qui défilent et qui ne laissent guerre du temps à la méditation. Il faut saisir au vol, par je ne sais quelle grâce, les sens de ce texte qui a réduit au mutisme les plus savants de nos exégèses. Ce qui va suivre est le bref résumé d'un instant d'écoute.

A l'écoute du Coran

A chaque fois que j'écoute le Coran je suis profondément surpris par ce discours tout à la fois extraordinaire, simple et complexe. En fait les mots manquent pour dire l'état de certitude, de quiétude, de vrai, de bonheur non hilare ou physique, quelque chose qui se refuse aux mots et qu'un seul regard peut transmettre lors de cet instant.
Le Coran, pendant cette écoute consciente, se révèle non seulement comme cachant des univers insoupçonnables et mystérieux, mais aussi dans sa construction. Il envoûte l'âme non avertie, calme les esprits et endort les volontés le plus coriaces. Source inépuisable de sens et de découvertes, ils est à mon sens plus riche que l'univers lui-même, il est en soi un univers infini contenu, par je ne sais quel miracle, dans l'univers que nous connaissons, ou pensons connaître. En fait, et c'est là que je veux en venir, le Coran est un univers infini dans l'univers fini que nos scientifiques, philosophes, astronomes, médecins, … essayent de comprendre, s'ingénient à explorer, à cerner.

Un infini dans le fini

Il, Le Coran, est infini et pourtant contenu dans le Livre. Ce livre est fait de lettres et de mots. C'est l'alchimie divine dans sa forme la plus accessible à l'homme qui est là, sous nos yeux, aux rudiments - les mots - connus de tous ou presque, ou du moins qui ne demandent qu'à être compris : l'alphabet arabe. Une simple conjonction de lettres, se succédant, verset après verset, sourate après sourate, partie ou groupement de sourates (Hizb) après l'autre pour donner à l'homme la somme de connaissances la plus vertigineuse, et que pourtant bien des hommes ne connaîtront jamais. Tel est Sa volonté. On n'y peut rien.
Si les sciences en générale s'arrêtent après une certaine limite et se transforment en question, en doute, voire en défaite, si la philosophie pose des questions, le Coran nous donne des réponses. Les réponses les plus incroyables, les plus définitives. Il nous comble de certitudes à en connaître l'extase.
Si les sciences dites exactes et les sciences dites humaines nous plongent dans les ténèbres de nous-mêmes et le chaos de l'univers, le Coran nous illumine, nous tire les larmes de certitude et l'on se met à rêver à Lui. Le moment suprême.

« Qala » 416 fois

A la lecture comme à l'écoute, ce sont les histoires et les certitudes les plus définitives car divines, des instants de bonheur que ne peuvent connaître que les initiés. Comment en suis-je arrivé là ? En fait, je me suis surpris en écoutant plusieurs chapitres du Coran par le nombre de réitérations du mot « qala » c'est-à-dire «il a dit » en arabe. Je me suis alors arrêté, captivé, figé devant ce mot et sa signification, réfléchissant au rapport que l'Absolu puisse entretenir à rapporter les dires d'autrui : de ses créatures. Un phénomène digne de méditation. Une halte nécessaire.
En comptant leur nombre, il y a 416 fois le mot 'qala', racontant des histoires et rapportant des dialogues .
Allah dans Sa Grandeur infini rapporte les dires des autres, qui sont les anges, les prophètes, les saints hommes, les hommes ordinaires, les mauvais hommes, les rois, les pauvres, les femmes enceintes, les djinns, Satan, les morts, les animaux, les cieux… Extraordinaire énumération qui me rappelle une taxinomie chinoise reprise par J.L Borges et cité dans un ouvrage de M. Foucault dans « Les Mots et les Choses ». De mémoire cette énumération disait que selon une taxinomie chinoise les animaux se divisent en plusieurs groupements comprenant les animaux qui s'agitent comme des fous, ceux qui ont cassé la cruche (ou la jarre), ceux peints avec un pinceau en poil de chameau, ceux du roi, ceux qui de loin ressemblent à des mouches… Quelques lignes plus loin, l'auteur finit par conclure que ceci signifie la difficulté de conceptualiser cela, de comprendre cela, c'est-à-dire la limite de notre logique et le début d'une autre !
Les limites entre hommes ne sauraient disparaître, et ne peuvent cesser. Tous les hommes ne peuvent comprendre un texte aussi évident qu'est le Coran. Cela ne dépend de personne, mais cela dépend de Lui qui crée les logiques et les infléchit du côté qu'Il veut. Et je me souviens de ce hadith du Prophète disant en paraboles que le cœur des hommes est entre deux doigts du Seigneur, Il les retourne tout le temps dans le sens qu'Il veut. C'est pourquoi le Prophète disait dans ses invocations pendant les prières, en station de génuflexion : « Ô Toi qui retourne les coeurs, fixe nos cœurs à Ta soumission ».

Des histoires agissantes

Les histoires coraniques sont pour le sémioticien la preuve même de l'omniscience de Dieu, le Présent Eternel et l'Eternel Présent. Il est là, à écouter toute chose, le Témoin qui ne rate rien, le Comptable qui n'oublie rien; « Il est avec vous où que vous soyez » dit un verset coranique. N'est ce pas Lui qui rapporte ces histoires ? Il était bien là avec toutes ces créatures aussi grandes que minuscules, avec les oiseaux et les éléphants, les anges et les djinns, les pauvres et les riches, les vivants et les morts…
Le numérologue nous dira que le nombre 461 est le nombre même du dialogue car additionné dans un premier temps il donne 11, c'est la juxtaposition de 1 + 1. Puis additionné encore, c'est-à-dire fusionné, il donne 2, la dualité, le chiffre même du dialogue qui est d'abord deux. Le monologue est le fait d'un être seul. Mais le numérologue peut interpréter les chiffres et les occurrences graphiques, mais si c'est un numérologue croyant, et à bien réfléchir, le croyant prendra le dessus, et ne peut croire au monologue. Le croyant n'est jamais seul. Le croyant ne connaît pas de solitude ni ne regrette une patrie car Allah est partout et Il est sa patrie et son refuge. Aussi seul qu'est l'être humain, il n'est jamais seul, dans le bonheur comme dans le malheur. Alors, si la foi est réelle et le cœur éveillé, rien ne peut toucher le croyant car il n'est pas seul.
Le Maître sans partage dans sa bonté extrême est là, regardant, comme un ami et confident. Ta maladie ? Il le sait ! Ta pauvreté ? Il le sait aussi ! Ton bonheur ? Bien sûr, aussi. Penses-tu qu'Il ne veuille plus de toi ? Alors tu le méconnais, tu refuses Sa grâce. Lorsqu'un égaré revient à Lui, nous apprend le Prophète, Le Seigneur est très heureux et lui pardonne tout. Un compagnon du Prophète dit alors, s'Il est heureux de retrouver un égaré du droit chemin, alors qu'en est-il lorsqu'Il retrouve quelqu'un qui l'aime tant et qui dit ô Seigneur il n'y a d'autres dieu que Toi ô Allah ?

L'Absent et l'Omniprésent

Les histoires du Coran sont aussi l'instant ultime de la transition de la non existence à la foi. Il faut y croire n'ayant connu ni les prophètes, ni les anges, ni le diable, ni avoir vu le ciel parler… C'est ce que le Seigneur dit dans une simplicité déroutante, qu'on ne remarque même pas parfois dans la Sourate de La Vache : « A L M (alif lam mime) certes c'est le Livre sans aucun doute, guidance pour ceux qui craignent (leur Seigneur), ceux qui croient en l'absent (al ghaybe) (…)» Suit alors l'explicitation ou, si l'on veut, la caractéristique de ceux qui craignent leur Seigneur : ceux qui craignent leur Seigneur sont ceux qui croient dans L'absent, sans L'avoir touché ni vu; ils y croient.
D'autres caractéristiques vont suivre immédiatement : ceux qui font la prière et font l'aumône légale. Dans ce même verset on trouvera le miracle du signe, le mot décomposé en lettres dès le début (A L M) suivi de « certes c'est le Livre sans aucun doute », un livre fait de lettres et de mots, racontant les histoires des nations et des êtres de la création, est destiné à être cru sans l'ombre d'un doute. Un Livre qui est infini, à l'image de son Auteur qui daigne dans son infinie bonté nous raconter des histoires, paraboles de sagesse et recommandations divines. Nous montrer par l'exemple ce qui a été, nous détaillant ce qui sera aussi, demain lorsque tout s'arrêtera, et que chacun retrouvera les moissons de ses semailles, et Ton Seigneur n'est point 'oubliant' dit le verset.
À partir de ce constat, chacun saura quoi faire et comment interpréter son monde. Chacun se verra entrain de vivre dans un monde concilié, sans équivoque, où le doute laissera place à la certitude, où le conflit cédera place à la paix intérieure et à l'extase. Les histoires introduites par les 'qala' « il a dit » nous montrent le caractère verbale de ce Livre d'où son nom « Al Qurâane » celui-qui-est lu-sans-fin , ainsi que son caractère d'appartenance à la famille des « belles lettres » qui est de surcroît révélé à un analphabète : le Prophète.

A l'ombre d'un verset

Nous disons cela sans oublier sa dimension historique nous racontant les histoires de la Reine de Sabae, Aad & Thamud, Noe, de David et Goliath, des dormeurs d'Ephèse (les gens de la Grotte) … Bref, le Coran narrant la création des cieux et de la terre, remontant jusqu'à la première journée d'Adam sur terre et prospectivement peignant le jour du jugement dernier…dans les détails le plus effarants et les plus doux, selon le résultat escompté. Oui! j'ose dire que le Livre est la somme de toutes les connaissances et le chemin de la paix intérieure, sur terre et dans l'au-delà, la voie/voix du chercheur de toute grandeur et de toute vraie réussite.
A écouter le Coran, il y a des instants où l'homme sincère, comme le disait si bien feu Mohammed Qotb, rêve à ce que le temps se fige pour toujours pour qu'il reste à jamais à l'ombre d'un verset, écoutant les paroles de son Seigneur. Car si tu veux que Ton Seigneur te parle, psalmodie le Coran; si tu veux Lui parler, célèbre la prière rituelle. C'est ce genre d'instants qui rendent la vie si belle et ce passage si doux au cheminant averti car il ne dépend que de toi d'écouter et de lire le Livre. Mais il dépend de Lui de permettre les ouvertures et les trouvailles qu'Il peut te réserver et qui sont inépuisables et aux dimensions infinies.





Dans la même rubrique :
< >

Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu