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Françoise veut s'appeler Hania, Richard veut redevenir Yussef

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Samedi 28 Février 2009



"Je m'appelle Françoise mais ce n'est pas moi, je ne me reconnais pas!" Cette jeune femme d'origine algérienne aurait pu croiser Richard dans les couloirs du tribunal de Paris. Elle a 30 ans, il en a 64, et ils rêvent tous deux de changer de prénom.

Elle voudrait s'appeler Hania, il veut retrouver son ancien patronyme, Yussef. Ils refusent de croire qu'un prénom c'est pour la vie. Ils ne supportent plus leur état civil donc ils ne se supportent plus. Un caprice de star? Une demande superficielle?

Pour Xavier de la Chaise, avocat au barreau de Paris, habitué des procédures de changement de prénom, "c'est une démarche douloureuse, ce n'est pas anodin. Cela implique beaucoup de souffrances, des difficultés d'intégration, d'acceptation de soi-même". Les juges ne sont pas toujours aussi psychologues.

Au tribunal de Paris, l'année dernière, le greffe a enregistré 290 décisions de changement de prénom. 80% des demandes ont été acceptées par le juge, dont 20% pour des raisons religieuses et 20% pour des motifs divers et variés.

Les "raisons religieuses" concernent en majorité les conversions à l'islam, les "motifs divers et variés" regroupent les annulations de naturalisation des prénoms (le cas de Yussef), les demandes d'ajout d'un deuxième ou d'un troisième prénom, ou les modifications d'état civil liées aux changements de sexe.

Sur les 20% d'avis négatifs, une partie provient de demandeurs qui ne veulent plus de leur prénom français. Ces dizaines d'insatisfaits de leur patronyme luttent pour des motifs que la justice peine parfois à entendre.

Autre tribunal, même phénomène. A Melun, en novembre, quinze dossiers étaient en attente pour des changements de ce type.

Dans cette nouvelle catégorie de demandeurs, Françoise et Richard ont deux parcours différents. "C'est une question de génération", explique Richard:

"A mon époque, élevé dans une famille traditionnelle, je ne risquais pas de m'intégrer dans la société avec un prénom arabe. J'ai alors fait une démarche de naturalisation pour trouver du travail. Mais j'ai fait ma vie maintenant, je peux retrouver mes origines."

Richard en parle calmement. Pour Françoise, c'est un peu différent. Elle est en colère contre l'Etat français qui ne l'accepte pas comme elle est:

"Je ne me sens pas bien avec ce prénom français, il ne me correspond pas. Je veux être fière de mon prénom et me rapprocher de ma communauté algérienne. Ils me rejettent. J'ai l'impression d'être entre deux mondes."

Avec des tremblements dans la voix, elle explique qu'elle n'en peut plus:

"Les gens ont une image toute faite des 'Françoise'. Je ne corresponds pas à cette catégorie, cela me met mal à l'aise. Mon physique n'a rien à voir avec le prénom que je porte. La justice a pourtant refusé sa demande."

Souvent négative face à de telles requêtes, la jurisprudence s'adapte lentement aux changements de la société. Hervé Charles raconte que "les dossiers de demande sont bien reçus et presque toujours acceptés. L'audience est à huis clos, les personnes peuvent s'exprimer en toute franchise".

Les demandes de francisation restent cependant beaucoup plus nombreuses. On françise son nom pour mieux s'intégrer, pour trouver du travail. Les témoignages de genre se multiplient sur Internet. Richard, qui attend la décision de la justice sur sa demande, refuse cette logique:

"C'est un moyen de se fondre dans un moule que je refuse désormais. J'ai passé toute ma vie avec un 'faux' prénom. Je veux retrouver mon identité désormais."

Les conversions à l'islam s'accompagnent elles aussi souvent de changements de prénoms. Ces derniers sont acceptés avec plus d'indulgence par les juges, estiment les avocats

La procédure est la même pour franciser ou "défranciser" son état civil. C'est une question d'intérêt légitime, régie par les articles de loi 57 et 60. Il faut pouvoir prouver la réalité des origines, la difficulté de porter son nom au quotidien.

"La conception de l'intérêt légitime s'élargit, mais ce n'est pas complètement rentré dans les moeurs", explique Frédéric Grilli, avocat à Melun. Il est surtout difficile de revenir sur une francisation: "La justice n'est pas une girouette", met-il en garde.

Les démarches sont les mêmes quand on veut ajouter un prénom ou changer l'ordre des prénoms existants. Un garde-fou:

"Tout ce qui touche au changement d'état civil, c'est un choix important. C'est pour cela que nous demandons aux personnes d'avoir un avocat. Cela évite caprices et décisions fantasques. Nous ne sommes pas une simple chambre d'enregistrement."

Françoise a décidé de faire appel. Richard attend toujours l'issue de sa procédure entamée depuis plus d'un an. Leurs demandes interrogent le modèle français. Comment s'intégrer tout en assumant son identité?


Julie Banos
Rue89.com




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