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France Télévisions : Du grabuge dans les coulisses de « Ce soir (ou jamais !) » ?Une plainte à la HALDE contre MFPRédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 18 Juin 2010
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A l’heure où France Télévision lance des spots pour plaider la cause de la diversité, voici une affaire qui risque de faire mal à la chaîne publique. MFP, une société de production filiale à 100 % de France Télévisions et productrice de l’émission « Ce soir (ou jamais !) », est accusée d’avoir mis à la porte plusieurs employés sans motif en février dernier. L’une d’eux, enceinte de cinq mois à l’époque, a saisi la HALDE au motif de discrimination en état de grossesse. Les deux parties s'expliquent sur Saphirnews.
« Ce soir (ou jamais !) » est, sans aucun doute, l’une des émissions phares de France Télévisions. Animée par Frédéric Taddeï depuis sa première diffusion, en septembre 2006, elle est regardée par quelque 800 000 téléspectateurs du lundi au jeudi, en direct et en public, en présence d’invités, souvent triés sur le volet. Une formule gagnante pour la chaîne publique, qui ne doit ce succès que par MFP, société de production de l’émission, filiale à 100 % de France Télévisions, et son équipe.
Mais, depuis quelque temps, il y aurait du grabuge dans les coulisses de cette société. C’est ce que soutient Lydie-Hassania Jaïd, employée de MFP jusqu’en février dernier, qui a déposé plainte en mars auprès de la HALDE pour discrimination en état de grossesse à la suite du non-renouvellement de son contrat.
Lydie Jaïd.
Une ascension fulgurante
Lydie Jaïd, un nom qui n’est pas connu du grand public mais que les chaînes de TV et les sociétés de production connaissent très bien. Son CV est long comme le bras. A son actif, elle comptabilise plus de 9 000 émissions de télévision à raison d’un travail de six jours sur sept en tant que responsable du public et animatrice plateau – comprenez, chauffeuse de salle.
Pour en arriver à ce résultat, elle a dû travailler d’arrache-pied. A Toulon, ville du Var passée sous la coupe du Front national de 1995 à 2001, elle confie à Saphirnews s’être trouvée « dans une situation particulièrement difficile. Les choses se disaient verbalement et directement. On ne louait pas d’appartement et le refus de travail était assez récurrent ». Sa décision fut prise : à l’obtention de la nationalité française en 1999, elle garde son prénom d’origine (Hassania) mais prend aussi un second prénom français, Lydie, nettement plus passe-partout dans ses CV. Depuis, « ma vie a changé du tout au tout. J’ai pu louer un appartement aussitôt, tout était beaucoup plus facile », notamment dans le monde du travail. Tout va très vite pour elle. Repérée par Karl Zéro pour animer les coulisses de « Le Vrai Journal » sur Canal +, Lydie devient très vite une référence pour le monde de l’audiovisuel après avoir fait ses preuves. Depuis, elle est sollicitée par nombre de boîtes de production et de chaînes de télévision pour gérer le public. Un modèle parfait d'intégration, dit-on dans le milieu de l'audiovisuel. En septembre 2006, elle décroche un contrat avec MFP, qui lance alors « Ce soir (ou jamais !) », où elle avoue que tout se passe très bien… jusqu’à ce jour du 18 février, où elle se voit annoncer, par sa directrice de production, le non-renouvellement de son contrat et la fin immédiate de sa collaboration. « Licenciée sans motif », selon Lydie
« J’ai été mise à la porte de la société MFP à cinq mois de grossesse par la directrice de production qui m’a dit verbalement, sans m’avoir envoyé au préalable de courrier ni donné aucune explication, que mon contrat s’arrêtait là . Je lui ai demandé de se justifier. Elle m’a répondu : "Non, je pars en vacances ce soir." Je m’étais dit que c’était probablement une blague, qu’elle allait me rappeler… et non, c’était réel. J’avais bien été remerciée de cette façon-là , aussi brutale et sévère au bout de quatre ans de bons et loyaux services et au bout de 450 émissions. J’ai pas compris pourquoi », nous explique-t-elle.
Ne lui ayant pas été signifié les motifs, Lydie cherche alors des raisons et pense peut-être en avoir trouvé une en évoquant des incidents en plateau qui se seraient déroulés, le 8 décembre 2009, entre un technicien de l’équipe et des personnes du public présentes lors de la diffusion d’un nouveau numéro de « Ce soir (ou jamais !) ». « Des personnes se sont plaints de gestes déplacés et d’humiliation de la part du cadreur qui était dans un état d’alcoolémie avancé. C'était la première fois qu'un incident de la sorte avait lieu en plateau », explique-t-elle. Saphirnews a pu consulter des témoignages concernant cet épisode. A charge pour le cadreur. « Les allusions sexuelles étaient récurrentes. (…) Il passa derrière ce bar et, sans aucune retenue, saisit une cordelette afin de défaire le nœud » d’un haut d’une jeune femme, témoigne l’une des personnes ayant subi les gestes douteux du technicien. « J’ai vu un de vos caméramans enfoncer "pour rire" l’antenne de sa caméra dans les fesses de deux étudiants », écrit un témoin. Et bien d’autres témoignages se succèdent. Parce qu'elle a rapporté ces faits à la direction, « est-ce qu’on m’accuse d'avoir fait mon travail correctement ? ». C’est la question que se pose Lydie aujourd’hui. Un autre son de cloche de la part de MFP
Joint par téléphone, Pierre-Antoine Boucly, directeur général de MFP, a une toute autre version des faits. « Elle n’a pas été licenciée, son contrat n’a pas été renouvelé. Si le contrat n’a pas renouvelé, c’est qu’il y a eu un certain nombre de différends », explique-t-il à Saphirnews.
Mais les raisons lui ont-elles été données ? « Oui, bien sûr, mais je ne peux pas le dire car nous sommes dans une procédure judiciaire. Légalement, je peux arrêter le contrat d’un intermittent du spectacle sans lui expliquer pourquoi. Nous, on le fait car nous avons une charte déontologique. Quand on se sépare d’un collaborateur ou d’un prestataire, on lui explique pourquoi parce que c’est la moindre des choses et cela a été fait », répond-il. Quant à l’incident, il élude soigneusement la question, préférant répondre que « des incidents en plateau, ça arrive » avec « des personnes qui se prennent les pieds dans les câbles » et que dans l’émission, « tout est enregistré, on garde toutes les images du plateau et des caméras », ce qui permet à MFP de prendre des mesures si besoin… Pourtant, si l'on en croit Lydie, la directrice de production – qui n’a pas souhaité répondre à nos questions – aurait proposé d’envoyer des cadeaux aux personnes qui se sont senties agressées par le cadreur. Il aurait fallu l’intervention du président de la CHSCT (Comité d’hygiène et des conditions de travail) de France Télévisions, pour qu’il soit écarté. Du moins temporairement, puisque le technicien, « ami intime du réalisateur », fut réintégré en mars, déclare Lydie, qui souhaite requalifier son contrat à durée déterminée d’usage (CDDU) –qu’elle juge « bidon » – en CDI. Des contrats contestables
Selon le Code du travail, un contrat dont le statut de l’employé ne correspond pas à ses fonctions est réputé nul et est considéré de facto comme un contrat à durée indéterminée (CDI).
Or Lydie était qualifiée, dans son dernier contrat, comme étant première assistante réalisatrice et non responsable du public. Dans ce cas, selon Lydie, elle aurait bien été licenciée sans droit. Même si Lydie savait ce qu’elle signait, « on est dans un univers où nous n’avons pas le dernier mot. C’est leur responsabilité parce qu’ils n’ont pas à me déclarer ni comme comédienne (pendant mes deux première années) ni comme première assistante réalisatrice (les années suivantes) », déclare-t-elle. « Je n’accepte pas qu’on dise qu’il s’agit de contrats bidons », rétorque Pierre-Antoine Boucly. « On est une société très contrôlée car nous avons des capitaux publics (…). Lydie Jaïd avait le statut d’intermittent du spectacle en CDDU. C’est un statut qu’elle a demandé à tous les employeurs avec lesquels elle travaille car cela lui permet de travailler pour plusieurs personnes à la fois », fait-il savoir. Lydie est en effet encore employée pour France Télévisions pour faire le public de Stade 2 (France 2) et pour la société de Rachel Kahn et Marc-Olivier Fogiel pour le public de l’émission Vous aurez le dernier mot (France 2). Cependant, pour l’intéressée, ses autres employés l’embauchent en tant que responsable du public et non comme première assistante réalisatrice et dit préféré « la sécurité de l’emploi » que la multiplication des CDDU. « Pour nous, elle est assistante au réalisateur chargée du public. C’est le réalisateur qui est le patron de l’émission. Tous les gens qui travaillent sous ses ordres ont soit une fonction très précise quand ce sont des truquistes ou des caméramans, soit assistants au réalisateur », dont ceux qui s’occupent du public comme Lydie, affirme M. Boucly. Une audience aux prud’hommes en novembre
Les prud’hommes ont été saisis de l'affaire de Lydie ainsi que celle de son mari, lui aussi ex-employé de MFP. L’audience devrait se tenir en novembre prochain.
« Si on m’accuse de discrimination, je répondrai. Qu’elle décide de nous attaquer, c’est son droit, je ne peux pas l’en empêcher. Elle a le droit de saisir les prud’hommes ou la HALDE si elle le veut. Elle a ses arguments, on a les nôtres et c’est le juge qui tranchera », conclut M. Boucly. « Que la justice fasse son travail, que les personnes soient sanctionnées et que je retrouve ma dignité. On essaye de détruire ce que j’ai construit en 11 ans, c’est inacceptable », fait savoir Lydie. Qui a tort, qui a raison ? Chacun se dit serein, mais c’est à la justice de trancher. Cependant, l’avantage semble être du côté de Lydie. Femme de réseau, elle a su s’attirer les soutiens de nombreux syndicats, à commencer par ceux de France Télévisions ainsi que de nombreuses associations et personnalités à l’instar de Yamina Benguigui, de Yazid Sabeg, de l'Association des jeunes pied-noirs ou encore de Fouad Alaoui, président de l’UOIF. Son dossier ainsi que celui de son mari, qui a aussi vu son contrat non renouvelé à MFP, seront défendus par l’avocat Gilbert Collard, connu pour avoir plaidé plusieurs affaires médiatisées. Affaire à suivre.
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Discriminations : la HALDE toujours plus réclamée
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