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Finance islamique: 'Une manifestation formidable de l'intégration'

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Mardi 14 Avril 2009

Jean-Paul Laramée, directeur de Secure Finance, est l'auteur de La Finance islamique à la française (Ed Secure Finance). Interrogé par LEXPRESS.fr, il écarte les risques de communautarisme que pourrait présenter ce système.



La finance islamique associe le financier et le religieux, n'est-ce pas paradoxal?

Tous les systèmes bancaires et financiers dans l'histoire étaient fondés au départ sur des principes religieux. Et l'islam se distingue du judaïsme et du christianisme car il n'est pas seulement une religion, il présente des principes à la fois religieux et sociaux qui règlent l'oumma, la communauté des musulmans. C'est une philosophie de vie qui se décline aussi en économie.

Les musulmans français connaissent-ils bien la finance islamique aujourd'hui?

La plupart des gens se trompent, faute d'informations, sur le système de la finance islamique. Beaucoup de musulmans pensent que la finance islamique correspond le mieux à leur façon de vivre et à leur foi et que l'islam interdit le prêt à intérêt. Du coup, 80% des musulmans interrogés pensent que les produits -notamment de prêts- sont moins chers. Or, c'est l'inverse! Les produits financiers sont pour l'instant compliqués à mettre en oeuvre et si une banque de détail s'ouvrait à la finance islamique, les taux seraient sensiblement plus élevés que dans les banques "classiques".

On pense aussi que la banque islamique est à visée plus caritative que lucrative. C'est faux, le but des banques islamiques, comme toutes les banques, est de faire du profit!

Le système est-il applicable en France?

La finance islamique a beaucoup de choses à mettre au point pour ne pas être en marge du milieu bancaire français. A terme, les banques islamiques qui souhaiteraient proposer des produits financiers "grand public" auraient sans doute intérêt à développer des partenariats avec les grandes banques françaises "classiques" pour que soient ouvertes des "fenêtres islamiques". Ces guichets proposeraient des produits financiers conformes aux exigences de la charia, avec, sans doute -comme c'est aujourd'hui le cas au Maroc-, une étiquette autre qu'"islamique": "alternatif" ou "éthique". Ces appellations auraient le très grand avantage d'éviter tout communautarisme. En effet, si vous dites "produits islamiques", vous donnez l'impression de ne vous adresser qu'aux musulmans. Or, la finance islamique française doit s'adresser à tout les Français.

La crainte de repli identitaire émise par certains laïcs détracteurs de la finance islamique est-elle fondée?

Non, la laïcité ne doit pas interdire de travailler avec des systèmes économiques qui tirent ses principes fondateurs d'une religion. Au contraire, comme le soulignait récemment Mme Christine Lagarde, le système financier conventionnel ferait bien d'intégrer, pour se réformer et construire un meilleur système bancaire mondial, certains principes de la finance islamique.

La synergie entre ces deux systèmes doit également permettre d'abandonner tout communautarisme. Le cosmopolitisme est une chance. Et puis, est-ce du communautarisme que de constater qu'il existe une jeunesse française, républicaine et musulmane, compétente, qui maîtrise parfaitement, tout à la fois, le français, l'arabe et l'anglais... et les techniques de finances, islamique et "conventionnelle"? Ces élites musulmanes bénéficient, par ailleurs, d'une compréhension de la culture musulmane que doit encourager la France. On est bien loin de la vision stéréotypée du musulman qui "deale" dans les rues d'Argenteuil! La finance islamique serait une manifestation formidable de l'intégration des musulmans dans notre société.


Emilie Cailleau
Lexpress.fr




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