Face aux poids lourds de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) (Michel Vauzelle ou Jean-Marie Le Pen), c’est une jeune inconnue qui a décroché la palme des attaques pendant cette campagne. Ilham Moussaïd, réduite à être « la candidate voilée » du NPA au mépris de toutes ses convictions, n’aurait de toute façon pas siégé au conseil régional en raison de sa huitième place − non éligible − sur la liste du Vaucluse.
Mais une autre femme issue de l’immigration, Fadela El Miri, se trouve, elle, en position de faire entendre sa différence sur les bancs de la nouvelle assemblée.
Entrée il y a un an au Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, elle est tête de liste dans les Bouches-du-Rhône. « On nous a trop habitué à laisser passer les choses, explique-t-elle sur son engagement en politique. C’est difficile de se plaindre si on ne se donne pas les moyens de changer la société. »
Aujourd’hui directrice d’un centre social à Aix-en-Provence, elle a grandi d’abord au Maroc puis à Gardanne où son père, ouvrier dans les champignonnières, fait venir sa femme et ses enfants dans le cadre du regroupement familial. « J’avais 12 ans et pour moi, la France c’était l’image des gens qui rentraient au Maroc pendant les vacances et affichaient leur réussite. Je pensais que notre situation dans les pays du Sud était injuste. En arrivant ici, j’ai trouvé la même misère et c’est ce qui m’a poussé petit à petit à m’opposer au système capitaliste. »
Au lieu du pays accueillant de ses rêves de petite fille, elle découvre aussi le racisme et les petites humiliations au quotidien. « Une institutrice avait barré le "e" de mon prénom sur mon cahier, en le remplaçant par un "i" en rouge en me disant : "Ton nom en français, c’est Fadila". »
Si la génération de ses parents n’a pas d’autre choix que la soumission face aux injustices − « il ne fallait pas entrer en conflit pour se donner une chance de réussir » −, celle des enfants prend le contre-pied. « En grandissant, j’ai eu la possibilité de dire non, aussi parce que j’ai eu la chance d’avoir fait des études. »