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Société

Entretien avec Mohamed Latrèche du Parti des Musulmans de France

Rédigé par Latrèche Entretien avec Mohamed Ennacer | Lundi 19 Janvier 2004

Paris, Place de la Nation. Fin de manif. Partis de la Place de la République, les milliers de manifestants ont fini leur démonstration dans le calme à Place de la Nation. C’était l’heure de la Salat de Maghreb, la prière du crépuscule. Sur un côté de la place, une vingtaine de manifestants est sortie des rangs et s'est rangée derrière un imam à la grande satisfaction des photographes. Crépitements de flashs et regards amusés de curieux. Les manifestants restés dans les rangs font silence quand ils passent au niveau du groupe en prière. Du côté opposé de la place, plusieurs intervenants se succèdent au micro que leur tend le M. Mohamed Ennacer Latreche, Président du Parti des Musulmans de France (PMF) avant de donner la consigne de dispersion. Tout se passe dans le calme et le maître de cérémonie semble très disposé à se livrer aux micros qui se tendent vers lui.



Entretien avec Mohamed Latrèche du Parti des Musulmans de France

Paris, Place de la Nation. Fin de manif. Partis de la Place de la République, les milliers de manifestants ont fini leur démonstration dans le calme à Place de la Nation. C’était l’heure de la Salat de Maghreb, la prière du crépuscule. Sur un côté de la place, une vingtaine de manifestants est sortie des rangs et s'est rangée derrière un imam à la grande satisfaction des photographes. Crépitements de flashs et regards amusés de curieux. Les manifestants restés dans les rangs font silence quand ils passent au niveau du groupe en prière. Du côté opposé de la place, plusieurs intervenants se succèdent au micro que leur tend le M. Mohamed Ennacer Latreche, Président du Parti des Musulmans de France (PMF) avant de donner la consigne de dispersion. Tout se passe dans le calme et le maître de cérémonie semble très disposé à se livrer aux micros qui se tendent vers lui.

 

Saphirnet.info : en cette fin de manif quel est votre sentiment ?

 

Mohamed E. Latrèche : J’ai le sentiment d’avoir rempli mon rôle d’offrir une manifestation à tous ceux qui ont voulu défendre la liberté, qui ont voulu lutter contre le projet de loi, de s’exprimer. Nous avons fait une manifestation où aucun programme n’était tracé à l’avance. Nous avons donné le micro à tous ceux qui voulaient parler. C’était de l’improvisation et c’est ce que nous voulions. Cette improvisation a donné un ton particulier à la manifestation. Un débat s’est instauré. Et le message fort qui a été passé aujourd’hui est de faire comprendre au Président de la République qu’il ne peut pas faire adopter une telle loi. Car nous la rejetons et nous ne pouvons l’accepter. Et même s’il était amené, malgré notre frustration et notre rejet, à recourir à cette loi, il doit comprendre que nous ferons tout pour abolir cette loi que nous estimons une loi d’exception.

 

Plusieurs autres manifestations ont lieu aujourd’hui à l’appel des musulmans des Etats-Unis, comment vous situez-vous par rapport à ces manifestations ?

 

Nous saluons toutes les manifestations qui ont lieu. Nous aurions dû lancer cet appel. Nous pensons que ces manifestations internationales sont un soutien fabuleux qui nous est apporté car la France est en train de s’isoler. Le Président Chirac a terni l’image de la France non seulement auprès du monde arabo-musulman mais auprès des Etats Unis et des autres pays et cela est malheureux. Après avoir atteint un très haut niveau d’estime à la veille du déclenchement des hostilités contre l’Irak, l’estime pour la France est en train de tomber très bas. Le Président de la République a fait  une faute politique. Mais cette faute politique peut être réparée. Elle ne peut être réparée que s’il s’éloigne de la rancœur.

 

Pendant que vous manifestez ici, il y a d’autres groupes de musulmans en France qui ne sont pas à cette manifestation. Qu’avez-vous à leur dire ?

 

Ceux qui ont choisi de venir à cette manifestation ont été fiers d’être ici aujourd’hui. Ils ont été honorés. Ceux qui n’ont pas choisi ? c’est leur liberté. Il y a ceux qui veulent manifester et il y a ceux qui ne veulent pas manifester. Et il faut croire à cette liberté.

 

Quand des femmes disent qu’elles craignent que cette défense de leur droit soit récupérée politiquement, qu’est-ce que vous leur répondez ?

 

On nous a reproché, au Parti des Musulmans de France, de vouloir récupérer. Si nous voulions récupérer, nous aurions programmé une série de manifestations ambulantes. Nous nous sommes contentés, ce soir, de nous adresser à M Chirac et à sa majorité. Nous avons répondu avec responsabilité, de manière républicaine en nous exprimant et en manifestant en public. A eux de comprendre que notre expression est sur le champ politique. Malheureusement nous allons droit au mur. Les musulmans sont acculés à accepter ce qu’ils ne peuvent pas accepter, qui est quelque chose qui les brise. M Chirac est en train de créer un nouveau climat politique de haine qui nourrit l’islamophobie. Nous disons que nous ne pouvons pas accepter cela. Nous serons contraints à réagir.

 

Il y a déjà d’autres manifestations prévues au mois de février. Le PMF sera-t-il de ces manifestations ?

 

Le PMF est venu le 21 décembre et nous sommes venus à plusieurs véhicules de Strasbourg. Je suis venu personnellement, et nous avons soutenu cette manifestation du 21 décembre de manière non ostensible, non ostentatoire. Et je pense que nous ferons pareil pour les autres manifestations : nous laissons le libre choix à tous ceux qui organisent et nous venons encourager leur initiative. Car c’est une expression plurielle qu’il faut, c’est cette force justement qui légitimera la défense de la liberté et la demande de l’abolition de cette loi d’exception.

 

Quelle est la prochaine action du PMF ?

 

La prochaine action du PMF dépendra de la position que prendra Monsieur le Président de la République.

 

Si la loi est promulguée que comptez-vous faire comme recours en dehors du domaine politique ?

 

Il y a plusieurs recours qui peuvent être des recours juridiques et qui malheureusement sont longs. Un recours à l’UNESCO, un recours à l’ONU… Notre parti est un parti politique nous choisirons les recours qui seront les recours de la rue. Nous choisirons les recours qui répondront aux aspirations de ceux qui se retrouvent dans nos idées. Qui peuvent aller, pourquoi pas, jusqu’à une sorte de désobéissance civile ou une désobéissance d’expression. Nous pourrons arborer des signes pour manifester notre attachement à la citoyenneté, à la République, tout en rappelant que cette République nous prive de liberté.

 

La citoyenneté républicaine suppose le respect de la loi. N’est ce pas contradictoire d’envisager des actes de rébellion tout en se disant républicain ?

 

Je ne parle pas de rébellion. Je parle de désobéissance civile ce n’est pas la même chose. La désobéissance civile c’est par exemple le droit de grève. Le droit de grève est accordé aux enseignants et pourquoi ce droit de grève ne serait-il pas accordé aux familles. Elles peuvent manifester leur mécontentement en n’envoyant pas leurs enfants à l’école une demi-journée par semaine. Il y a plusieurs cas de figures. Les gens nous envoient des propositions fabuleuses et incroyables. Il y a une véritable volonté de ne pas accepter cette loi. Et nous sommes convaincus que ce n’est pas notre choix. Mais c’est véritablement le choix qui émane des musulmans. On a dit que nous étions des marginaux, que nous ne représentons rien. Nous ne prétendons rien représenter de cette manifestation. Mais nous avons la légitimité d’avoir permis aujourd’hui de s’exprimer dans la pluralité. Cette légitimité nous la revendiquons et nous n’acceptons pas qu’elle soit discutée.

 

Propos recueillis par Amara BAMBA






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