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Société

En vacances dans le Morvan

Rédigé par Bamba Amara | Lundi 4 Août 2003

           

Tout au long de l’été, l’Institut Européen des Sciences Humaines (I.E.S.H.) accueille des groupes de vacanciers. Ce sont des jeunes de 7 à 14 ans venus passer trois semaines de vacances à la fois studieuses et ludiques. Ce sont aussi des adultes, venus méditer sur leur foi islamique tout en perfectionnant leur lecture du Saint Coran. Situé à sept kilomètres de Château-Chinon, l’IESH séduit par le charme et la sérénité de son cadre qui d’ordinaire reçoit des étudiants Imams venant de toute l’Europe et d’Amérique.



Tout au long de l’été, l’Institut Européen des Sciences Humaines (I.E.S.H.) accueille des groupes de vacanciers. Ce sont des jeunes de 7 à 14 ans venus passer trois semaines de vacances à la fois studieuses et ludiques. Ce sont aussi des adultes, venus méditer sur leur foi islamique tout en perfectionnant leur lecture du Saint Coran. Situé à sept kilomètres de Château-Chinon, l’IESH séduit par le charme et la sérénité de son cadre qui d’ordinaire reçoit des étudiants Imams venant de toute l’Europe et d’Amérique.

 

Le domaine de l’IESH, un havre de paix

Le cadre de l’institut s’y prête agréablement. Perché sur le flanc d’une montagne, au-dessus d’un petit lac paisible, l’IESH est un havre de paix taillé dans un silence vert et lumineux. L’odeur de la bouse de vache y taquine le nez. La vaste propriété boisée est parsemée d’une dizaine de bâtiments dispersés au travers des terres. Regroupés par endroits, ils constituent les dortoirs, l’administration, les salles de cours, la bibliothèque, le réfectoire, une salle de détente. A la tête de cet ensemble, tenant la hauteur la plus élevée, une charmante petite mosquée de style moderne.

 

La langue arabe est visible dès le panneau d’accueil de l’Institut. Elle s’affiche devant chaque bâtiment, indiquant sa fonction. Elle s’impose à la quasi-totalité des livres de la bibliothèque. Mais aussi elle se parle couramment. 'L’Arabe est la langue du Coran. Pour celui qui veut se spécialiser dans la connaissance du Coran, il est indispensable d’avoir une bonne connaissance de l’Arabe' explique M. Jean-Jacques Pierre-Joseph, en charge de la scolarité de l’Institut.

 

Des adultes et des jeunes dans l'ambiance du centre

Les jeunes étaient 88 au premier séjour, ils sont 92 à ce second séjour. Et probablement autant au troisième. Les plus jeunes ont 7 ans les plus grands en ont le double. Ils viennent de toutes les régions de France. Ils sont unis par leur choix (ou celui de leurs parents) de passer des vacances dans un cadre où ils s’instruisent sur l’Islam tout en s’adonnant aux loisirs des enfants de leur âge.

Un jeune garçon d’une dizaine d’années, se hâte vers la salle d’activités en tenant une darbouka sous le bras. Il doit préparer une veillée pour le soir. Sous le feuillage dru d’un grand arbre, face à un petit bois aux allures sauvages, une dizaine de jeunes garçons sont assis dans l’herbe, face à un animateur au sourire naturel. Le groupe attend ses membres retardataires avant de se lancer dans un jeu de plein air. Un autre  groupe attend la fin de son temps de détente libre pour se regrouper autour de son animateur, Ammar.

La vingtaine, le visage calme, la voix posée, Ammar inspire la confiance et la gentillesse. Originaire de Nevers où il étudie, il compte suivre un groupe de jeunes durant chacun des trois séjours organisés par l'institut. En nous guidant dans la visite des chambres, quelques-uns des enfants de son groupe nous suivent. Ils sont fiers de montrer à quel point ils savent ranger leurs lits. Chambres à deux lits, chambres de quatre lits et placards de rangement individuels. Ces lieux collectifs offrent à chacun un espace personnel. L’ensemble respire un souci d’ordre et de propreté. Les salles d’ablutions et les douches sont contiguës à une salle aux murs nus et au plancher rose : la mosquée. Les enfants se déchaussent avant d’y entrer. L’habitude est acquise. Pour ceux-là, la mosquée est devenue un espace de proximité.

 

Entretien avec le Directeur du Centre de vacances

Jeune et dynamique, s’exprimant méthodiquement avec le souci d’être bien compris, Jean-Jacques Pierre-Joseph est un ancien étudiant de l’institut et un pédagogue averti. Il est aussi titulaire du Brevet d’Aptitude à la Fonction de Directeur (de Centres de Vacances). C’est à ce titre qu’il dirige la colonie d’été de l’institut depuis quelques années. Le séjour est agréé par les services départementaux de la Jeunesse et des Sports. Compte tenu des infrastructures d’accueil du centre, l’agrément limite le nombre des vacanciers à 95. Certains jeunes souhaitant s’inscrire au second séjour ont ainsi été invités à reporter leur inscription sur le troisième séjour.

Installé à Château Chinon, à 7 km de l’institut, M. Pierre-Joseph s’occupe de la scolarité durant l’année. Mais depuis le début de l’été, il a élu domicile sur le Centre afin de vivre nuit et jour auprès des équipes d’animateurs et des enfants sous sa direction. Entretien avec un musulman passionné d’éducation…

 

SaphirNet.info : La presse nous a révélé dernièrement les problèmes financiers que connaît l’IESH. Qu’en est-il du séjour que vous dirigez ?

 

Jean-Jacques Pierre-Joseph Yahya : Mon équipe d’animation est assez éloignée des difficultés financières que l’institut traverse actuellement. Ces sont des soucis financiers importants au niveau de l’ensemble de l’institut. Je ne pense pas que ces problèmes soient terminés mais, Inchallah, nous espérons nous en sortir. L’idéal serait que notre institut soit pris en charge par les musulmans de France. Ce n’est pas encore le cas. Nous avons une répartition budgétaire qui fait que le séjour des jeunes n’est pas du tout affecté par les problèmes financiers. Notre budget est précis et bien étudié pour mener le centre de vacances.

 

Quels sont les objectifs de ce centre de vacances ?

 

L’idée du Centre de vacance remonte à 1996. Le premier concept fut appelé : stage de Coran. Nous étions partis du constat que, dans la société française, les jeunes musulmans n’étaient pas souvent des acteurs mais des consommateurs. Nous avons donc monté le projet d’apporter quelque chose au jeune. Lui donner la possibilité de s’exprimer, le pouvoir de réaliser, le pouvoir de produire.

Par  ailleurs, puisque nous étions dans cette société française (je pense que personne ne rêve de quitter la France), il nous fallait apporter quelque chose aux enfants afin qu’ils grandissent en se sentant utiles à leur société. Nous avons des valeurs éducatives. Il nous fallait les promouvoir auprès des enfants. C’est ainsi que nos séjours de vacances sont devenus progressivement des «loisirs éducatifs ».

Nous nous portons garants de la pratique religieuse de nos jeunes. Nous leur apportons les moyens de faire leurs prières quotidiennes. Nous leur donnons les outils pour comprendre notre religion. Nous les encourageons à l’autonomie et leur donnons les moyens d’exprimer leurs aptitudes et leurs compétences afin qu’ils puissent s’apprécier.

 

Quel est le profil du public que vous accueillez ?

 

Etant donnée l’image véhiculée par l’Institut, nous accueillons essentiellement des enfants de la communauté musulmane. Ce n’est pas surprenant. Néanmoins, nous sommes ouverts à tous les enfants et notre projet éducatif prend en compte la présence d’enfants non musulmans même si nous n’en avons pas encore reçus dans nos rangs.

Nos jeunes viennent de toute la France. Généralement, ils sont français. Les parents peuvent être d’origine française, d’origine maghrébine, d’origine Noire africaine, pakistanaise, turque etc. Ce sont des enfants qui nous arrivent de toutes les contrées françaises. Sur un plan humain, le mélange est très enrichissant. En majorité, ils sont de familles à revenus modestes. Mais nous avons aussi des enfants de très hauts responsables de la société musulmane, des enfants de médecins ou des enfants de hauts cadres musulmans. Notre projet pédagogique comprend l’idée de « vivre ensemble ». Nous créons ainsi une micro société que nous voulons, à terme, le reflet de la société. Car il existe un sentiment d’exclusion chez beaucoup de ces enfants. Nous essayons de leur donner l’expérience d’une vie où ils ne sont exclus ni socialement,  ni culturellement,  ni spirituellement. Nous leur proposons cet accompagnement tout au long du séjour afin qu’ils accèdent à la responsabilité.

Ce concept est donc capable d’englober le public non musulman. Nos activités se font en fonction de la demande. Les activités ne sont pas exclusivement cultuelles. Autrement nous n’aurions pas un agrément de la Jeunesse et de Sports.

 

Avez vous des retours du premier séjour ?

 

Oui, nous avons de très bons retours. Nous avons reçu une visite d’inspection des services de la Jeunesse et des Sports. Elle s’est passée de manière satisfaisante. Nous en attendons le rapport, mais l’on nous a complimentés sur l’hygiène et sur le niveau de l’encadrement des enfants. Ils ont trouvé les enfants très épanouis. Ils ont reconnu que les activités pédagogiques du matin ne nuisaient pas au bon déroulement du séjour.

L’an dernier nous recevions des jeunes de 6 à 17 ans. L’équipe d’animateurs a été  confrontée à certaines situations délicates en raison de la faible différence d’âge entre certains animateurs et les jeunes. Nous avons dû changer de public. Ce type de problèmes n’existe plus désormais.

 

Quelle est la journée type du séjour ?

 

Les enfants commencent à se réveiller à partir de 8H. Ils ont jusqu’à 9H15 pour prendre leur petit déjeuner, faire leurs toilettes. De 9h30 à 12H30, ils ont des activités pédagogiques à raison de trois disciplines par matinée. Pour ces activités ils sont par petits groupes en fonction de leur niveau et selon les choix qu'ils ont formulés.

Le déjeuner est servi à 12h30 ; bien entendu les plats sont halal. L’enfant débarrasse son plateau, il le range, essuie sa table… exactement comme il va apprendre à faire son lit de sorte qu’il soit acteur et pas uniquement consommateur.

Dans l’après-midi, jusqu’à 15 H, nous avons un moment de détente où l’enfant peut faire une petite sieste. Il peut écrire à ses parents, à ses amis. De 15H à 18H, nous programmons des  activités sportives. Nous proposons l’équitation à Château Chinon, le Pédalo sur le lac de Setton, des visites de confiseries et de mieleries. Nous avons aussi le musée du Septennat (ndr : en l’honneur de François Mitterand). Ce n’est pas facile d’y intéresser les enfants, mais pour leur culture c’est quand même intéressant de les y amener. Nous participons aussi à des activités locales telles que « les 100 km du Morvan » qui est une grande attraction dans la région. Notre participation est très bien accueillie par la population. Quand l’on se situe loin du terrain politique l’Islam ne pose de problème à personne.

Nous avons aussi un parc animalier à quelques kilomètres d’ici dont nous organisons la visite. Sans oublier les sports collectifs (volley, basket, football, etc.) et les promenades à vélos que nous pouvons organiser à tout moment puisque nous avons acquis des VTT pour le centre depuis cette année.

La douche de 18H est obligatoire avant le dîner qui est à 18H45. Il est suivi d’une veillée. Les jeunes rassemblent les salât de Maghreb et Icha avant d’aller se coucher ; sauf en cas de veillées spéciales… ils sont quand même en vacances! 

 

 





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