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Religions

En Turquie, le rêve éveillé d’un calendrier unifié pour tous les musulmans

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 1 Juin 2016

Un calendrier hégirien unifié pour tous les pays musulmans ? Un rêve que les participants au Congrès international pour l’unification du calendrier islamique, qui s’est tenue du samedi 28 mai lundi au 30 mai, souhaitent devenir réalité. A ce titre, plus de 150 personnalités, savants et scientifiques musulmans venus d'une soixantaine de pays, se sont réunis à Istanbul, en Turquie, qui est à l’initiative de ce rendez-vous. Pour quelles conclusions ?



Des savants musulmans du monde entier ont adopté le principe d'un calendrier lunaire fixe pour tous, lors d'un congrès international organisé à Istanbul du 28 au 30 mai.
Des savants musulmans du monde entier ont adopté le principe d'un calendrier lunaire fixe pour tous, lors d'un congrès international organisé à Istanbul du 28 au 30 mai.
Des Etats-Unis à la Malaisie, en passant par l'Europe, le Maroc et l’Arabie Saoudite. Plus de 150 personnalités religieuses et scientifiques venus des quatre coins de la planète se sont donné rendez-vous à Istanbul pour le Congrès international visant à l’unification du calendrier islamique, qui s’est achevé lundi au 30 mai après trois jours de débats.

Le Diyanet, la présidence des Affaires Religieuses qui est à l’initiative de cette conférence, a annoncé l’adoption, par une large majorité des participants, d’un calendrier hégirien unifié et fixe qui détermine en avance les dates des mois islamiques et, en conséquence, les grands événements cultuels comme le Ramadan, l’Aïd al-Fitr, le Hajj ou encore l’Aïd al-Adha.

« L’adoption d’un tel calendrier permettra d’éliminer certains problèmes de synchronisation entre les musulmans répartis dans le monde, surtout des minorités. Les dates et jours importants, tels que les fêtes, seront synchronisés. Ce calendrier évitera également une divergence entre les croyants », a fait part le président du Diyanet Mehmet Gormez. Soumis au vote des participants, le principe du calendrier bi-zonal, qui implique un découpage de la Terre en deux zones, le continent américain à l’Ouest et le reste du monde à l’Est, n’a pas été retenu.

Que vaut la décision adoptée ?

La décision adoptée à Istanbul signifie-t-elle pour autant que les autorités des pays musulmans adoptent désormais toutes un seul et même calendrier lunaire ? Non, d’une part parce que la décision est non contraignante. « Le Congrès conseille aux institutions religieuses islamiques dans le monde entier de suivre ce calendrier », a indiqué Mehmet Gormez, précisant que cette recommandation sera d’abord soumise à la présidence de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) qui se chargera ensuite de la transmettre à ses Etats membres.

D’autre part, les participants au congrès ne représentaient pas – à quelques-uns près - les autorités du pays dont ils sont originaires. Or, chaque Etat – ou institution islamique dans un pays non musulman - a sa propre méthode pour déterminer les dates des mois islamiques : observation oculaire stricte de la Lune pour les uns, observation anticipée pour les autres sur la base de calculs astronomiques. Celle-ci est d’ailleurs le principe adopté par la Turquie qui réaffirme son leadership sur cette méthode dans le monde musulman, par la promotion des calculs scientifiques comme un outil permettant de parvenir à l’unité des musulmans, particulièrement à l’occasion du mois du Ramadan.

Engager un travail de pédagogie

L'initiative, bien que symbolique à ce stade, n'en est pas moins importante, comme nous le souligne Ahmed Jaballah, directeur de l'Institut européen des sciences humaines (IESH) de Paris. Ce congrès auquel il a participé au nom du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR) a été le fruit de trois années de travail et de cinq réunions de travail, en collaboration directe avec le Diyanet. « Nous partions tous du principe que le calcul scientifique est le choix à faire et qu’il n’y a pas de confrontation avec le principe de l’observation oculaire », note-t-il, saluant la « décision solennelle » prise en Turquie.

Désormais, il y a « tout un travail d'explication à engager pour faire que l'avis puisse être comprise » du plus grand nombre, indique Ahmed Jaballah, par ailleurs membre du Conseil théologique musulman de France (CTMF) qui a annoncé les dates du Ramadan 2016. A l'issue du congrès, la création d'une commission scientifique chargée d'établir un calendrier sur 10 ans a été recommandée, ainsi qu'une autre chargée de défendre le principe du calendrier unifié auprès de l'opinion publique musulmane à travers le monde.

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