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Société

Douze mille personnes à Paris, contre l'islamophobie

A l'appel de l'UAM-93

| Lundi 13 Février 2006

Ils étaient près de 12 000 personnes à défiler samedi 11 février 2006 à Paris, (7200 selon la police) contre l'islamophobie médiatique. Sous le mot d'ordre « Ensemble pour le respect des religions et de la déontologie journalistique » la manifestation est partie de Place de la République pour finir à Place de la nation



« Touche pas à mon prophète » ou « Oui à la liberté, non à la provocation » étaient des slogans que scandaient la tête du cortège. On a pu aussi entendre « On en a marre, fichez nous la paix » pour signifier le ras-le-bol que ressentent les musulmans de France devant le traitement du fait musulman dans la presse nationale.


Envoyer un signal fort à la société française

La republication des caricatures du Prophète de l'islam dans deux journaux français fut la perche que saisit l'Union de associations musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM-93) pour organiser cette protestation publique. L'UAM-93 est investie dans le travail social et dans l'éducation. Sheikh Dhaou Meskine, fondateur de l'Ecole réussite, est l'un des séniors qui prêtent main forte à l'équipe qui dirige l'UAM-93. Secrétaire général des Imans de France, le Cheikh Meskine est néanmoins privé de participation au Conseil français du culte musulman (CFCM) dont il est un farouche opposant.

Cheikh Dhaou est satisfait du déroulement de la manif. « L'UAM-93 n'est qu'une petite association. Elle ne rassemble que quelques moquées et de petites associations. Voyez ce qu'elle a réussi à faire en peu de temps. Des milliers de personnes ont répondu à son appel. Les jeunes prouvent qu'on peut faire quelque chose en France par un travail sérieux, sans être des béni-oui-oui toujours prêts à dire « oui Monsieur le ministre »... J'ai téléphoné à un ami qui vit en Normandie, nous avons parlé de cette manif. Il a décidé de venir. Il est arrivé aujourd'hui avec toute sa famille ». Le Cheikh rappelle que les voies de protestations sont diverses. Et il cite le cas des imans qui ont protesté, dans un communiqué, contre la diffusion des caricatures du Prophète de l'islam.

Mohamed est venu manifester drapé dans un grand drapeau tunisien. Ce psychologue de formation, spécialisé dans la sexologie explique que « nous avons besoin du sacré. Le Prophète m'est précieux. Il est précieux à tous les musulmans. Et toucher au Prophète c'est comme toucher à quelque chose de sacré. C'est ce message que nous voulons donner au peuple français. Il faut qu'il comprenne que le Prophète mérite d'être respecté. » Mohamed est convaincu qu'une manifestation publique est la meilleure manière de donner un tel message. Car, explique-t-il, « ici nous sommes en France et chaque peuple a ses usages. Dans mon pays, la Tunisie, on empêche le peuple de manifester. Ici c'est possible et c'est aussi pour ça que je suis là. Vous pouvez voir que tout s'est passé de manière pacifique. »

Le Prophète en terroriste ? c'est abusé!

Omar, à peine vingt ans, est de cet avis. Etudiant en socio à l'université de Saint-Denis (93), il estime qu'il faut envoyer un signale fort à la société française. « Il y a beaucoup de livres sur le Prophète qui ne sont pas sympathiques. Mais là, ils franchissent une limite: ils veulent lui donner une figure qui les arrange au travers de caricatures censées être humouristiques. Si on laisse faire, peut-être qu'ils vont bientôt nous servir des caricatures de ses épouses, puis de ses enfants. Je trouve qu'il faut les arrêter là avant d'aller plus loin. »

Sarah et Lamia sont deux adolescentes. Elles font partie des rares femmes que comptaient les rangs des manifestants. «Pour moi, on a touché à notre religion, explique Sarah. Le Prophète est le fondateur de la religion musulmane et si on ne respecte pas le Prophète, c'est qu'on ne respecte pas les musulmans. C'est pourquoi je suis venue manifester. » Lamia approuve de la tête. « Je trouve que c'est abusé! S'exclame-t-elle. Vous avez-vu les dessins? Ils représentent le Prophète avec une bombe comme s'il était un terroriste. C'est vraiment abusé. On ne demande pas aux journalistes de se convertir à l'islam. Mais au moins qu'ils respectent notre religion » conclut-elle.

Partie de la place de la République vers 14 heures, la tête du cortège est arrivée à la place de la nation vers 17 heures 30. Le discours de dispersion soutient la déclaration du président Jacques Chirac qui a condamné les caricatures. L'UAM-93 a ensuite lancé un appel aux politiques afin qu'une loi sanctionne les actes d'islamophobie en France. Le racisme en général et l'antisémitisme en particulier tout comme l'homophobie sont des crimes sanctionnés par la loi française ; pas l'islamophobie.












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