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Psycho

Dounia : « Mon mari est-il homo ? »

Rédigé par Sabah Babelmi | Vendredi 23 Septembre 2016



Dounia : « Mon mari est-il homo ? »
Salam alaykoum

Je voudrais vous raconter mon histoire : je suis à bout et je n’ai personne pour m’aider. Je viens vers vous car vous êtes musulmans donc vous pourrez me comprendre.

Je suis mariée depuis presque 8 ans. Je l’ai rencontré alors que j’étais seule au monde. Je venais de divorcer de mon premier mari et il m’a plu car il m’écoutait, me comprenait, il était doux et me donnait de la valeur.

Je faisais des études d’infirmière. On s’est marié : enceinte le premier mois, j’ai dit adieu à mes études pour élever mon enfant. Au quatrième mois de mon bébé, je suis retombée enceinte. J’ai voulu le garder, mais ma mère m’a dit : « Lui ne travaille pas et toi, tu fais des gosses. » Lui aussi m’a dit de ne pas le garder car il devait faire sa formation et que je devais accoucher pendant ses examens.

J’ai écouté, j’ai avorté. Ce que j’ai durement regretté. Lui était étudiant, venait d’Algérie, il a commencé à faire une formation puis à trouver un boulot.

Par la suite, j’ai travaillé quelques mois. On a économisé de l’argent, nous avions des projets. Selon lui (c’est ce qu’il me dit aujourd’hui), pendant cette période-là, il se taisait face à mon comportement impulsif, mon sale caractère pour éviter les problèmes. Il est vrai que je me fâchais pour rien, je le voyais incapable de prendre des décisions. Donc j’ai été celle qui en quelque sorte dirigeait.

Puis nous avons eu notre deuxième enfant et il a ouvert sa propre société. Nous avons déménagé dans une commune vide de musulmans, où je me suis sentie montrée du doigt avec mon voile.

Sa mère est venue pour mon deuxième accouchement car ma mère m’a laissée tomber à mon premier accouchement pour aller à un mariage alors que j’étais malade. Une fois sa mère repartie, j’ai sombré dans une longue dépression : je me sentais seule, isolée, dans une région où je ne connaissais personne.

Lui était pris par son travail, nous nous sommes éloignés l’un de l’autre. Lui n’a pas vu mon mal-être et moi je me comportais mal pour qu’il s’occupe de moi (pleurs, cris, mauvaise humeur). J’étais au plus bas. Et je suis retombée enceinte et encore une fois je ne l’ai pas gardé car je me sentais écrasée par tout cela.

Et puis le pire arriva : j’ouvre l’ordinateur et je vois sur son Facebook une discussion avec un homme. J’avoue que je l’ai pris pour un homosexuel. Je suis tombée de haut : comment l’homme à qui j’ai tout donné a pu me trahir de la sorte ? J’ai appelé sa sœur pour lui expliquer et là j’étais encore plus choquée : en gros, elle m’a dit que son frère avait le droit de faire ce qu’il voulait et que si je n’étais pas contente je n’avais qu’à divorcer.

Je lui ai fait ses bagages et demandé de partir. Il a refusé, est parti une nuit chez un ami pour calmer les choses, puis m’a dit qu’il s’excusait que c’était parce que je l’avais négligé, que tout cela s’est produit parce que sexuellement je le refusais (car déprimée, bébé difficile…).

J’ai pardonné, mais je suis devenue parano. Je surveillais tout mail, la boite téléphone, me levais la nuit pour voir son téléphone et je demandais à Allah de me montrer s’il y avait encore une chose.

Le temps passe et je retombe enceinte. Sa mère revient chez nous pour un mois, puis son frère, sa sœur, ses neveux. Je n’ai pas été très accueillante avec sa mère (je le reconnais aujourd’hui), j’étais fatiguée avec ma grossesse, puis lui ne prenait pas soin de moi quand sa mère était là.

Je n’arrivais pas à me contrôler pour bien lui parler devant sa mère. Et un jour il m’a fait un scandale devant sa mère et son frère ; il a tout cassé dans la chambre des petits car pendant un moment les enfants dormaient avec nous, car j’avais peur de laisser le grand seul dans sa chambre et le petit se levait souvent la nuit. De ce fait, nous n’avions plus vraiment de rapports.

Suite a cette crise, je suis partie une journée chez une amie avec mes enfants, car je me sentais humiliée. Sur les conseils de mes parents (divorcés), je suis rentrée le lendemain. Il ramène sa mère et son frère à l’aéroport et tout se calme. Notre vie continue.

Je fais une fausse couche et je lui dis de ne pas m’emmener au CHU car il n’a jamais voulu de cet enfant (il me la dit et écrit). Je vais seule au CHU, j’ai mal, je me dis qu’il aurait quand même pu venir, je l’appelle, je suis méchante, je parle de divorce, d’avocat… Après l’intervention, je l’appelle, il veut venir me chercher et je dis non, je ne sais même pas pourquoi : j’ai dit non.

Une amie me ramène puis il me demande ce que m’a dit le docteur. Je ne réponds pas car pour moi son vœu s’est exaucé l’enfant n’est plus. Assommée par l’anesthésie, je dors. Je me réveille à 1 heure du matin et je vois qu’il est bizarre, je lui demande où est son téléphone (qu’il ne lâche jamais et je lui disais souvent que ce téléphone allait nous séparer).

Le matin, je suis convaincue d’un hic. Je trouve le code de son téléphone et je trouve une conversation de lui avec un homme vivant en Algérie et mon mari demande à cet homme : « − Qu’est-ce que tu aimes faire dans un lit avec un homme ? − Oui, j’aime les bisous et les caresses. − Moi aussi. » Mais mon mari recherche plutôt de l’affection : il raconte que nous sommes séparés, qu’il vit un enfer avec moi.

Je tombe de haut, je prends des captures d’écran, je viens vers lui, je crie, je pleure, je le tape, je lui dis : « C’est ça, soit disant que tu n’es pas homo ! »

Il me dit que là c’est plus grave que a première fois mais qu’il n’est pas homo, qu’il a fait ça quand on s’est disputé la veille. J’ai rappelé sa sœur, même réaction : « Il dit ce qu’il veut, il fait ce qu’il veut. »

Il a essayé de calmer le jeu ; mais moi, j’étais anéantie, blessée, trahie.

Ensuite, j’ai voulu annuler mon voyage en Algérie, il m’a dit qu’il prendrait les petits, j’ai suivi, il me dépose chez mon père, puis va chez sa mère à 600 km. Puis vient me prendre, on passe des jours ensemble, sur la fin sa sœur arrive. Et hop, il rechange : me ramène chez mon père, lui chez sa mère et me laisse pendant deux semaines, ne répond pas au téléphone, ne cherche pas après nous (mon père vit seul sans famille dans la montagne et sort toute la journée). Je l’ai appelé en pleurs pour qu’il vienne, lui ai dit que je rentre en France : chose qu’il a refusée, sinon c’était le divorce.

Quand, au bout de deux semaines, il vient nous chercher, je le vois changé, moi à bout je m’énerve contre lui, l’attrape par son pull, lui demande pourquoi il m’a fait ça. Il me gifle.

De là je vois son attitude qui change, je sens que sa famille lui monte la tête. Ensuite nous allons chez son frère où toute sa famille nous rejoint : il leur a dit que nous allions divorcer, je vois qu’on me regarde bizarrement, que je suis écartée isolée. On va a la plage, il se rapproche de moi, je lui dis que je veux divorcer, il me dit qu’il ne veut pas, qu’il m’aime.

Puis un autre jour je veux sortir il refuse. Je dors, je me réveille dans la nuit, il est sorti, je vais voir sa belle-sœur, je pleure, on discute et je lui fais part des conversations. Il entend derrière la porte et depuis je vis un calvaire, cela fait un an.

Nous rentrons en France fin août 2015 et là il change complètement. Depuis, je vis un calvaire. Je suis la femme qui a humilié son mari, l’a traité de pédé, il me dit que notre couple est fini.

Bien sûr, lui a menti à sa famille en disant il n’a jamais eu ses conversations. Tous contre moi : je deviens celle qui veut humilier l’homme, le contrôler, j’ai patienté jusqu’à décembre. Il est allé chez sa mère. A son retour, je me dis que tout va rentrer dans l’ordre, il se rapproche de moi pour les rapports, mais c’est fragile. Moi, j’ai toujours cette obsession de savoir s’il est homo ou non, s’il est bi.

On se dispute souvent, je ne peux plus vivre comme ça. Je demande l’intervention d’une personne, il se calme un peu, mais il finit par me divorcer nous restons un mois comme ça. Puis nous partons en weekend avec des amis, il se rapproche de moi clairement ; mais le problème, c’est que dès qu’il me fuit je veux le récupérer et dès qu’il revient je me rappelle ces conversations et il repart.

Du coup, un mois après, je vois sur son téléphone un contact où je découvre qu’il est homo. Je ne dis rien. Nous partons en weekend en mai, il est gentil. je vois sur son téléphone qu’il a effacé ce contact et Viber aussi. Je me réjouis mais pareil : quand il est gentil, je ressors mes craintes et il redevient méchant.

Avant ramadan, il oublie sa boite mail ouverte, je regarde, il a un Facebook caché des sites de rencontres où il y a des hommes, je lui demande des explications. Il me jure que c’est pas vrai que c’est moi qui a fait ça exprès. Il me tape, m’insulte et prend toutes ses affaires pour me quitter. Je le supplie de rester pour les enfants et, depuis, si je parle si je dis quelque chose il me menace de partir, il me parle mal, il me rabaisse.

J’ai essayé de parler avec lui, de dialoguer, il refuse, il ne veut pas qu’on se remette ensemble, ne veut plus me toucher ni m’embrasser si je viens vers lui. Il me rejette, il me dit qu’il n’a plus de sentiments, que je le force à rester avec nous, que je le culpabilise.

Moi, je me sens trahie, je me rends compte de mon erreur, qu’il ne fallait pas en parler mais est-ce que je mérite tout ça ? Il n’a plus de rahma envers moi et ne me considère plus.

J’ai parlé avec ma mère qui a trouvé la bonne idée de l’insulter au téléphone. Et depuis, comme je n’étais pas d’accord avec elle, elle ne me parle plus. Je suis seule au monde,
je ne sais pas ce que mon mari veut car il dit qu’il ne veut rien : juste que je le laisse tranquille.

J’ai essayé de me taire, de parler, de patienter, de faire entrer une tierce personne. Je suis prise au piège. Je voudrais tellement qu’il revienne vers moi, que l’on reprenne une vie.

Je manque d’affection, de confiance en moi, mais lui non. Je ne sais pas ce qu’il veut, il se force à rester avec moi, il ne veut pas reprendre de vie, pas pardonner et à chaque occasion me ressort mon mauvais comportement du passé. Je lui ai demandé pardon, il ne me pardonne pas. Je suis à bout.

Dounia

Sabah Babelmin, psychothérapeute

Chère Dounia,

Il se dégage de votre lettre un grand sentiment de solitude et d’impuissance, et il me semble que ce sont des situations qui remontent à votre enfance, à votre histoire familiale : qu’en pensez-vous ?

Quel âge aviez-vous quand vos parents ont divorcé ? Vous étiez combien d’enfants ? Avez-vous gardé un lien avec vos deux parents à cette période ?

Je dois aussi dire que je suis étonnée de toutes ces grossesses et ces avortements. Vous vivez en France avec tous les moyens dont les femmes disposent gratuitement pour contrôler leurs grossesses : la pilule, le planning familial… Vous êtes intelligente et savez lire : qu’est-ce qui vous empêche d’aller chercher de l’aide et de trouver un moyen de contraception qui vous convient, pour éviter toutes ces grossesses rapprochées et non désirées, et éviter toutes ces douleurs d’avortements, de bébés mal traités ?

Attention, les bébés sentent tout ce qui se passe entre les parents et parfois ils se sentent coupables et responsables des conflits de leurs parents.

Vous dites que vous avez abandonné vos études : vous vous êtes mise en situation de dépendance très grande aussi bien financière qu’affective vis-à-vis de votre mari.

En tout cas, il me semble que vous lui faites payer d’une manière ou d’une autre car il est très difficile pour une femme de faire le deuil des avortements : il y a une culpabilité inconsciente très forte et très lourde à porter.

Vous parlez de votre mauvaise humeur récurrente, de votre mal-être : ne pensez-vous pas qu’il y a de quoi ? Car il me semble que vous ne prenez pas de temps ou d’espace pour vous-même, vous croulez sous les responsabilités d’une maman avec plusieurs enfants et bébés en bas âge et il y a de quoi être de mauvaise humeur et craquer !

Vous écrivez que votre mère vous a dit : « Lui ne travaille pas ; et toi, tu fais des gosses ! » Est-ce que c’était comme cela pour elle aussi ? Parfois, on a tendance à répéter une situation malheureuse que nous avons vécue pour pouvoir comprendre et avancer.

Laisser tomber les études et se mettre en situation de dépendance : qu’est-ce que cela représente pour vous ? Quel âge aviez-vous quand vos parents ont divorcé ? Aviez-vous souffert de ce divorce ?

Trahison, paranoïa, espionnage car perte de confiance et sentiment d’être humiliée, rejetée… Il y a, me semble-t-il, un manque de confiance total dans votre couple.

Quand on manque de confiance en soi, on est incapable de faire confiance à quelqu’un d’autre. Ainsi, au lieu de parler directement à votre mari, pourquoi préférez-vous aller en parler à sa sœur, à sa belle-sœur ? Alors qu’il revient vers vous, s’excuse et vous explique…

Il y a aussi un manque d’affection et de tendresse évident entre vous : le sexe est bon quand il est entouré de tendresse, de partage et de plaisir, mais il devient un moyen de noyer son angoisse et sa solitude, il devient très insatisfaisant et ne procure plus de plaisir ni de satisfaction quand il devient un moyen de pallier autre chose.

Famille : il me semble aussi que vous éprouvez des difficultés à nouer un lien sûr et soutenant avec la famille, aussi bien la vôtre que la sienne. Vous dites que votre mère a préféré aller à un mariage au lieu de venir vous soutenir à l’accouchement ; et, quand votre belle-mère vient, vous dites que vous la traitez mal. Tout cela révèle une grande difficulté à être, à se sentir en confiance avec la famille.

Le sentiment de trahison dont vous parlez souvent vient probablement du fait du divorce de vos parents, vous avez dû vous sentir trahie et avez perdu confiance. Qu’en pensez-vous ?

Impulsive, colérique, explosive, manque de communication… Cette colère ne date pas de votre mariage, mais de bien avant : mais elle n’a jamais pu être adressée à la personne qui la mérite, peut-être vos parents d’abord ? Et puis votre premier mari ? Il y a une telle accumulation que « ça explose avec votre actuel mari », je ne dis pas sans raison, car ce que vous vivez semble très dur à supporter pour n’importe qui, mais, me semble-t-il, il y a une responsabilité partagée.

Il y a une grande instabilité dans votre couple, due certainement aux trahisons. Une communication de cœur à cœur est pourtant nécessaire avec votre mari pour pouvoir dire votre douleur dans toute votre authenticité.

Le « jihad » est cette guerre que chacun doit mener contre l’ego pour pouvoir communiquer avec son cœur, de manière authentique et profonde. Sinon, c’est une guerre des egos et cela amène une situation de souffrance, de manque de respect, de rejet.

Je dirais aussi qu’il y a un manque de repères et de structure chez vous deux. Le manque d’affection pousse votre mari à aller chercher la tendresse auprès d’un homme : cela interroge aussi sur sa relation à son père, est-ce qu’il y a eu une relation de tendresse et de confiance ou plutôt juste une éducation à l’ancienne avec beaucoup d’exigence et pas beaucoup de démonstration d’affection ? Peut-être cherche-t-il le père tendre qu’il n’a pas eu, mais aussi celui qui pose la loi, le cadre, les limites !

D’ailleurs, aussi bizarrement que cela puisse paraitre, beaucoup d’hommes musulmans ne se considèrent pas comme étant homosexuels s’ils sont actifs, c’est-à-dire quand c’est eux qui jouent le rôle de l’homme dans la relation homosexuelle.

Je constate aussi dans votre récit qu’il est question de beaucoup de femmes, les hommes sont absents, à part votre père, mais qui semble ne pas se positionner, ne pas vous protéger.

L’homme est maltraité, et la femme aussi : ce comportement semble être toléré et courant, qu’en est-il chez vous, avec vos parents avant leur divorce ? Est-ce que vous avez subi, vous aussi, cette maltraitance ?

Il est urgent que vous alliez vous faire aider par un professionnel, soit en couple, soit individuellement, pour sortir de cette impasse et comprendre et améliorer, si cela est votre désir, la vie de votre famille.

Il est humainement impossible pour quiconque de supporter une instabilité pareille. Déjà difficile pour vous, adultes, cette situation est encore plus injuste pour vos enfants et peut avoir des conséquences désastreuses sur leur avenir.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com





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