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Sur le vif

#DossierTabou : un reportage racoleur sur l'islam largement dénoncé

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Jeudi 29 Septembre 2016



L'islam de France, un dossier tabou... vraiment ? M6 a diffusé mercredi 28 septembre Dossier Tabou, la nouvelle émission de Bernard de La Villardière. Le journaliste a choisi, pour ce premier numéro, un reportage au ton très affirmatif intitulé « Islam en France, la République en échec » qui se voulait révéler, entre autres, les coulisses de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la montée du radicalisme lié à l'islam en France. Sensationnaliste et anxiogène à souhait, l'émission, vue par 2,4 millions de téléspectateurs, a très vite soulevé une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Les militants identitaires et d'extrême droite se sont particulièrement délectés du spectacle offert par la chaîne en prime-time. Le hashtag #DossierTabou a été propulsé en tête des sujets les plus commentées en France et dans le monde.

Lors d'un reportage où l'on confondait Frères musulmans avec les salafistes jusqu'à amalgamer un ensemble peu défini de musulmans avec de potentiels radicaux, le journaliste de M6 a notamment posé sa caméra à Sevran, une ville de Seine-Saint-Denis d’où une quinzaine de jeunes sont partis pour rejoindre la Syrie et grossir les rangs de l’Etat islamique.

Le maire Stéphane Gatignon a réagi sur RMC en amont de la diffusion des images. Il a dénoncé le caractère « racoleur » du travail de Bernard de La Villardière qui s’est plaint d’avoir été malmené par des habitants de Sevran. Référence faite à une scène - gardée au montage - le montrant être pris à partie par un groupe de jeunes présenté comme... « un mélange de salafistes et de dealers de drogue ». L'édile a deploré la provocation de l'équipe sur les lieux pour expliquer le moment.

« Le sentiment aujourd'hui d'avoir été trahie »

Stéphane Gatignon s’est dit contraint de répondre aux questions du journaliste, accusé de manipulation. « C'est un jeu de con en fait, à tous les coups, tu perds ! Si tu n'interviens pas, t'as une polémique et tu ne t'en sors pas. On te dit : "Pourquoi tu n'es pas intervenu?". Et si tu acceptes l'interview, on te dit "Pourquoi tu es intervenu ?" Donc t'es coincé. Quoi que tu fasses, de toute façon tu l'as dans l'os », raconte-t-il. Pour le maire, « Daesh est en train de réussir son coup de faire imploser notre société et de créer une rupture ».

Bernard de La Villardière n'a pas hésité à donner la parole à Sofiane Zitouni pour parler du lycée Averroès à Lille. Pourtant, l'ex-professeur a été condamné en mai dernier pour diffamation en appel après avoir accusé le lycée de promouvoir l'islamisme et l'antisémitisme.

Autre protagoniste du reportage, l’humoriste Samia Orosemane n'a pas tardé à réagir, déclarant s’être sentie flouée par le journaliste. Elle raconte sur Facebook qu’elle a été contactée il y a six mois par « une équipe d’une chaîne grand public qui souhaitait mettre en avant un panel de musulmans, pour en montrer les multiples facettes et la diversité ». Comme à diverses reprises par le passé, la comédienne a accepté d’ouvrir les portes de sa salle de spectacle et de son appartement à l’équipe de télévision. Elle affirme ne pas avoir été prévenue que Bernard de La Villardière ferait partie du tournage et qu'elle a été prise sur le fait accompli.

L’interprète du spectacle « Femme de couleurs » se dit « peinée de voir la tournure qu'a choisi de donner de La Villardière à ce reportage et de constater qu'il ne profite finalement qu'à ceux qui veulent la division et la stigmatisation des musulmans ». Par ailleurs, elle affirme avoir « le sentiment aujourd'hui d'avoir été trahie et leurrée ». Un reportage aussi anxiogène sur l'islam ne manque pas de renforcer un manque de confiance certain auprès de citoyens musulmans vis-à-vis des médias télévisés français.






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