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Dominique Baudis : 'Je reste persuadé que la meilleur façon de connaître notre avenir commun, est de mieux se connaître'

Rédigé par Fériel Berraies Guigny | Mardi 25 Décembre 2007

Dominique Baudis nouvellement nommé à la Présidence de l’IMA a tenu à présenter son Institution comme le point d’ancrage essentiel entre le monde arabe et la France. Un geste politique d’il y a vingt années et dont la pérennité est toujours de mise, nous confie t –il
Et oui l’IMA a aujourd’hui vingt ans !



Dominique Baudis : 'Je reste persuadé que la meilleur façon de connaître notre avenir commun, est de mieux se connaître'
Heureuse date pour une Institution qui a connu bien des affres financiers et des intrigues intra muros, ces dernières années. Face à cette situation, la nomination de Dominique Baudis est prometteuse d’une « Renaissance » de l’IMA et d’une remise en perspective de ses missions et objectifs. Car l’heure est au rappel du rapprochement franco arabe, et ce en dépit des sceptiques. Et la culture aux côté du politique, n’a jamais autant pavé la route de la paix !
L’IMA, est la maison du monde arabe, vitrine de ses identités plurielles confondues qui caractérise notre région. Avec un million de visiteurs par an et 50% de recettes propres réalisées grâce aux entrées, aux ventes et aux évènements, elle est le dixième lieu de visite culturel à Paris.
Dominique Baudis , ne cache pas par ailleurs sa volonté de décentraliser. Un premier pas est déjà franchi cette année, avec trois expositions de l’IMA organisées à Alger, désignée capitale culturelle du monde arabe pour 2007. Le reste est encore à venir !Aujourd’hui, l’IMA fonctionne grâce aux 10 millions d’euros d'aides publiques : 8 millions et demi de la part du ministère français des Affaires Etrangères (une somme inchangée depuis 17 ans) mais que le Président Baudis a fini par réactualiser cette année 2007. Une grande victoire, mais qui ne cache pas les attentes de L’IMA qui attend , un fond de soutien entretenu plus ou moins assidûment par les états arabes. Et même avec une dette de trois millions d’euros : "J’ai bon espoir de redresser la situation", confie Dominique Baudis. Un appel a également été lancé en vue de sensibiliser les Etats à être plus participatifs dans les diverses expositions à venir, ainsi que sur le plan financier.

Comment vivez vous votre récente nomination ? de l'audiovisuel, au journalisme à L'IMA est ce un découlement logique ?


Dominique Baudis : Je suis depuis le mois de février, Président de l’Institut du Monde Arabe. Et c’est une mission qui me passionne. Cette mission cohérente avec ce que j’ai fait pendant toute une période de ma vie. Puisque j’ai été journaliste correspondant pour la télévision française à Beyrouth. Je couvrais les évènements non seulement à Beyrouth mais dans la région du Proche et du Moyen Orient. Par ailleurs, j’ai un lien affectif avec le Monde Arabe. Mon épouse est née en Algérie et est de père algérien. J’ai connu le Moyen Orient professionnellement et affectivement par le biais de mon épouse, le Maghreb. Je me sens très investi par cette mission et j’y crois beaucoup. Je reste persuadé que la meilleure façon de connaître notre avenir commun, est de mieux se connaître, pour mieux se respecter. Cette maison est celle de la connaissance, du savoir et du respect.

Comment prévoyez vous de faire pour sortir l'IMA de son marasme financier ? A combien s'élèvent les arriérés ? On dit que cet Institut est budgétivore qu'en pensez vous ?


Certes ma mission est difficile. Le paradoxe de l’Institut du Monde Arabe c’est qu’il connaît un grand succès auprès du public et depuis toujours. Avec un million de visiteurs par an c’est le dixième lieu culturel le plus visité à Paris. Et en même temps, depuis vingt ans que l’IMA existe, nous accumulons des déficits successifs. Pour la première année, en 2007 on terminera l’année avec un budget en équilibre.
J’ai réussi à rétablir l’équilibre des finances à l’Institut. Maintenant, il faut le consolider.

Qu'est ce que le Fonds de dotation ? Des négociations sont en cours avec l'Irak et la Lybie ?


Le fonds de dotation est un fonds alimenté par les sommes versées par les Etats Arabes. Il représente un peu plus de Trente cinq millions d’euros, c’est le capital de l’IMA. Un certain nombre de pays, dont cinq, n’ a pas versé dans ce fonds. Mon objectif est donc d’arriver à les convaincre de le faire. Je vais signer dans quelques jours, à l’occasion de la visite du Colonel Kadhafi, des documents avec les autorités libyennes que j’ai rencontrées ce mois d’août. Je suis allé cet été à Tripoli, pour discuter d’un projet culturel, qui sera une grande exposition consacrée au Patrimoine historique et archéologique libyen. Cela fait partie, de nos objectifs, d’augmenter le fonds, par le versement des arriérés, des dettes des cinq pays sur 22. Il y a dix ans, il a été décidé en échange du paiement des arriérés, de ne plus soumettre les Etats arabes à une cotisation. Tous les pays l’ont fait, sauf les cinq. Et en réalité le fonds aurait du être de 65 millions d’euros. Mon premier objectif est d’arriver de faire régler la dette à l’IMA, même si cela ne résout pas le problème complètement.
Aujourd’hui il faut trouver un système de financement par les Etats Arabes. La France apporte
son financement, j’ai obtenu qu’il soit augmenté, mais il faut drainer un financement par les Etats arabes. Le système serait d’imaginer avec chacun des pays membres de l’Institut des actions qui peuvent être intéressantes pour eux. Cela peut être soit des actions culturelles, ou des actions de communication, auxquelles ces pays participent en s’impliquant financièrement. Un exemple, nous allons ouvrir une exposition à la Médina, sur le Qatar. Pendant un mois, le Qatar se présentera lui même, comme on le ferait sur une exposition universelle. Ou bien des manifestations de très haut niveau sur le plan culturel et le pays s’implique sur le projet, soit en apportant un financement, soit en travaillant avec l’IMA pour trouver des mécénats d’Entreprise autour du projet.

Pourquoi ce désengagement des Etats arabes ?


Je pense que le système des cotisations n’était pas très motivant pour les Etats. En réalité on ne peut motiver ou mobiliser les Etats arabes que sur des projets et non en envoyant un appel de cotisation en fin d’année

On dit que l'IMA est la vitrine du Monde Arabe, qu'en est il aujourd'hui ? Le dialogue des cultures et l'échange des valeurs qui ont été à la base de cette institution, pensez vous leur retour possibles ?


L’IMA est dans sa réalité une vitrine du Monde Arabe et par ailleurs, le dialogue des cultures a toujours été son moteur conducteur, et cela ne s’est jamais départi. On parle souvent du dialogue des cultures comme si c’était un vœu, un discours de rhétorique ; à l’IMA depuis vingt ans on pratique ce dialogue des cultures, avant même que ce concept ne se transpose au discours politique ou diplomatique. Encore une fois, avec beaucoup de succès car nous avons énormément de visiteurs. Mais c’est aussi une réalité qui a des exigences logistiques et financières.

Quel rôle pour une institution comme l'IMA pour contrer les tenants du clash des civilisations, intégristes de tous bords ?


Je ne crois pas au clash entre les civilisations mais le clash des ignorances. Car justement, si les gens ne se connaissent pas, si on ne connaît pas son voisin et la France et le Monde Arabe sont des voisins, alors on s’en méfie et on lui tourne le dos. Les incompréhensions amènent des crises graves. La connaissance de l’autre dissipe les craintes et conduit au respect de l’autre. La dimension culturelle aujourd’hui est devenue centrale dans la relation diplomatique et dans la politique. Quand Le Louvre va dans le Golfe, cela revêt une dimension politique et quand la France a ouvert l’Institut du Monde Arabe, il y a vingt ans, cela avait la même signification. C’est un geste politique pour le Monde arabe, un message pour le public français et européen. Aller vers l’autre, bâtir des liens solides entre les peuples.

On parle d'une réorientation de la politique extérieure française moins favorable aux Arabes. Qu’en pensez vous ?


La question ne se pose plus, depuis l’avènement de la gouvernance actuelle. Rien ne permet de dire que la politique française ait changé à l’égard du Monde Arabe. Au mois d’avril, il est vrai qu’il y avait une certaine crainte manifestée par certains dirigeants du Monde Arabe, qui acceptait mal le départ du Président Chirac. Aujourd’hui la donne a changé car le Président Sarkozy depuis le mois de mai, n’a fait qu’enchaîner des visites au Maghreb. Les trois quart de l’agenda du Président, a été consacré au Monde Arabe qui est une priorité. Contrairement à ce que j’entends ou peux lire, je pense que la relation avec le Monde Arabe, se porte très bien.

Aujourd'hui vous fêtez le 20 e anniversaire, pourtant on assiste plutôt à des réductions de personnel ?


Ca signifie qu’il nous faut tirer un bilan, de notre histoire, de notre mémoire, de nos activités. L’IMA est une réalité qui a rencontré beaucoup de succès auprès du public. Il faut maintenant rétablir un équilibre financier et le maintenir. Il faut que l’IMA aille aussi dans le Monde arabe pour participer à sa vie culturelle, au travers d’expositions, d’évènements. On peut apporter nos collections, nos ouvrages, nos œuvres en dehors de ces murs. L’IMA ne doit pas être exclusivement parisien. Il faut aller rencontrer le public du monde arabe. C’est un objectif anniversaire.
S’agissant du plan de licenciement économique, il est vrai qu’il y a eu neuf personnes qui sont parties. C’est la situation que j’ai trouvé en arrivant. Les demandes faites par ailleurs du Ministère des Finance, c’était de supprimer encore 20 postes. Quand je suis arrivé j’ai décidé qu’il ne fallait pas procéder à une deuxième vague de licenciements. En revanche, j’ai dit qu’il fallait faire tous les efforts possibles, pour mettre nos ressources possibles à la hauteur de nos missions. Il faut un comportement de croissance et de dynamisme. Il ne suffit pas de le dire il faut être aussi financé. J’ai commencé à avoir des débuts de réponse avec l’Etat français, des mécènes et certains pays Arabes. Ainsi on pourra garantir à l’équipe de l’IMA, de continuer à faire son travail, comme elle le fait depuis vingt ans.

Le Quai d'Orsay, a dû débloquer une rallonge pour équilibrer les comptes ?


Il s’agit en fait d’une actualisation. Le Quai d’Orsay nous donnait la même somme depuis 1990. J’ai donc demandé qu’on nous donne une somme qui corresponde à la valeur qu’elle nous donnait en 1990. C’est un très gros effort déjà.

Vos expositions assurent la moitié des recettes,: sur les pharaons (700 000 entrées), Venise et l'Orient (actuellement au Met de New York, après 250 000 billets vendus à l'IMA), Matisse et le Maroc (350 000 entrées) ou encore l'âge d'or des science


Il est difficile de répondre à ces questions, car les deux expositions siégeront jusqu’en mars avril 2008. Tyr et Carthage a très bien démarré. En terme de fréquentation nous sommes très content. Hormis pour les dix jours de grève.
On a eu beaucoup d’articles, d’émissions télés, de radios.

Vous avez fait un voyage en octobre 2007, huit jours avant l’ouverture de l’exposition en Tunisie ?


Il y a deux aspects dans l’Exposition : l’aspect scientifique, beaucoup d’objets viennent de Tunisie, et c’est le comité scientifique qui a fait venir de 70 musées différents, les pièces de l’Expo. Après il y a la question de la communication et là c’est au tour du pays de communiquer. La Tunisie peut parfaitement organiser une campagne par exemple sur les phéniciens et Carthage et venir greffer cela sur le tourisme culturel. Puisque c’est une des orientations actuelles de votre tourisme. L’IMA et cette Exposition pourrait être un tremplin. Cela peut être le rôle des Ambassades, des offices du Tourisme, du Ministère du Tourisme, des compagnies aériennes. Dans ce cas précis, Tunisair avait fait une visite privée, et a amené des journalistes français en Tunisie. Ils ont visité les ruines de Carthage, on vu des vestiges phéniciens. Il y avait une trentaine de journalistes et cela a permis entre autre de faire sortir un numéro spécial de l’Express sur cette expo et on y voit en illustration dans une des pages le Tophet de Carthage. Incontestablement la Tunisie pourrait tirer profit de cette exposition, en terme de visibilité et de promotion du Tourisme culturel.

Les grandes orientations de la programmation pour 2008 ?


Les Phéniciens, L’exposition des artistes arabes contemporains, ouvre ses portes, ce mois de décembre. l’Architecture contemporaine dans les Emirats, cet été, entre mai et septembre. Et en octobre, Bonaparte en Egypte




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