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Société

Dieudonné : l'éternelle polémique

Elections européennes

Rédigé par Leila Belghiti | Lundi 11 Mai 2009

Remue-ménage à l'Elysée. Faut-il ou non interdire la liste « antisioniste » menée par Dieudonné aux élections européennes de juin 2009 ? La question agite, échauffe, frétille les consciences politiques de tout bord. Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, a annoncé que le gouvernement recherchait les moyens juridiques de faire interdire la liste. Un « coup de pub » bienvenu, pour le comédien français, qui a remercié, vendredi 8 mai, son « attaché de presse », son « ami Guéant ».



Dieudonné M'Bala M'Bala et Alain Soral.
Dieudonné M'Bala M'Bala et Alain Soral.
« Nous avons été extrêmement vigilants sur le fait qu'il n'y a absolument aucun antisémite dans la liste (...) Il y a en revanche énormément d'antisionistes. » C'est sur ce ton qu'a inauguré Dieudonné M'Bala M'Bala vendredi soir les présentations des membres de sa « liste antisioniste », lors de la conférence de presse donnée au théâtre de la Main d'Or, aux côtés de ses colistiers Yahia Gouasmi, fondateur du Parti antisioniste, et Alain Soral, ex-militant communiste passé par le Front national.

Une liste pour le moins très hétéroclite, où l'on retrouve Maria Poumier, militante pro-Chavez, Ginette Skandari, ex-présidente des Verts, un cinéaste se présentant comme « nationaliste et catholique », des membres syndicaux Sud et CGT, ou encore du Front national de la jeunesse (FNJ). Tous se disent unis pour la même cause : lutter contre le « puissant lobby sioniste ». « Nous avons déclenché un mouvement planétaire », se réjouit Dieudonné, qui a troqué pour un temps son masque de comédien pour celui de « rebelle révolutionnaire ». « Il y a un éveil des populations et de l'opinion publique sur ce danger qu'est le sionisme et, en France, on y est particulièrement exposés », poursuit-il .

Avec 17 candidats, la liste n'est pas au complet. Pour être recevable dans la circonscription Île-de-France, une liste doit contenir 26 noms selon la loi. La clôture des listes est fixée au 22 mai.

Controverses

L'annonce de la candidature d'une « liste antisioniste » aux Européennes, menée de surcroît par le controversé Dieudonné, a vu se succéder une foule d'hostilités. D'emblée, Bruno Le Maire, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, déclare : « Une liste qui défend des idées antisionistes, et donc des idées antisémites plus ou moins dissimulées, c'est une liste qui n'est pas à l'honneur de la France, de la construction européenne, et qui est contraire à toutes les valeurs que nous défendons. »

Dimanche 3 mai, le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, a été le premier à évoquer une éventuelle interdiction de cette liste, accusant Dieudonné de « faire profession de foi exclusive d'antisémitisme ». L'humoriste français a déjà été accusé à plusieurs reprises pour avoir tenu des propos antisémites (notamment, en invitant le négationniste Robert Faurisson au Zénith).

Se défendant de ces allégations, il accuse le « lobby sioniste » d'alimenter la confusion ; et comme pour pousser le bouchon plus loin, il s'invite aux élections européennes, dans la circonscription Île-de-France, au grand dam de l'Élysée.

Réactions

« Guéant s'est avancé trop vite », affirme-t-on dans les milieux juridiques. Aucune disposition applicable aux élections européennes ne permet en effet d'interdire une liste à cause des positions litigieuses d'un de ses candidats. À moins de rendre inéligible l'intéressé..., ce qui semble improbable.

S'ils blâment les propos de l'humoriste controversé, les Verts et le Parti socialiste ne se montrent pas pour autant favorables à l'interdiction, et accusent l'UMP de Claude Guéant d'alimenter un « buzz médiatique » , qui ne leur est pas profitable. Car même si (presque) toutes les tendances y sont représentées, l'électorat de la liste antisioniste se retrouve principalement à gauche.

Le trio Dieudo-Soral-Gouasmi compte sans doute aussi sur les militants pro-Palestiniens, qui défilaient par milliers sur les pavés de France il y a encore quelques mois.
Louisa, militante associative, figurait parmi eux. Dubitative, elle pense qu'« à l'heure actuelle, la création d'un parti à visée spécifiquement antisioniste est mal venue, trop brusque », jugeant qu'« il faut d'abord travailler les sensibilités, dans une France encore marquée par son passé ».
« Dieudonné est tellement médiatisé que, si le projet était porté par quelqu'un d'autre que lui, ça aurait peut-être des chances de marcher », conclut Louisa. Frédéric, lui, votera « Dieudo ». Ce qui a motivé ce choix ? « Les événements de Gaza, surtout », répond-il.

Si les avis sont partagés, une chose est sûre : ces nouvelles agitations autour de Dieudonné et ses acolytes ont mis du piquant à des élections qui promettaient de passer comme de l'eau douce.





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