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Développement durable, le monde arabe au ralenti

Rédigé par Bouchene Salem | Mardi 18 Novembre 2003

Alors qu'il fut au sommet du développement humain et à l’origine de nombreuses avancées scientifiques (médecines, mathématiques, astronomie…) il y a quelques siècles, le monde arabe dresse aujourd’hui un contraste saisissant avec les pays développés du nord. Le monde arabe est au ralenti. Pour essayer d’en comprendre les causes, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Fond Arabe pour le Développement Economique et Social (FADES) ont lancé une étude. Le manque de liberté, l'accès insuffisant à la connaissance, et la condition féminine sont les trois principaux obstacles au développement dans la région conclut leur rapport.



Alors qu'il fut au sommet du développement humain et à l’origine de nombreuses avancées scientifiques (médecines, mathématiques, astronomie…) il y a quelques siècles, le monde arabe dresse aujourd’hui un contraste saisissant avec les pays développés du nord.  Le monde arabe est au ralenti. Pour essayer d’en comprendre les causes, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Fond Arabe pour le Développement Economique et Social (FADES) ont lancé une étude. Le manque de liberté, l'accès insuffisant à la connaissance, et la condition féminine sont les trois principaux obstacles au développement dans la région conclut leur rapport.

 

Rédigé par des experts connus pour leur compétence et leur intégrité, ce rapport jette la lumière sur l'étendue et les causes du retard du monde arabe. Fondé sur des données statistiques et des tableaux comparatifs, il fait des constats et aboutit à une série de conclusions dans les domaines économiques, sociaux, culturels et politiques.

 

'C’est l’instruction qui fait la grandeur des nations'

Une étude portant sur la comparaison des facteurs de développement dans 192 pays a montré que le facteur capital naturel (richesse du sous-sol, pluviométrie…) intervient dans une proportion de 20 %. Celui du capital matériel (infrastructure, édifices, machines…) intervient dans une proportion de 16 %. Mais le facteur qui joue le rôle le plus important (64 %) est celui du capital humain et social. C'est pourquoi le rapport a mis l'accent sur l'importance de l'accès à la connaissance autant que sur les libertés individuelles pour assurer le décollage d'un monde arabe. D'où l'intitulé de ce document: Vers l'établissement d'une société de la connaissance dans le monde arabe. Il montre que la réforme des systèmes éducatifs arabes est impérative. Ces systèmes souffrent de plusieurs insuffisances : accumulation des connaissances médiocres, faiblesse des capacités d'analyse et de l'esprit créatif, courbe du niveau général de l'enseignement de plus en plus descendante et faiblesse de l'ouverture sur le monde.

Des chiffres et conclusions avancés confirment cette opinion. Le volume d'ouvrages traduits en arabe est faible. Cinq fois plus d'ouvrages sont traduits chaque année en grec, une langue parlée par 11 millions d'habitants seulement. Les Arabes représentent 5¨% de la population mondiale (soit 184 millions d'habitants), mais ne publient que 1 % des livres. Les ouvrages religieux représentent 17 % de la production littéraire, contre 5 % dans le reste du monde. Le rapport insiste sur le fait que la religion musulmane « encourage le savoir, malgré des interprétations hostiles au développement » et constitue une base pour une prospérité économique à long terme. Il fait état d'une ' alliance qui s'est formée entre des systèmes de gouvernement coercitifs et un groupe de savants musulmans conservateurs' et qui ' a produit des interprétations servant les intérêts des gouvernements, mais hostiles au développement humain '.

 

 

Des réglementations et des politiques extrêmement sévères

Les régimes arabes ont souvent essayé de restreindre les libertés individuelles de leur population. Ce constat s’est aggravé depuis le 11 septembre 2001.

Ainsi, le rapport accuse certains régimes arabes d'avoir pris prétexte de la situation qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 pour restreindre les libertés civiles et politiques. ' Après les événements sanglants du 11 septembre 2001 (...), un certain nombre de pays ont adopté des réglementations et des politiques extrêmement sévères dans le cadre de ce qu'on appelle la guerre contre le terrorisme ', énonce ce rapport rédigé par des penseurs et des universitaires arabes, en collaboration avec l'Onu.' Mais les conséquences les plus désastreuses de l'adoption de réglementations (...) sont dans certains pays arabes où les autorités ont pris prétexte de la situation pour faire de nouvelles lois restreignant les libertés civiles et politiques ', ajoute-t-il.

 

Il souligne que les pays arabes ont ' adopté une définition très large du terrorisme, qui a trouvé au niveau arabe une expression institutionnelle dans le Protocole arabe de lutte contre le terrorisme '. Cette politique a été critiquée par les défenseurs des droits de l'homme pour qui « cette définition très large du terrorisme peut être utilisée de façon plus que douteuse et servir pour autoriser la censure », ajoute le rapport. Ainsi, cette politique ' ne prohibe ni les arrestations arbitraires ni la torture, elle ne permet pas de recours légal contre une arrestation et ne respecte pas la vie privée'.

 

Conditions féminines : une légère amélioration mais encore une longue route

La condition féminine est un indice qui permet de mesurer l’état d’avancement d’une société. Il est certain qu'aucune société ne peut parvenir à un niveau désirable de bien-être et de développement humain durable. Elle ne peut être compétitive dans le cadre de la mondialisation si la moitié de sa population demeure marginalisée et privée de moyens d'actions.

D'où l'intérêt accordé par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) à la prise en charge de la promotion de la situation de la femme dans tous les domaines: social, économique et politique.

le Rapport mondial sur le développement humain (RDHA) a introduit ce qu'il nomme 'l'indicateur de la participation des femmes' en se fondant sur le revenu par personne, le nombre de postes professionnels et techniques occupés par des femmes et le nombre de sièges féminins dans les Parlements. Il en a tiré des barèmes. Et, selon ces barèmes, le monde arabe vient en dernière place pour ce qui est de la participation des femmes au marché du travail et de leur représentation au sein du Parlement, où elles occupent 3,5 % des sièges. Ce taux est le plus faible du monde. La moyenne mondiale actuelle est de 13 %, selon le chiffre de l'Onu.

Le rapport fait état d'un léger mieux cependant. Les femmes arabes progressent selon le PNUD mais il y a beaucoup de chemin à faire. Le nombre de femmes représentées dans les Parlements a augmenté dans plusieurs pays mais une ombre demeure au tableau, le régime wahabite d'Arabie saoudite, où les considérations concernant la femme ne sont pas à l'ordre du jour.

 

Tandis le rapport exclut Israël de ses analyses (l'Onu a coutume de ne pas ranger Israël parmi les pays du Proche Orient), il ne l'épargne pas de sévères critiques sur l'occupation de terres arabes par l'Etat hébreu. Il attribue tous les dysfonctionnements politiques, sociaux et économiques du monde arabe à l'occupation de la rive Ouest de Gaza. Le rapport affirme que ' l'occupation jette un voile sur la vie politique et économique de toute la région ' et conclut que ' de toutes ces façons, l'occupation gèle la croissance, la prospérité et la liberté dans le monde arabe '.

 

Au-delà de ces facteurs, 'savoir est un devoir sacré' et il appartient donc aux Arabes de 'réformer les structures (économiques et sociales) pour que leur communauté occupe enfin la place qui lui revient dans le monde en ce début de millénaire', comme le souligne le rapport.





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