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Société

Des bagagistes musulmans renvoyés pour la « sûreté de l’Etat. »

| Vendredi 20 Octobre 2006

Quatre bagagistes musulmans ont saisi le tribunal administratif de Pontoise contre une décision de la préfecture de Seine Saint Denis qui équivaut à un licenciement. En effet, ils se sont vus retirer leur badge d’accès aux zones sensibles de l’aéroport Roissy Charles De Gaulles sous le prétexte d’une « attitude pouvant mettre en cause la sûreté de l’Etat », selon Jean François Cordet, préfet de Seine Saint Denis.



Quatre des bagagistes qui se sont vus retirer leur badge d’accès aux zones sensibles de l’aéroport Roissy Charles De Gaulle ont donc saisi, ce jeudi, le tribunal administratif de Pontoise. « Un référé en suspension de la décision du préfet de retirer leur habilitation pour cause de confession musulmane a été déposé » hier après midi, déclare l’un des avocats des employés, Me Daniel Saadat. Une autre plainte pénale contre X a été déposée hier, au nom de la CFDT, auprès du procureur de la République de Bobigny, pour « discrimination ».

licenciements

« Des procédures de licenciements sont en cours, car sans badge ils ne peuvent pas travailler », a souligné Me Moutet, un autre avocat des bagagistes. Aucun motif n'a été, selon lui, invoqué, à l'exception que les bagagistes, maghrébins, n'ont « pas démontré qu'ils avaient un comportement 'insusceptible' de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire ».

Plusieurs dizaine de bagagistes musulmans travaillant à l’aéroport de Roissy Charles De Gaulles se sont vus retirer leur habilitation à pénétrer dans des zones de sécurité, sous prétexte d’avoir « une attitude pouvant mettre en cause la sûreté de l’Etat », écrit Jean François Cordet, préfet de Seine Saint Denis, dans des lettres envoyées aux employés. Selon ce courrier, ces bagagistes auraient « un comportement personnel » considéré comme « incompatible avec l’obtention d’une habilitation ». Cette habilitation permet aux employés d’atteindre la zone sous-douane, réputée sensible en terme de sécurité, car proche des pistes de l’aéroport. La non obtention de cette habilitation entraîne automatiquement un licenciement. Dans la même lettre, le préfet somme aux employés de s’expliquer sur leur comportement, sans donner de détails ou de précisions quant aux faits reprochés. Ces lettres ont commencé à être envoyées à partir d’avril 2006.

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) aurait accompagné plusieurs de ces salariés à une « audition » dans les locaux de l’aéroport, à la sous-préfecture de Roissy. Les questions posées aux employées, témoigne le CCIF, ont été : « Est-ce que vous pratiquez la religion musulmane ? », « Est-ce que vous faites votre prière ? » et « avez vous déjà entrepris un pèlerinage à la Mecque ? » « Au terme de ces entretiens, plusieurs personnes se sont vues notifier le retrait de leur badge sans aucune espèce d’explication ou de justification. » explique le CCIF. Plusieurs dizaines de musulmans ont donc été de facto, licenciés.


Vigipirate

Selon Jacques Lebrot, sous-préfet chargé de la zone aéroportuaire de Roissy, ces décisions ont été prises à l'issue d'une enquête de l'Unité centrale de lutte antiterroriste (Uclat) qui a duré plusieurs mois et a conclu que plusieurs personnes présentaient un risque « de vulnérabilité ou de dangerosité » pour la zone dite sensible de l’aéroport. Jacques Lebrot a assuré que le retrait des badges était indépendant de la confession musulmane des employés. Il a déclaré que « Le risque terroriste est très important en France. (...). Pour nous quelqu'un qui va passer des vacances plusieurs fois au Pakistan, cela nous pose des questions », a-t-il dit. « Nous sommes en niveau de Vigipirate rouge, donc il y a une recherche de gens qui pourraient porter préjudice à la sûreté de la zone », a-t-il ajouté. Le CCIF de son côté, dénonce «une chasse aux employés musulmans.»

La CFTC Air France a déposé un préavis de grève pour le 23 octobre pour dénoncer la gestion de ces badges et leur attribution au niveau de l'ensemble du personnel. « Il suffit que vous n'ayez pas payé une contravention ou votre pension alimentaire pour que votre badge soit retiré! », déclare Alex Pesic, secrétaire général de la CFTC, précisant que la grève n'a rien à voir avec cette affaire.





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