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Cinéma, DVD

'Dernier maquis': La mosquée, le patron et ses ouvriers

Rédigé par R.D | Vendredi 17 Octobre 2008

Avec réalisme et finesse, humour et gravité, 'Dernier maquis', le troisième film de Rabah Ameur Zaïmèche nous plonge au cœur d'une "tragédie prolétarienne qui interroge sur la place de l'islam et son rapport avec le monde du travail". Une véritable peinture sociale, politique et culturelle profondément humaine. Sortie en salle prévue le 22 octobre.



'Dernier maquis': La mosquée, le patron et ses ouvriers
« Quand on construit une mosquée, on va au Paradis ? » demande Titi, le mécano, récemment converti. Il se voit imam, déjà. Peut-être même dans la mosquée que Moha, dit Mao (nom-valise qui renvoie au père de la révolution chinoise et au prophète de l'Islam), va mettre à disposition de ses ouvriers. Et le patron, à l’écran comme à la réalisation, c’est Rabah Ameur-Zaïmèche, qui signe avec Dernier maquis, son troisième film après Wesh wesh qu’est ce qui se passe ? et Bled number one. Un tableau à plusieurs niveaux sur la complexité des relations sociales, politiques et humaines avec la dimension religieuse en plus. Toute l’histoire se noue dans l'arène d’une entreprise de réparation de palettes à l’agonie coincée quelque part dans une zone industrielle.

Mao est musulman comme ses ouvriers. Ses manœuvres qui s’échinent à la tâche pour un salaire de misère viennent d’Afrique. El Hadj, dans son bleu de travail rougi par la peinture semble avoir quitté l’autre rive de la Méditerranée avec les travailleurs de la première génération. Les mécanos, quant à eux, sont d’ici : Djamil, Titi, Bachir et Géant. Une sorte de photographie du prolétariat d’aujourd’hui « extrêmement précarisé, très loin des idéologies de contestation »* relève Rabah Ameur-Zaïmeche, mais chacun puise dans cette référence religieuse commune qu’est l’Islam, les ressources de sa propre résistance.

Mais Mao, le patron, est tiraillé entre sa proximité culturelle avec sa force de travail et ses intérêts de chef d’entreprise. S’il fait tout pour être « un bon muslim », la mosquée qu’il met à disposition est aussi au cœur de ses contradictions. Et c’est là que le film prend toute son ampleur. Dans une scène précise. Après que El Hadj ait été investi de la fonction d’imam par Mao sans aucune forme de consultation. Le dernier rang, celui des mécanos se dissocie pendant la prière pour protester contre cette nomination venue d’en haut. « Il me semblait important de mettre en valeur une controverse historique capitale qui concerne l’islam, dans une zone industrielle délabrée mais sans être à l’abandon. La désignation de l’imam est importante. Souvent, elle se fait de manière autoritaire et sans concertation, alors que l’imam doit être désigné par l’assemblée des croyants comme le représentant. (...) Non pas imposé par le ministère de l’intérieur par exemple » ** souligne le réalisateur d'un fin sourire.

Dans un décor très stylisé, Dernier maquis propose ici, une contre critique de la religion comme "opium du peuple" surtout lorsque celui-ci ne parvient pas à étouffer les revendications et la colère des mécanos dont l’atelier est menacé de fermeture, faute de rentabilité. Ni même les demandes de revalorisation des salaires des manœuvres africains lorsque leur représentant renvoie le patron face à ses responsabilités de musulman. Selon Rabah Ameur Zaïmeche « Ouvrir une mosquée dans un lieu de production ne va pas sans conséquences , précise-t-il. C'est un lieu où on peut prier, s'organiser et parler de ses différentes activités quotidiennes. On peut donc y faire de la politique ; la mosquée est un lieu politique par excellence. Elle est gardienne du troupeau mais aussi gardienne des valeurs les plus démocratiques de notre système politique. Le patron ne fait pas ouvrir cette mosquée uniquement pour dominer, c'est avant tout pour participer et tenter de séculariser une religion méconnue.»***

Dernier maquis, Rabah Ameur-Zaïmèche (1h33)
En salle le 22 octobre



*Rencontre avec Rabah Ameur-Zaïmèche, www.cahiersducinema.com
**Interview avec Rabah Ameur Zaïmèche, Adhen,Trois couleurs by MK2,
*** Dernier maquis : palettes, paroles et résistance, cinema.fluctuat.net




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