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Dans Newsweek : 'Le Musulman d'à côté'

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Lundi 30 Mars 2009



Le gouffre qui sépare les seize millions de musulmans européens et les sociétés laïques dans lesquelles ils vivent fait bien souvent le lit de l’incompréhension, du ressentiment, voire de la violence. Et bien que les responsabilités soient nombreuses, les difficultés d’intégration de nombreux musulmans dans les sociétés de l’union européenne tiennent pour beaucoup au fait que le clergé musulman est généralement originaire de Turquie ou du monde Arabe, et ses membres maîtrisent si peu la langue et les spécificités des sociétés dans lesquelles ils exercent, qu’ils ont du mal à aider leurs ouailles à s’adapter et s’y intégrer.

Ce mois-ci, toutefois, une nouvelle école expérimentale pour imam s’est ouverte dans une banlieue orientale de Berlin, qui pourrait servir de modèle pour le développement d’un Islam spécifiquement européen. La délicate mission dévolue à cette nouvelle école, qui rejoint une poignée d’autres centres en Europe, est d’adresser les besoins des musulmans en Europe, tout en organisant le dialogue entre les cultures islamiques et occidentales. Les 29 étudiants inscrits cette année, tous nés ou élevés en Europe (tous des hommes) suivront des cours de langue arabe et de théologie musulmane, ainsi que des cours d’allemand et d’instruction civique. Leurs cursus associent les principes de l’Islam avec ceux des cultures européennes contemporaines, dont notamment la démocratie et les droits de l’homme.

L’Institut Buhara, comme se nomme cette école, a été créé par les 300 membres d’une mosquée de Berlin associée au soufisme, une tradition mystique de l’Islam. La plupart de ses membres sont Turcs, et comme des centaines de milliers de leurs compatriotes, ils ont émigré en Allemagne dans les années soixante et soixante-dix pour soulager un marché du travail en manque de bras. Depuis, la grande population turque de l’Allemagne s’est enracinée dans la partie occidentale du pays, et il est récemment apparu à bien d’entre eux qu’il serait utile de nourrir une nouvelle génération d’imams capables de parler allemand. "Nous voulons former des imams qui sont ancrés dans ces sociétés" déclare Alexander Weiger, le directeur de l’école, un Bavarois converti à l’Islam "Ils doivent être à même de dialoguer avec les églises, les autorités, et d’autres secteurs de la société civile".

L’école n’est que la dernière initiative en date pour la promotion d’un Islam plus européen. Pendant des années, l’Union des Centres Culturels Islamiques, basée à Cologne, a formé ses propres imams avec succès. L’Académie Musulmane de Berlin offre aux femmes et aux prêcheurs musulmans des cours d’Allemand ainsi que d’autres enseignements financés par la ville de Berlin. En France, le premier centre de formation des imams de ce type en Europe occidentale a été fondé en 2004 — il inclut aujourd’hui des femmes aux côtés des hommes. Financé à l’origine par le gouvernement saoudien, il déclare aujourd’hui trouver son financement dans le privé. Les universités françaises offrent aux imams étrangers des formations à la langue, aux lois et à la culture française. Mais la particularité de l’Institut Buhara est qu’il s’agit d’une initiative privée, créée et financée par des Musulmans locaux, et non par l’état ou un gouvernement étranger.

La classe politique considère d’un bon œil ce genre d’initiatives. L’Union Européenne voit dans la naissance d’un Islam plus tolérant et ouvert un moyen efficace de confronter le radicalisme. Le président français Nicolas Sarkozy milite pour l’utilisation d’argent public pour la formation d’imams, et les autorités de Berlin ont accueilli très chaleureusement l’Instittut Buhara. Mais la communauté Islamiste conservatrice est moins enthousiaste, considérant Buhara et consorts comme trop déviationnistes par rapport aux préceptes de base de l’Islam. L’organisation islamique la plus importante d’Allemagne, l’Union Turco-Islamique pour la Religion n’accepte que des imams formés à la théologie en Turquie — et n’a pas l’intention de changer ses habitudes.

Et pourtant, ces initiatives en vue de constituer ce que certains appellent un "Islam européen" tombent à pic. Une étude récente menée en Autriche et qui a suscité la controverse bien au-delà de ses frontières, a fait apparaître qu’un quart des professeurs d’Islam du pays considère que les droits de l’homme et la démocratie sont incompatibles avec la religion. Pour 28 %, il y a une contradiction entre identité européenne et identité musulmane. "Il y a un clairement un problème quand on aborde l’attitude de l’Islam envers la démocratie et le pluralisme, et pas seulement en Autriche" confie Eberhard Seidel, de l’ONG berlinoise Écoles Sans Racisme. Une étude publiée l’an dernier en Allemagne présentait des conclusions tout aussi dérangeantes, indiquant qu’un imam étranger sur cinq adhérait à un Islam particulièrement fondamentaliste et conservateur Certains émanaient des factions les plus extrémistes.

Les tenants d’un Islam européen, et en premier l’universitaire islamique suisse Tariq Ramadan, espèrent changer tout cela, invitant les Musulmans européens à participer activement à la vie sociale et culturelle des sociétés dans lesquelles ils vivent — et se désolidariser clairement du fondamentalisme. Une école telle que l’Institut Buhara pourrait y contribuer, et inciter les Européens à considérer l’Islam non pas comme une idéologie dangereuse, mais comme une religion européenne comme les autres.

Par Paul Hockenos

Traduction de David Korn
NouvelObs.com




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