Connectez-vous S'inscrire






Archives

Dalilla Tahri gagne le droit de travailler avec son foulard.

Rédigé par Dramé Ibrahima | Mercredi 18 Décembre 2002

Accusée de prosélytisme passif, Dalilla Tahri, a été licenciée en juillet 2002 pour « port de voile ». Décidée à mener sa défense jusqu’au bout, elle a obtenu mardi sa réintégration par les prud’hommes dans sa société de vente par téléphone. Son avocat relevait avant le verdict « qu’aussi fondamentale qu’il semble l’être », son employeur n’a posé aucune difficulté quant au port de son voile. Elle s’est toujours défendue de tout prosélytisme « Je ne suis pas fondamentaliste. Je ne demande pas aux autres de me suivre dans ma foi. Je veux simplement qu’on m’accepte telle que je suis »



Accusée de prosélytisme passif, Dalilla Tahri, a été licenciée en juillet 2002 pour « port de voile ». Décidée à mener sa défense jusqu’au bout, elle a obtenu mardi sa réintégration par les prud’hommes dans sa société de vente par téléphone. Son avocat relevait avant le verdict « qu’aussi fondamentale qu’il semble l’être », son employeur n’a posé aucune difficulté quant au port de son voile. Elle s’est toujours défendue de tout prosélytisme « Je ne suis pas fondamentaliste. Je ne demande pas aux autres de me suivre dans ma foi. Je veux simplement qu’on m’accepte telle que je suis »

 

Dallila Thari répond aux questions de SaphirNet.info

 

Pourquoi portez-vous le foulard ?

Dans un premier temps, le foulard est pour moi, un moyen de se soumettre à Dieu…

 

Par rapport à cette soumission à Dieu, nous avons beaucoup entendu ces derniers temps que le foulard serait plutôt le symbole de soumission à un homme...

Le jour où je me soumettrais à un homme…vous savez comme je l’ai déjà dit chez Ardisson (On ne peut pas plaire à tout le monde diffusé le 23 novembre) je ne suis soumise ni à un homme, ni à un frère, ni à un père. J’ai eu une éducation libre, d’ailleurs, mon entourage était très surpris lorsque j’ai commencé à porter le voile…Deuxièmement, le voile est pour moi une manière de se protéger du regard des autres (des hommes).

 

Justement par rapport à cet argument évoqué, la pudeur, au cours d’une émission diffusée sur France 2 Mots Croisés qui avait pour sujet « Faut-il avoir peur de l’Islam ? » une enseignante d’histoire dans un collège disait que le voile, au lieu d’éloigner les regards, les attirait. Quel est votre point de vue ?

Elle se trompe, bien au contraire, le voile est un moyen d’éviter les regards masculins, on se fait quand même moins draguer avec le voile.

 

Pour parler du procès, et de votre réintégration, quelles sont vos réactions ?

Je suis contente, vraiment très contente, la justice a fait son travail. J’ai toujours été honnête, je n’ai jamais menti. J’ai été discriminée et insultée, et on a fait ce que l’on devait faire, je n’ai pas fait tout cela pour l’argent, mais pour ma foi !

 

Quelles relations entreteniez-vous avec vos collègues et votre travail ?

Vous savez, personne ne m’a jamais parlé de mon foulard, avec mes collègues les relations étaient sympathiques, ainsi qu’avec toutes les personnes que j’ai rencontrées. Au cours de mon entretien préalable au licenciement, on m’a même dit que j’étais le meilleur élément du 93.

 

Le prosélytisme passif, ce terme est aujourd’hui d’actualité, pour votre cas on en a encore entendu parler, qu’en pensez-vous ?

Pour moi, le prosélytisme, c’est inciter les gens à se convertir, à adhérer à votre religion. Je ne l’ai jamais fait, je ne le ferai jamais, ne mélangeons pas travail et religion.

 

Plusieurs femmes qui ont décidé de porter le voile vivent au quotidien ce que vous avez vécu, à Nanterre, une jeune femme n’a pas eu la même chance que vous pour son emploi. Le fait que vous ayez remporté votre procès doit-il être vécu comme un exemple, servir de leçon aux femmes voilées ?

Il ne faut en aucun cas se laisser faire, il faut se battre. Mais honnêtement, mon combat à moi était égoïste, je m’explique, je n’ai pensé qu’à moi, je me suis défendu car on a porté atteinte à ce qu’il y a de plus cher à mes yeux, ma foi. Mais surtout il faut que les filles se réveillent sinon tout ce que j’ai enduré n’aurait servi à rien. Pour moi, l’émancipation de la femme passe par le travail, cela a été très dur.

 

Vous avez vécu le racisme et un procès à un âge assez mûr, vous avez aujourd’hui 30 ans, que pensez-vous de ce que vivent des jeunes filles au collège, au lycée qui ont décidé de porter le voile ?

Vraiment ces jeunes filles je les plains. D’ailleurs je leur tire mes révérences, mais je pense que le conseil d’Etat leur a donné raison. Mais j’ai un seul reproche à faire, certaines refusent de participer aux cours de musique, et aux sciences de la vie et de la terre, même si le contenu était très différent lorsque j’étais au lycée (il faut y participer)

 

Et en ce qui concerne la piscine ?

Pour la piscine, la solution n’est pas de quitter subitement les cours, il aurait peut-être fallu trouver un accord, ruser.

 

Les prud’hommes ont ordonné votre réintégration au poste défini par son contrat de travail et condamné l'entreprise à une astreinte de 150 euros par jour en cas de non-exécution, ne craignez-vous pas des réactions hostiles à votre égard ?

Je ne sais pas…, oui, peut-être les regards, un léger froid, c’est normal, mais j’ai peur que le froid s’installe, je ne veux pas être montré du doigt… Mais je reste optimiste il faut l’être. Je reprends le travail dès demain.

 

 

 






Dans la même rubrique :
< >

Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu