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Communiqués officiels

Crise des banlieues: le maire de l'Île-Saint-Denis propose une 'feuille de route'

Rédigé par Michel Bourgain, Maire, Vice-président de Plaine-Commune | Samedi 5 Novembre 2005

Deux jeunes adolescents, morts à Clichy-sous-Bois pour avoir paniqué en rentrant du sport devant un contrôle policier. Un père de famille, mort-lynché à Epinay pour avoir photographié des candélabres pour son travail. Sept nuits de quasi-émeutes nocturnes dans plusieurs villes du département d’abord, dans d’autres départements ensuite avec destruction de véhicules, incendies d’écoles, d’entrepôts, etc…Ces évènements graves, très graves sont l’écume d’une crise sociale et d’un mal-être profond qui dépassent de loin les actes de violence condamnables, commis par quelques déboussolés de la vie.



Solidarité avec les sinistrés

Au nom de l’ensemble de notre communauté insulaire, à ce jour épargnée par le malheur, je tiens à exprimer notre tristesse, notre solidarité et notre soutien aux familles endeuillées ainsi qu’aux populations traumatisées par les violences.

Condamnation des destructions

Avec la même conviction, je condamne fermement les violences, les destructions de biens publics et privés. En retournant leur rage désespérée contre leurs voisins d’infortune, les incendiaires portent tort aux enfants privés de salles de classe et de sport, privent les salariés de leur gagne-pain, augmentent la souffrance de celles et ceux qui subissent le plus de toutes les formes d’insécurité économique, sociale, civile, urbaine… Loin d’atténuer les malheurs des victimes, ces actes ne font que les aggraver. Ils viennent fragiliser de plein fouet la masse des jeunes et de leurs parents qui se battent, au milieu des mêmes difficultés, pour étudier, pour travailler, pour résister et vivre dignement.

La Banlieue mérite le respect !

Avec le même esprit de responsabilité, il me revient de dénoncer l’attitude irresponsable du ministre de l’intérieur qui, sous couvert de parler vrai, orchestre depuis des semaines, une véritable escalade et provocation verbale, ici « pour nettoyer au Kärcher telle cité de La Courneuve », là pour traiter de « racailles » les jeunes lors d’une sortie nocturne à Argenteuil…Il ne mérite pas d’être ministre de la sécurité publique celui qui excite la boule de désespérance et de révolte accumulée par des années de maltraitance des classes laborieuses privées de travail, parquées dans des cités-dortoir, discriminées au faciès, amalgamées à la délinquance et au fanatisme. Quel crédit peut-on accorder à ses déclarations de Justice dès lors que les services publics les plus essentiels pour les plus humbles sont privatisés (La Poste, edf, autoroutes..), qu’un produit de base comme le gaz augmente de 12 %, que les associations qui tissent au jour le jour le lien social (comme Ebullition) sont acculées à la fermeture, privées de subventions, que les crédits prévus pour le renouvellement urbain ou pour les transports en commun des banlieues sont coupés pendant que l’impôt sur la fortune est allégé, que les actionnaires reçoivent des dividendes supérieurs à 10 % et que les fortunes des plus riches grandissent ?

Réflexion en profondeur entre nous

La gravité de la situation appelle une réflexion en profondeur au sein de notre peuple. Il revient aux parents de parler avec leurs enfants de la situation. Les écouter d’abord, prendre la mesure de leurs inquiétudes et de leurs questions. Les sensibiliser sur les dangers de l’escalade, qu’elle vienne des incendiaires ou du « sinistre » de l’intérieur. Leur ouvrir les yeux sur le contenu à la fois destructif et révélateur de cette explosion violente. Réfléchir avec eux pour engager une lutte créative, pacifique et démocratique pour changer ce monde qui implose faute de transformations sociales et culturelles en profondeur.

Parmi les réponses susceptibles de sortir du bourbier actuel, nous suggérons :

En urgence

Des signes forts de la part du gouvernement indiquant qu’il a pris la mesure du malaise social, par exemple :
- Un fonds national d’initiative locale, doté immédiatement de 150 millions d’euros, gérés localement, permettant aux citoyens, aux associations, aux services municipaux des jeunes, aux clubs sportifs de conduire des projets communs tournés vers l’éducation, l’expression culturelle, la solidarité, la détente….
- Le déblocage immédiat des fonds d’Etat prévus pour le renouvellement urbain et pour les transports en commun des banlieues.
- La création d’un service civique pour les jeunes âgés de 18 ans, encadré et indemnisé, associé à du rattrapage scolaire ou à des formations courtes tels que permis de conduire, brevet de secouriste, bafa, leur permettant de consacrer 6 ou 12 mois, à des actions d’intérêt collectif et pacifique.
- La dotation supplémentaire en enseignants, surveillants et encadrants pour les établissements scolaires aux résultats les plus faibles

A moyen terme

Un grand programme de Dynamisation des Banlieues sur 15 années (urbanisme, déplacements, logement, commerces, entreprises, emploi, écoles, sport, culture, personnes âgées, espaces verts…) financé par les économies effectuées sur les dépenses militaires ou nucléaires par exemple, avec évaluation publique annuelle et actualisation tous les 3 ans.

Engagement populaire

Nous versons ces propositions pour alimenter le grand débat public que nous avons, citoyens et élus de base, le devoir de lancer et d’amplifier sous toutes les formes de façon à lever un grand mouvement populaire et volontaire pour que des décisions courageuses soient prises, par ce gouvernement et par tout autre qui pourra sortir des urnes après les élections de 2007.

Le 04 novembre 2005




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