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Société

Colloque Fils de France : vers « un islam français » ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté et H. Ben Rhouma | Lundi 22 Octobre 2012

Après six mois d’existence, le cercle de réflexion Fils de France, qui se réclame des mouvements souverainistes, organise un colloque intitulé « Vers un islam français » au Sénat, samedi 27 octobre. En parallèle de ses rendez-vous mensuels, l’association compte une nouvelle fois promouvoir l’idée que l’on peut être musulman et patriote. A sa manière, contestée parmi les musulmans. Camel Bechikh explique ses positions sur Saphirnews et son concept d'un « islam français ».



Camel Bechikh, président de Fils de France, organise un colloque intitulé « Vers un islam français » au Sénat, samedi 27 octobre.
Camel Bechikh, président de Fils de France, organise un colloque intitulé « Vers un islam français » au Sénat, samedi 27 octobre.
C'est dans l'ambiance feutrée du Sénat que l'association Fils de France a décidé d'organiser son grand rendez-vous de la rentrée.

Autour de son président Camel Bechikh, le colloque « Vers un islam français » va réunir, samedi 27 octobre, le politologue Gilles Kepel, auteur de l'ouvrage Quatre-vingt-treize sur l’évolution de l’islam de France, et les sociologues des religions, Oméro Marongiu et Moussa Khedimelleh. Le recteur de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, fidèle aux activités organisés par cette association de musulmans revendiquant leur patriotisme, a également répondu présent.

L’occasion pour tous ces invités de débattre toute une journée (de 9h30 à 17h) de la situation de l'islam en France. Après les conférences, le colloque, ouvert à tous, sera suivi d’un débat avec le public.

Vers un « islam franchouille » ?

« L’islam français », un nouveau concept ? « « L’islam français » se distingue de « l’islam en France » et de « l’islam de France », selon M. Bechikh. « L’islam en France » est celui des « primo-migrants » ; « l’islam de France » est la phase d’adaptation et donc « transitoire où l’on recherche à accommoder raisonnablement les concepts de la République ». Dans « l'islam français », les musulmans ont intégré « l’ensemble des concepts en phase avec l’environnement laïc de la république française », explique M. Bechikh. « C’est ce dernier que nous voulons promouvoir. »

Pour lui, le colloque permettra de parler d’un « islam franchouille », qui correspond à un prolongement de l’identité nationale dans la « tradition locale ». En clair, les musulmans sont en droit de revendiquer fièrement les couleurs de leur région. D’origine berrichonne et souvent en « pérégrination », M. Bechikh constate que c’est déjà le cas dans « l’islam rural » formé dans les petites villes, loin des grandes périphéries. A l’inverse, dans les quartiers populaires qui connaissent encore des vagues d’immigration, « l’islam en France » persiste alors que les villes moyennes sont dans « l’islam de France », juge-t-il.

Un amour revendiqué à la France malgré ses travers

Pour Camel Bechikh, il est important que la communauté musulmane revendique son amour pour la patrie française. Or, nombreux sont ceux qui ont du mal à dire qu’ils aiment la France, regrette-t-il : la faute à une « histoire très lourde » entre la France et les musulmans liée à « la colonisation » - elle-même causée par « le déclin du monde musulman » dès le 16e siècle - et ses conséquences.

Pourtant, il estime que les associations, qui se battent notamment pour que l'Etat français reconnaisse ses torts dans la colonisation, ne font que raviver cette « période douloureuse », semblant ainsi remettre en cause leur existence, essentielle pour que vérité et justice soient faites pour les victimes du système colonial.

S’il salue le geste de François Hollande de reconnaître le massacre du 17 octobre 1961, il pense aussi que les associations devraient également se battre pour que l’Etat algérien reconnaisse les massacres perpétrés contre les opposants du Front de libération nationale (FLN) en Algérie, après son indépendance en 1962. Si cet argument est compréhensible au vu de la complexité de l'histoire de l'indépendance algérienne, il faut cependant souligner que le propos n'est pas toujours audible car il a été piégé par l'extrême droite tendant de minimiser les responsabilités de la France.

Souverainiste et fier de l'être

On l’a bien compris : Fils de France est un mouvement patriotique avant tout. « Nous sommes un cercle de réflexion métapolitique, à la périphérie de la politique dans le sens de la gestion de la cité », déclare Camel Bechikh. « On promeut l’idée qu’une partie des musulmans est destinée à être patriotes français. Nous sommes attachés à l’indépendance de la France, souverainistes et pour une Europe gaulliste, unie mais où chaque pays garde ses particularités. »

L’association ne deviendra jamais un parti politique, assure-t-il. Mais elle revendique sa proximité avec les mouvements de Jean-Pierre Chevènement (Mouvement républicain et citoyen) et de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). L’idéal souverainiste de ces partis est repris par Fils de France.

Si ses positions en irritent beaucoup au sein même de la communauté musulmane, le mouvement a trouvé son public. Ce qui prouve que les musulmans dans leur ensemble se retrouvent dans toutes les sensibilités politiques de l'Hexagone. Après une ouverture aux inscriptions, lors de la date symbolique du 18 juin, l’association dénombre un peu plus de 200 membres à ce jour. Chaque mois, les « cafés Fils de France » au cours desquels une personnalité est invitée amène du monde. « Après Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères, ndlr), Jean-Pierre Chevènement et Tareq Oubrou, nous comptons accueillir plus tard des personnalités du monde culturel et artistique. La liste est longue », annonce M. Bechikh.






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