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Cinéma, DVD

« Chroniques d’une cour de récré » : regard d'enfant sur le monde ouvrier

Rédigé par | Mardi 21 Mai 2013



(Photo : © Futurikon / Jour2fête)
(Photo : © Futurikon / Jour2fête)
Contrairement à ce que son titre laisse envisager, Chroniques d’une cour de récré n’est pas un film pour enfants, s’attardant sur les jeux enfantins en cour de récréation. Il s’agit plutôt de morceaux de la vie ouvrière saisis par le regard d’un enfant.

L’enfant, c’est Brahim (Yanis Bahloul), fils d’un gardien d’origine marocaine employé dans une usine de Pierrrefitte-sur-Seine. La petite famille – le père (Mostefa Djadjam), la mère (Dalila Ibnou Ennadre), Brahim, son grand frère et sa petite sœur – loge donc dans un des bâtiments de l’usine, laquelle va bientôt fermer.

Nous sommes dans les années 1980, qui marquent la fin d’un monde industriel. Le jeune Brahim assiste au baroud d’honneur des salariés qui entament une grève, emmenés par Moustache (Vincent Rottiers), l’un des plus jeunes ouvriers. Une grève qui n’empêchera pas la fermeture de l’usine mais aura au moins permis de solidifier une conscience ouvrière face à un monde qui s’étiole.

L’usine apparaît comme un immense terrain de jeux pour Brahim : il y déploie son imaginaire à l’envi, trouve des tas d’ustensiles dans le bric-à-brac des outils, tel ce vieil Instamatic Kodak qui fera de lui un passionné de photo.

Car tous ces souvenirs, Brahim les prend en photos, sans pellicule. Un moyen d’exercer son œil. De la même façon, la télévision couleur qui rend l’âme ne laissant apparaître plus que la mire ou bien ces lunettes trafiquées censées permettre de voir le premier film en deux dimensions de l’époque initieront le jeune Brahim à la créativité audiovisuelle…

Car Brahim, c’est Brahim Fritah, le réalisateur de Chroniques d’une cour de récré, qui nous livre ses souvenirs d’enfance dans ce premier long métrage. Le film qui se veut une chronique sociale et familiale est cependant davantage une succession-juxtaposition de saynètes, faites de belles images, de jolis personnages, d’ambiances douces et attachantes.

Le plus grand attrait du film est son traitement poétique et onirique de l’enfance de Brahim, son amitié avec Salvadore (Rocco Campochiaro), fils d’un couple chilien ayant fui la dictature. Chaque détail, costume, décor, un brin désuets, nous rappelle la période fin des années 1970-début des années 1980, y compris les sanctions du directeur d’école prises à l’encontre de Brahim et de son compère Salvadore : de nos jours, les élèves ne font plus de travaux d’intérêt général à chaque fois qu’ils arrivent en retard !

Un film au goût suranné (mais voulu comme tel) qui nous plonge dans une époque pas si lointaine que l’on aimerait révolue. Mais c’est oublier que chacun porte en soi un cœur d’enfant innervé de souvenirs et faire accroire que le monde ouvrier n’est plus. Or l’année 2013 n’est-elle pas encore ponctuée de fermetures d’usines, de délocalisations et de licenciements secs ?

Chroniques d’une cour de récré, servies par une superbe bande son composée par Jean-Christophe Onno, est un film auquel on s’abandonnera si l’on aime suivre les premières productions de réalisateurs prometteurs.


Chroniques d’une cour de récré, de Brahim Fritah, avec Yanis Bahloul, Rocco Campochiaro, Vincent Rottiers, Mostéfa Djadjam, Philippe Rebbot, Anne Azoulay, Dalila Ibnou Ennadre, Lylia Ibnou Ennadre, Nina Descamps, Billel Bouakel, Stéphane Schoukroun, Raphaël Ferret, David Ayala, Reda Kateb.
Prix de la meilleure musique au Cinémed – Festival méditerranée de Montpellier 2012.
En salles le 5 juin.




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