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Monde

Chine : les musulmans ouïgours menacés

Chasses à l'homme

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 10 Juillet 2009

La répression politique du pouvoir chinois est à nouveau pointée du doigt depuis dimanche 5 juillet. Les affrontements à Xinjiang entre la police et les manifestants ouïgours, une ethnie musulmane turcophone, ont été particulièrement sanglants. Le bilan fait état de plus de 180 morts. Le calme reste encore précaire à Urumqi, capitale de la province, et les chasses à l’homme organisées par les Hans chinois font craindre le pire pour les Ouïgours. Les troubles s'étendent par ailleurs dans d'autres villes de la région.



Des femmes ouïgoures pleurent le sort de leurs maris emprisonnés, arrêtés arbitrairement selon elles. Près de 200 d'entre elles sont descendues dans les rues pour réclamer leur libération mardi 7 juillet.
Des femmes ouïgoures pleurent le sort de leurs maris emprisonnés, arrêtés arbitrairement selon elles. Près de 200 d'entre elles sont descendues dans les rues pour réclamer leur libération mardi 7 juillet.
Quand les médias chinois restent silencieux et très peu exacts sur les faits, c’est Internet qui témoigne, offrant au monde un spectacle de désolation à travers les photos et les vidéos amateurs.

Urumqi, capitale régionale de la province du Xinjiang, à l’extrême ouest de la République populaire de Chine, est le théâtre d’affrontements sanglants, depuis dimanche 5 juillet, entre les Hans, l’ethnie majoritaire chinoise et les Ouïgours, une minorité ethnique musulmane. On dénombrerait à ce jour plus de 180 morts et plus de 1 600 de blessés. Cependant, ces informations restent encore difficiles à vérifier et l'appartenance ethnique des victimes n'a pas encore été identifiée. Selon les Ouïgours, la majorité des morts sont les leurs.

Une chose est sûre. « Ce à quoi on a assisté ce week-end est clairement une explosion de violence qui a pris un caractère ethnique », déclare, pour Saphirnews, Thierry Kellner, spécialiste de l’Asie centrale. « Si les chiffres se confirment, les incidents actuels seraient les plus violents et les plus sanglants depuis la Révolution culturelle (1966-1976, ndlr), mis à part les incidents de 1997 à Kulja, ville du nord du Xinjiang. À cette époque, Internet n’existait pas encore, ces émeutes se sont peu fait connaître, donc on n’a pas de bilan de ces émeutes », explique-t-il.

Un pogrom anti-Ouïgours à l’origine des émeutes

Ce chercheur à l’Institut de recherche sur la Chine contemporaine, basé à Bruxelles, revient sur l’élément déclencheur de ces graves incidents. Tout est parti d’une rumeur – non fondée –, selon laquelle des Ouïgours auraient violé une fillette dans la province de Guangdong, près de Hong-Kong, en juin dernier.

« Des informations et des vidéos ont circulé sur Internet, montrant le lynchage d’ouvriers ouïgours par des Hans dans une usine de Guangdong. C’est ce qui a mis le feu le poudre, car la population ouïgoure a été très choquée. Elle s’attendait à une réaction du pouvoir chinois en arrêtant les meneurs par exemple. Malheureusement, il n’y a eu aucune réponse des autorités », affirme M. Kellner.

Internet n’a pas de frontières. C’est ainsi qu’une manifestation s’est déroulée à Urumqi, de l’autre côté de la Chine. « On ne sait pas vraiment comment cela a dégénéré, si c’est bien la police anti-émeute chinoise – qui n’est d’ailleurs pas connue pour sa tendresse – qui a déclenché la colère des Ouïgours. Des informations font état de morts parmi les manifestants, car la police aurait tiré dans le tas. Ce qui paraît avéré est que tout ce qui semble chinois dans la ville, comme les commerces, a été attaqué ce week-end », poursuit-il.

Chasses à « l’Ouïgour » en vue ?

Depuis, les Hans, en colère, crient à la vengeance. Depuis lundi 6 juillet, les contre-manifestations s’organisent et nombreux sont ceux qui sortent armés de bâtons, de matraques, voire de machettes, pour des expéditions punitives contre les Ouïgours. Cependant, « 80 % de la population d’Urumqi est Han. Les Ouïgours sont tout au plus 14 %. La répression officielle est déjà présente, mais des émeutes à caractère ethnique, où les Hans essaieraient de prendre leur revanche sur les Ouïgours de manière sanglante, pourraient se rajouter », s’inquiète M. Kellner.

Un constat : les protestations des Ouïgours s’inscrivent dans un contexte de répression politique et religieuse des autorités chinoises menée à leur encontre.
Accentuée depuis 2001 sous couvert de lutte contre l'extrémisme religieux et le terrorisme, cette politique ne changera pas de cap. « La Chine est attentive à ce que les débordements soient vite circonscrits. Dans le contexte de crise économique et de troubles sociaux, elle n’a qu’un intérêt : la stabilité », ajoute le chercheur.

Une stabilité qui se paie au prix fort pour les Ouïgours, qui voient leur espace économique se réduire depuis des décennies au profit des Hans, venus massivement coloniser le Xinjiang après la création de la République populaire de Chine, en 1949.

Plus de 1 400 personnes auraient donc été arrêtées. Pékin accuse déjà les Ouïgours « de l’étranger », dirigés par la dissidente Rebiya Kadeer, figure de la cause exilée à Washington, d’avoir fomenté ces troubles. Fait improbable, car les Ouïgours sont peu structurés.

Quoi qu’il en soit, la communauté internationale reste encore peu émue du sort des Ouïgours. La plupart des mosquées ont été fermées et plusieurs milliers de policiers et de militaires ont été déployés dans la ville.

Malgré le couvre-feu, décrété depuis mardi 7 juillet, la situation à Urumqi reste précaire et les troubles risquent bien de se propager aux villes avoisinantes, où les Ouïgours sont majoritaires. C'est le cas de Kashgar, deuxième ville de la province, qui a vu ses premiers troubles naître.





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