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Sur le vif

Cannes: un film sur l'affaire des caricatures pour 'apaiser'

| Dimanche 18 Mai 2008



"C'est dur d'être aimé par des cons" n'a pas vocation à rouvrir des blessures mais il est au contraire apte à dissoudre les tensions, affirme Daniel Leconte, le réalisateur de ce documentaire.
"Je pense que le film est de nature à apaiser les tensions, il n'est pas du tout fait pour les alimenter. Il dit bien où est le propos, qui est de pacifier les relations, de permettre la meilleure intégration possible entre les musulmans et la République", a dit le documentariste en conférence de presse, devant un auditoire clairsemé.
"La vertu de cette affaire et l'intérêt de la réalisation du film viennent du fait que je suis persuadé que toute cette histoire a servi aux musulmans notamment à exprimer quelque chose qui les sépare des intégristes", a renchéri Philippe Val, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, jugeant que le procès et le documentaire avaient permis de faire une distinction entre les "islamo-fascistes" et les autres musulmans.
Ce documentaire, présenté dans la sélection officielle hors compétition, retrace la genèse du procès intenté par le Conseil français du Culte musulman (CFCM) à l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures Danoise.
Il se déroule les 7 et 8 février 2007. Le 22 mars, le tribunal déboute les plaignants; l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Ligue islamique mondiale font appel. Le 12 mars 2008, la cour d'appel confirme la relaxe de l'hebdomadaire satirique, considérant qu'il a participé à "un débat public d'intérêt général".

Daniel Leconte, auteur de nombreux documentaires sur Klaus Barbie, Boris Eltsine, Fidel Castro entre autres, n'a pas pu filmer les débats eux-mêmes.
Aussi son film combine-t-il prises de vue contemporaines du procès, notamment dans la salle des pas perdus du tribunal, transformée pour l'occasion en agora, et témoignages après coup des protagonistes, au premier rang desquels Philippe Val et les avocats, Georges Kiejman et Richard Malka pour l'hebdomadaire et Francis Szpiner pour les plaignants. Val, Malka et Szpiner participaient à la conférence de presse cannoise.
Dans les notes de production, Leconte dit que "ce film parle en filigrane de l'autocensure d'une grande partie de la presse", concernant les caricatures elles-mêmes, et il parle aussi de la conception de son documentaire, "dont aucun média n'a voulu".
"Si je n'avais pas été producteur, ce film n'aurait sans doute jamais existé", a-t-il affirmé. Leconte dirige une société de production baptisée Doc en Stock qui s'est lancée toute seule dans l'aventure avant d'être rejointe en cours de route par Canal + Cinéma et le distributeur Pyramide.
"C'est une aventure extraordinaire qui met le doigt sur la question centrale de l'autocensure", poursuit-il. "C'était un sujet tabou, qui faisait peur à ceux qui ne devraient pas avoir peur, aux journalistes en premier."
Leconte s'est également félicité que "C'est dur d'être aimé par des cons" - le titre reprend la légende d'un dessin de Cabu en une de Charlie Hebdo - ait été sélectionné par le Festival de Cannes.
"Le choix de la sélection officielle, c'est le choix de la France. On n'est plus seul", a-t-il dit, parlant d'"une énorme victoire".





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