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Economie

Cancun: une conférence pour rien.

Rédigé par Lamine C. | Lundi 15 Septembre 2003

La semaine dernière s’organisait à Cancun (Mexique) la cinquième conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les négociateurs des 146 pays membres, conviés à débloquer un cycle de négociations enlisé sur la libéralisation du commerce mondial entamé à Doha en 2001 ont échoué. En tout cas, dimanche soir 14 septembre, des membres de diverses délégations annonçaient la rupture des négociations Alors que ces diplomates et hommes politiques rivalisaient dans l’art de la diplomatie dans le dossier « charnière » de la négociation qu’est l’agriculture, au même moment, 840 millions de personnes souffraient de malnutrition sur la planète.



La semaine dernière s’organisait à Cancun (Mexique) la cinquième conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les négociateurs des 146 pays membres, conviés à débloquer un cycle de négociations enlisé sur la libéralisation du commerce mondial entamé à Doha en 2001 ont échoué. En tout cas, dimanche soir 14 septembre, des membres de diverses délégations annonçaient la rupture des négociations Alors que ces diplomates et hommes politiques rivalisaient dans l’art de la diplomatie dans le dossier « charnière » de la négociation qu’est l’agriculture, au même moment, 840 millions de personnes souffraient de malnutrition sur la planète.

 

L’OMC ou la valse complexe des marchands de tapis

Aux sorties de la seconde guerre mondiale, un consensus émerge au sein d’une poignée de pays sur la nécessité d’éliminer le plus rapidement possible les entraves aux échanges et d’oublier ainsi l’escalade tarifaire des années 30 perçue comme responsable pour partie du conflit. Sous l’influence des Etats-Unis, le GATT est créé en 1947. Son objectif : supprimer progressivement les barrières au commerce entre les nations signataires de l’accord pour assurer le libre échange. Cette libéralisation des échanges était alors conçue comme un facteur d’amélioration du bien-être. Cependant, lorsque l’on recherche des fondements théoriques ou même des antécédents historiques qui pourraient soutenir cette affirmation, les difficultés commencent. Ainsi, l’OMC, née le 1er janvier 1995, est l’organisation qui a pris la succession du GATT dans cette optique. Il émane de cette structure une série d’accords très sophistiqués, d’accès difficile et dont le contenu intégral n’est accessible qu’aux seuls techniciens rémunérés à cette cause, rendant ainsi le suivi « citoyen » ardu. Comment cela fonctionne ? Au consensus. Et qui dit consensus, dit concessions. Alors L’OMC est le lieu d’une valse de « marchands de tapis ». Selon un représentant indien à Cancun, «ça ressemble plus à un marchandage commercial sur le mode 'Qu'est-ce que tu me donnes et qu'est-ce que je te donne en échange'»

 

Des promesses ruineuses pour le Sud

Lors de sa création, deux chantiers furent déterminés dans le domaine de l’agriculture. D’une part, les pays du Nord s’engageaient à favoriser l’accès de leurs marchés aux pays du Sud en abaissant leurs droits de douane et d’autre part, à limiter les aides financières octroyées à leurs agriculteurs qui faussent les règles du jeu de la concurrence sur les marchés. Ce mécanisme d’aide est élémentaire mais fatalement dévastateur : par le biais de subventions à l’exportation accordées à leurs producteurs, les Etats-Unis et l’Union européenne leurs permettent de vendre leurs marchandises à des prix inférieurs aux coups de production des pays concurrents. Ainsi, cette politique ruine l’agriculture des pays en voie de développement, allégorie quelque peu légère incarnée par les pays les plus pauvres ou moins avancés.

 

De belles promesses non tenues

Mais depuis 10 ans, les pays du Nord ont traîné les pieds pour diminuer leurs droits de douanes. Ainsi, ils ont maintenu des taux élevés pour des produits considérés comme « stratégiques » tel que le sucre ou la viande et ont établi de nouvelles barrières non tarifaires contraignantes pour les pays pauvres (barrières sanitaires, normes de qualité..). De leurs cotés, les pays en développement ont appliqué des tarifs douaniers moins élevés sous la pression d’organisations internationales comme le FMI, stimulant en conséquence leurs importations (achats) de produits agricoles. Parallèlement, Etats-Unis et Union européenne attribuent toujours quelques 300 milliards de dollars de subventions chaque année à leurs agriculteurs et les mettent ainsi à l'abri du marché mondial.. D’où le sentiment de ces pays de s’être fait avoir. Pour résumer, on promit aux pays pauvres de faciliter l’accès de leurs produits aux marchés du Nord, ce qui leur aurait permis de gagner des revenus. C’est le contraire qui se produisit.

 

La libéralisation tue en entretenant la faim 

Il semblerait que pour la plupart des pays du sud, la libéralisation ne constitue pas en soit une réponse à leurs problèmes. Intrinsèquement, leurs niveaux de développement et de productivité dans l’agriculture sont si faibles face aux pays du Nord qu’ils ne peuvent pas lutter à armes égales. La libéralisation signifie alors, à « coups sûrs », la destruction de leur agriculture et la réduction de leur sécurité alimentaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en juin 2002, 840 millions de personnes non fictives, dont 790 millions dans les pays en développement, souffraient de malnutrition et chaque année, la faim chronique tue des millions d'êtres humains. Paradoxe : au regard des capacités de production excédentaires, notre planète pourrait nourrir 11 milliards d’humains. La faim n’est donc pas une fatalité liée à l’insuffisance des ressources, mais le symbole d’inégalités économiques et sociales, de la fracture qui divise le Nord et le Sud de la planète.





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