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Religions

CRCM-PACA, les raisons du blocage

Entretien avec Azzedine Aïnouche, membre de la liste indépendante

Rédigé par Propos recueillis par Amara Bamba | Jeudi 29 Septembre 2005

Quatre mois après les élections du Conseil français du culte musulman (CFCM), son représentant dans la région province Côte d'Azur (CRCM-PACA) est dans une situation de blocage. Le « nouveau bureau » mis en place est vivement contesté. Membre du bureau sortant (Liste indépendante) et membre sortant du bureau exécutif du CFCM ( mosquée Islah), M. Aïnouche Azzedine est docteur en sciences politiques. Entretien avec un dirigeant musulman qui veut faire respecter le droit.



Azzedine Aïnouche, membre du bureau de la liste indépendante
Azzedine Aïnouche, membre du bureau de la liste indépendante

SaphirNet.info: Nous avons couvert les élections 2005 du CRCM-PACA. Et il vous a été notamment reproché de vous adresser aux tribunaux pour régler des litiges internes à la communauté musulmane.

Azzedine Aïnouche: Je n’ai pas souvent été d’accord avec les propos de certains articles que vous avez diffusés. C'est une bien étrange manière de renverser la réalité de la situation. Ces reproches, qu’ils soient sincères ou opportuns, ne parviendront pas chez l'internaute sensé, à occulter les graves dysfonctionnements qui nous ont amenés aujourd'hui vers un arbitrage de la justice. Imaginez qu'on continue à laisser certains " responsables" musulmans agir comme bon leur semble, au mépris de l'intérêt du culte musulman, sans qu'ils puissent jamais être inquiétés ! Je crois au contraire qu'il faut se réjouir de l'engagement courageux de certains d'entre nous qui osent dire "ça suffit" et qui en appellent au droit. Aucune évolution de la situation du culte musulman et de sa représentation n'est envisageable si on laisse se perpétuer l'impunité pour sauver quelque apparence de pseudo fraternité bafouée sans restriction quand ça arrange.

Soit! Mais quels sont ces dysfonctionnements que vous dénoncez ?

Azzedine Aïnouche: Vous me permettez de revenir rapidement sur certains agissements inqualifiables qui ont précédé les élections et qu’il s’agit de dénoncer avec force, car attentatoires aux principes démocratiques de base et risquant de créer des déchirures irréversibles au sein de notre communauté. Aux pressions et intimidations dignes d’un autre temps, nous avons assisté à l’éveil et à l’utilisation des sentiments les plus primaires de racisme et de nationalisme déplacé, pour inciter les électeurs à voter pour telle ou telle liste. Nous avons même assisté, en sus des triches sur les dimensions et la réalité de certains lieux de culte, à des procédés des plus illégaux lorsqu’on intima aux délégués électeurs de ressortir, le jour de l’élection, avec les imprimés des listes non déposées dans l’urne pour s’assurer du choix qui leur a été imposé. Bien évidemment, ce ne sont pas ces considérations que nous avons mises en avant devant la justice. Mais nous avons pris en compte des éléments de faits touchant à la régularité même du scrutin compte tenu du règlement électoral en vigueur et sur lesquels je pense revenir si vous m'en donnez l'occasion.

Vous remettez en cause la légitimité du « nouveau bureau ». Vous avez porté plainte et vous venez d'être débouté de votre référé. Quel crédit peuvent encore avoir vos contestations ?

Azzedine Aïnouche: Il convient avant tout de revenir sur plusieurs faits et leur chronologie car le scrutin du 19 juin a été entaché de nombreuses irrégularités. Nous avons demandé, avant même l’ouverture du bureau de vote, l’application du règlement électoral concernant les cotisations dont un grand nombre d’associations ne se sont pas acquittées. Par ailleurs, certaines listes n’ont pas respecté les conditions requises quant aux critères de candidature de leurs membres. L'ampleur de ces manquements a dénaturé, selon nous, les résultats du scrutin quand bien même, ils n'ont pas pu empêcher l'expression d'un large et majoritaire soutien de notre liste chez les responsables et délégués des lieux de culte dans notre région puisque nous sommes arrivés bien devant les trois autres listes avec nos 38%. Des contestations ont été soulevées dès ce moment. Mais jusqu'à aujourd'hui, les instances nationales ( COMELEN – Bureau du CFCM) n'ont pas jugé utile de les traiter alors même que le règlement électoral stipule que le "COMELEN" statue sur toute difficulté survenue dans le déroulement du scrutin et sur les contestations mentionnées dans le procès verbal" (art. 14).

Mais alors que s'est-il passé?

Azzedine Aïnouche: C'est justement dans ce contexte que les responsables des trois listes arrivées derrière la Liste Indépendante ont cru bon de se précipiter pour se distribuer les fonctions du bureau dans un mépris total des règles statutaires et sans respect aucun vis-à-vis des acteurs du culte en PACA. Je voudrais ici ouvrir une parenthèse pour signaler le ridicule de la situation puisque les responsables de ces trois listes, non seulement se réunissent sans inviter statutairement les quatre membres élus de la Liste Indépendante, pour tenter de forcer le choix d’un président négocié ailleurs. Mais en sus, ils se sont attribués tous les postes du bureau pour n’en proposer aucun aux membres de la Liste Indépendante arrivée pourtant largement en tête. Nos actions en justice étaient devenues incontournables devant tant de légèreté. Le jugement rendu ce mercredi 7 septembre met en avant l'incompétence du juge des référés à statuer sur nos questions. Nous n'avons pas été déboutés et notre démarche, parce que légitime, se poursuivra sur le fond. Nous n'avons pas d'autre choix que de nous comporter de manière responsable en la matière, c'est un devoir envers les musulmans.

Ne pensez-vous pas que c'est la gestion du culte musulman en PACA qui va en pâtir?

Azzedine Aïnouche: Ce dont il faut bien prendre conscience c'est qu'aujourd'hui la situation est bloquée et ne permet aucun fonctionnement. Ceci est en grande partie dû aux précipitations et manquements de certains "responsables". La résolution des contestations actuelles est la seule manière de se remettre sur des rails rationnels et de garantir un minimum de sérieux dans la gestion du culte musulman. Par ailleurs, nul n'ignore que les affaires du culte musulman continuent à subir l'ingérence de diverses officines externes au culte. Ces officines ne sont pas étrangères aux multiples manœuvres et manipulations observées lors de ces élections. Les difficultés rencontrées dans la gestion du culte musulman sont d'abord le fait de ces tutelles.

Vous qui connaissez les arcanes du CFCM et du CRCM-PACA, quel regard portez-vous sur ce type de blocage au moment où le CFCM entame un deuxième mandat ?

Azzedine Aïnouche: Cette crise, réelle puisque le "nouveau/ancien" bureau arrive difficilement à se réunir, était déjà là avant la fin du premier mandat. Là encore, les dossiers lourds dont nous avons la charge étaient négociés ailleurs que dans les instances officielles et régulières du CFCM. En son temps, nous avions tiré la sonnette d'alarme pour mettre en garde contre ce grave dysfonctionnement qui risquait de vider le CFCM de toute crédibilité devant les musulmans. Je pense que le CFCM et le CRCM, élus démocratiquement, peuvent jouer efficacement ce rôle d'interface entre les acteurs du culte musulman et les pouvoirs publics. Je pense que ces conseils peuvent apporter des solutions aux problèmes rencontrés par le culte musulman pour peu qu'ils s'affranchissent des diverses tutelles qui les accablent et affranchissent l'Islam de toutes récupérations politiciennes ou diplomatiques.

On est tenté de dire qu'il y a deux bureaux de CRCM en région PACA

Azzedine Aïnouche: Non, pas pour nous. Pour nous il n’y a qu’un seul bureau. Il est vrai que nous sommes dans une situation de blocage institutionnel. Le CFCM et les tribunaux ont fait savoir qu'ils n'étaient pas habilités à se prononcer sur notre cas. Dans ce contexte, hé bien, nous allons y aller sur le fond.

C'est à dire?

Azzedine Aïnouche: C'est à dire que dans cet intermède, nous estimons que seul le bureau sortant est habilité à parler au nom du CRCM-PACA. Pour nous, le CRCM est toujours en place et il est sous l'autorité de son bureau sortant. Cela est une situation de fait actuellement. Puisque nous avons un président (ndr, sortant), et que la structure fonctionne dans les mêmes locaux avec ses salariés qui continuent de travailler.

Et pendant ce temps, où en est la Grande mosquée de Marseille ?

Azzedine Aïnouche: Sur ce sujet par exemple, le CRCM-PACA (ndr, le bureau sortant) a fourni de gros effort et a fait avancer le dossier. Alors que le maire de Marseille avait gelé le projet, nous avons réussi à le rouvrir et à le faire avancer. Le maire est désormais d'accord. Mais vous comprenez que certains responsables de la collectivité ont attendu que passent les élections pour poursuivre ce travail. Mais pour le moment, les choses sont dans l'état. Personne n'a pris d'initiative nouvelle. Chacun attend. C'est dommage bien sûr, mais c'est compréhensif.






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