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Bordeaux, l'islamophobie a de la jambe

Un agent municipal porte plainte

Rédigé par Ali Berthet | Jeudi 12 Janvier 2006

Omar Djellil a fini par craquer. Employé à la mairie de la ville de Bordeaux depuis le mois juillet 2005, son contrat allait jusqu'à la fin de l'année. Mais c'est au mois d'octobre 2005 que ce musulman de 35 ans a présenté sa démission. Il n'en pouvait plus d'être la cible de l'islamophobie de certains de ses collègues.




Le 5 décembre dernier, Hugues Martin, député-maire de Bordeaux, répond en chat à des internautes. Il est interpellé sur le cas Omar Djellil.  « Il y a 4 000 agents à la ville de Bordeaux, de toutes appartenances philosophiques ou religieuses, répond Monsieur le maire. Il y a notamment et depuis bien longtemps de très nombreux collaborateurs de confession musulmane. Jamais, je dis bien, jamais, il n'y a eu ce type de débordements. J'ai immédiatement fait diligenter une enquête administrative et renouvelé les instructions pour que de tels agissements, s'ils sont avérés, soient lourdement sanctionnés. »

Pour Omar, il ne fait de doute que ces agissements sont avérés. C'est bien à lui que certains collègues refusaient de serrer la main. C'est bien sur son bureau qu'on a déposé des tranches de porc, cette viande dont il ne veut pas manger. Omar n'a pas de doute sur la haine que certains de ses collègues expriment envers sa religion. Comment douterait-il encore, après avoir reçu, à la fin du ramadan, une enveloppe de « Bon ramadan » contenant des photos pornographiques mettant en scène des femmes en Hijab? Et lorsque, après quatre mois de calvaire, il se résigne et démissionne, c'est une lettre anonyme qui lui est adressée à son domicile: « Pour une mairie propre bye bye! » Elle est signée « Des collègues heureux ».

Si Omar a tenu quatre mois, c'est qu'il ne manque pas de ressources. Malgré les vexations, il garde la tête froide et tente de donner du sens à l'inexpliquable: « quand, dans un service de trente personnes, il n'y a aucun Noir ni Maghrébin, qu'est-ce qui se passe face à la différence ? On ne sait pas la gérer.»

Quitter la France


Aujourd'hui Oumar Djellil envisage de quitter la France où il est né. Il compte tenter sa chance ailleurs. Aux Etats-unis ou peut-être en Grande-Bretagne. « La terre de Dieu est vaste ». Oumar rêve de pays où il peut être musulman sans souffrir d'une atmosphère d'islamophobie. Car l'oppression commence lorsque l'on se sent à portée d'une oppression.
Hugues Martin a raison d'évoquer les quatre mille agents de sa mairie pour souligner la diversité de ses agents. Il a aussi raison de signaler avec insistance la nouveauté de ce type de débordement. Ce qui montre que l'islamophobie a bien le vent en poupe. Car depuis la loi antifoulard, l'onde islamophobe qui parcourt la France, ne cesse d'élever son niveau d'énergie. D'amplitude variable et de fréquence instable, l'onde islamophobe se fait de plus en plus visible.

Le cas Oumar est un cas parmi d'autres. Il est rendu public parce qu'Oumar est un militant associatif qui accepte de parler à la presse sans se cacher. De grands journaux comme l'Express, Libération ont bien traité le sujet. Mais nous savons que de nombreux autres cas du même genre, voire pire, sont noyés dans le silence des larmes. Dépités et en colère, des citoyens de France sont régulièrement blessés au plus profond de leur être par un mal social que d'aucun refuse de nommer et que nous qualifions volontiers d'islamophobie.

Prendre son passeport et partir ailleurs. C'est la décision qu'ont pris des adolescentes exlues de l'école pour cause de Hijab. Le placier de Bordeaux envisage de rejoindre le lot d'enfants de France forcés à l'exil pour avoir choisi l'islam comme religion. Partir loin de cette mère qui les traîte de batards spirituels et les renvoie vers un père hypothétique avec lequel elle s'est compromise dans l'aventure coloniale. Avant de faire ses bagages, Omar a décidé de se battre. Il a porté plainte.





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