Le 5 décembre dernier, Hugues Martin, député-maire de Bordeaux, répond en chat à des internautes. Il est interpellé sur le cas Omar Djellil. « Il y a 4 000 agents à la ville de Bordeaux, de toutes appartenances philosophiques ou religieuses, répond Monsieur le maire. Il y a notamment et depuis bien longtemps de très nombreux collaborateurs de confession musulmane. Jamais, je dis bien, jamais, il n'y a eu ce type de débordements. J'ai immédiatement fait diligenter une enquête administrative et renouvelé les instructions pour que de tels agissements, s'ils sont avérés, soient lourdement sanctionnés. »
Pour Omar, il ne fait de doute que ces agissements sont avérés. C'est bien à lui que certains collègues refusaient de serrer la main. C'est bien sur son bureau qu'on a déposé des tranches de porc, cette viande dont il ne veut pas manger. Omar n'a pas de doute sur la haine que certains de ses collègues expriment envers sa religion. Comment douterait-il encore, après avoir reçu, à la fin du ramadan, une enveloppe de « Bon ramadan » contenant des photos pornographiques mettant en scène des femmes en Hijab? Et lorsque, après quatre mois de calvaire, il se résigne et démissionne, c'est une lettre anonyme qui lui est adressée à son domicile: « Pour une mairie propre bye bye! » Elle est signée « Des collègues heureux ».
Si Omar a tenu quatre mois, c'est qu'il ne manque pas de ressources. Malgré les vexations, il garde la tête froide et tente de donner du sens à l'inexpliquable: « quand, dans un service de trente personnes, il n'y a aucun Noir ni Maghrébin, qu'est-ce qui se passe face à la différence ? On ne sait pas la gérer.»