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Société

« Aujourd’hui, l’islamophobie est tolérée au plus haut niveau de l’Etat »

Rédigé par Propos recueillis par la rédaction | Vendredi 27 Octobre 2006

Président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, Mouloud Aounit est un laïque convaincu. Il est aussi l’une des rares personnalités à dénoncer et combattre la vague d’islamophobie qui a gagné l’hexagone depuis quelques années. Nous l’avons interrogé sur l’affaire des bagagistes de Roissy que le Mrap a pris en charge.



« Aujourd’hui, l’islamophobie est tolérée au plus haut niveau de l’Etat »

Saphirnews.com : Le Mrap et quelques syndicats se sont réunis hier pour déterminer la marche à suivre dans l’affaire des bagagistes de Roissy. Qu’avez-vous décidé ?

Mouloud Aounit : La CFCT, la CGT, la CFDT, le Collectif contre l’islamophobie en France, le Mrap, quelques avocats des plaignants et sept bagagistes ont participé à cette réunion.

Incontestablement, l’arbitraire et la discrimination ont prévalu dans les exclusions professionnelles de ces employés. Les témoignages des sept bagagistes présents, qui confirment les témoignages que nous avions recueillis, ne font aucun doute là-dessus.

Face à cela, nous allons lancer un appel à la mobilisation pour condamner ces pratiques et que toute la lumière soit faite sur la manière dont on leur a retiré leurs badges. Nous envisageons aussi un dépôt de plainte contre le préfet, en coordination avec l’ensemble des autres plaintes qui sont prévues.

On ignore encore les motivations de ces retraits. Si ces bagagistes étaient des criminels, ils seraient aujourd’hui en prison. Hors, ils ne sont pas licenciés mais ils ne travaillent pas. Il va vraiment falloir mettre un coup d’arrêt à ce genre de pratique qui représente ce que l’on peut appeler « l’effet De Villiers ». Il faut arrêter cette chasse aux sorcières contre les populations arabo-musulmanes qui n’a rien à voir avec la lutte tout à fait légitime contre le terrorisme.

Le ministre de l’intérieur a parlé, le 21 octobre dernier, de « pratique radicale », concernant les mêmes bagagistes. Assistons-nous à une criminalisation médiatique de la pratique de l'islam ?

M.A : Absolument. Ce qui est insoutenable et inacceptable, c’est le motif d’une pratique radicale. Qu’est-ce que c’est qu’une pratique radicale ? Faire cinq fois la prière ? Se laisser pousser la barbe ? Faire son pèlerinage à la Mecque ? Si c’est cela une pratique radicale, qu’on nous dise, effectivement, qu’il est interdit aujourd’hui d’être musulman en France. Est-ce qu’aujourd’hui être musulman, et je le dis en tant que laïque, est un délit ou un crime ?
Qu’on le dise clairement.

Selon nos informations, le Préfet de Seine Saint Denis aurait subi des pressions politiques du gouvernement qui en subirait lui-même des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Que savez-vous du rôle exacte des services d'Etat dans cette affaire ?

M.A : Ce que nous pouvons dire c’est que nous sommes dans la dimension obscure vis-à-vis de la manière dont ces employés ont été interrogés et les motivations de ces retraits de badges. Il y a arbitraire dans cette affaire et une absence de clarification publique sur ce que l’on reproche aux bagagistes. Si l’information que vous me donnez est avérée, c’est une ingérence inacceptable de forces étrangères qui voudraient exciter l’amalgame entre islam et terrorisme. Cela veut donc dire, que demain, on va mettre sous surveillance tout une catégorie de personne et sur quels critères ?

Constatez-vous ou non une augmentation des actes islamophobes en France ?

M.A : J’avais demandé au gouvernement de mettre en place un observatoire qui soit capable de recenser et d’analyser l’ensemble des actes racistes. On m’a répondu que pour l’antisémitisme cela existait déjà et que c’était donc inutile.

Il y a une complaisance des plus hautes autorités sur ce terrain de l’islamophobie. Par exemple, il y a tous les jours des torrents de messages de haine islamophobe, appelant au meurtre et au passage à l’acte sur des sites comme France-Echos ou Occidentalis. Nous avons saisi le ministre de l’intérieur et fait un rapport à la commission nationale et consultative des droits de l’homme. Les autorités ont fermé le site de la tribu K qui tenait des propos antisémites et c’est très bien. Mais rien n’a jamais été fait pour l’islamophobie qui est tolérée au plus haut niveau de l’Etat.

Je vais vous donner un autre exemple caractéristique de la situation actuelle. On vient de porter un héros qui s’appelle Mr Rédéker, qui a écrit un article d’une violence raciste inouïe, qui participe à l’amalgame entre islam, islamisme, terrorisme, en disant que chaque musulman est éduqué dans la haine et la violence à cause du Coran. On a tout à fait le droit de critiquer les religions et je condamne les menaces qu’il a reçues d’un illuminé.

Mais voilà un homme qui a envoyé un message raciste et islamophobe fort et qui est devenu un héros. Pas une seule personne ne s’est élevée pour dénoncer le caractère raciste et l’utilisation de la liberté d’expression pour faire du racisme anti-musulman, une simple opinion parmi d’autres. C’est une dérive.

Nous avons, aujourd’hui, des gens qui nous disent que l’acte islamophobe est justifié. Dans les universités, on interdit l’accès à un certain nombre de bureau à des filles voilées. Il y a encore quelques jours je suis intervenu en faveur d’une mère de famille qui voulaient accompagner ses gamins dans le cadre d’une sortie scolaire et qu’on a refusé parce qu’elle portait le voile.

Deux mosquées ont été couvertes de croix gammées et de slogans islamophobes, il y a quinze jours. Pas un seul ministre ne s’est déplacé. Il y a une vague islamophobe bien réelle, qui se traduit par des actes, et de l’autre côté, par l’absence d’indignations et de résistance. L’affaire des bagagistes est à ce titre révélatrice et symptomatique. Nous voulons en faire un combat pour montrer que dans notre République, le racisme islamophobe est condamnable au même titre que tous les autres racismes.







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