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Attentat contre la voiture du préfet Dermouche : un défi à l'intégration

Rédigé par Bouali Houda | Lundi 19 Janvier 2004

Pas de revendication, et des enquêteurs qui, pour l’heure, ne disposent d’aucune piste : s’il reste mystérieux, l’attentat qui a totalement détruit la voiture du préfet du Jura, dans la nuit de samedi à dimanche, à Nantes, n’intervient en tout cas certainement pas au hasard. Il vise un symbole de l’intégration – Aïssa Dermouche, premier préfet «issu de l’immigration», avait été nommé trois jours plus tôt par Nicolas Sarkozy – et intervient au lendemain des manifestations contre le port du voile à l’école. L’ensemble de la classe politique a condamné avec la plus grande fermeté cet acte de violence qui s’inscrit dans une stratégie de la peur et de la division.



Pas de revendication, et des enquêteurs qui, pour l’heure, ne disposent d’aucune piste : s’il reste mystérieux, l’attentat qui a totalement détruit la voiture du préfet du Jura, dans la nuit de samedi à dimanche, à Nantes, n’intervient en tout cas certainement pas au hasard. Il vise un symbole de l’intégration – Aïssa Dermouche, premier préfet « issu de l’immigration », avait été nommé trois jours plus tôt par Nicolas Sarkozy – et intervient au lendemain des manifestations contre le port du voile à l’école. L’ensemble de la classe politique a condamné avec la plus grande fermeté cet acte de violence qui s’inscrit dans une stratégie de la peur et de la division.

 

Un attentat élaboré

Après l'assassinat de Claude Erignac en Corse, c'est la deuxième fois qu'un préfet est visé par un acte de violence sous la Ve République. Fort heureusement, il n'y a cette fois-ci « que » des dégâts matériels importants. La cible se nomme Aïssa Dermouche. L'homme que Nicolas Sarkozy vient de désigner comme préfet du Jura et qui doit prendre ses fonctions le 9 février prochain à Lons-le-Saunier. Le premier, aussi et surtout, à être « issu de l'immigration ».
Il est 4h40, dimanche matin, lorsqu'une forte explosion retentit à une vingtaine de mètres de son domicile nantais, qu'il occupe pour quelques jours encore. Sa voiture, une Saab qu'il a garée comme d'habitude en bordure d'un boulevard, est détruite par une bombe. Les enquêteurs arrivés sur place recueillent les premiers indices pour tenter de savoir où était placé l'engin explosif. Et s'il possédait un retardateur. Le mystère reste entier pour l'instant. L'acte n'a, en effet, pas été revendiqué. Mais il a été très bien préparé. «C'est tout de même un attentat élaboré, puisque la voiture n'était pas devant chez lui et qu'il fallait donc savoir que c'était la sienne» estime le procureur de la République de Nantes, Jean-Marie Huet, qui s'interroge sur l'identité et les motivations du ou des auteurs : «est-ce l'extrême droite, des intégristes musulmans, des jalousies d'ordre privé ?».


Difficile de ne pas noter que cet attentat intervient au lendemain des manifestations contre l'interdiction du port du voile à l'école. 600 personnes avaient défilé dans le chef lieu de Loire-Atlantique, une ville où les policiers ne connaissent pourtant pas l'existence de «structures dures». Aïssa Dermouche en tout cas l'assure : il n'avait «pas d'ennemis» à Nantes, où il occupait les fonctions de président de l'école supérieure de commerce, Audencia Nantes.
«Très serein», il bénéficiera malgré tout d'une protection renforcée, à la demande du garde des Sceaux, Dominique Perben. L'ensemble de la classe politique a exprimé sa solidarité avec le futur préfet du Jura. Jean-Pierre Raffarin l'a appelé au téléphone pour lui dire son soutien. Jacques Chirac a demandé que «les auteurs de cet acte très grave soient poursuivis et punis avec la plus grande fermeté». Pour le maire socialiste de Nantes, Jean-Marc Ayrault, c'est «un acte de violence totalement condamnable, mais il faut être prudent dans l'analyse et se garder de toute spéculation». Indignation également des Verts, du PCF et du MRC. Pour le président de l'UDF, François Bayrou, «il y a là un danger très grave de la montée de la violence, de l'incompréhension, de l'intégrisme et de l'intolérance», alors que le président du Front national, y voit «la preuve de l'insécurité qui règne dans notre pays et un avertissement terroriste».
Aïssa Dermouche était reçu, à 9h30 ce matin place Beauvau par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui avait fait part hier de sa «profonde indignation».

 

La stratégie de la peur

Bien sûr, il ne faut exclure aucune piste. Mais on ne peut croire au hasard lorsqu'il est prémédité. D'où qu'il vienne, l'attentat contre la voiture du préfet Dermouche, dans la nuit suivant les manifestations contre la future loi sur la laïcité, s'inscrit dans une stratégie de la peur.


En jouant de façon parfaitement synchronisée sur l'amalgame, il vise directement les efforts d'intégration de la communauté musulmane dont le nouveau préfet du Jura est le symbole désigné. Inversement, il ne peut que conforter les tendances communautaristes croissantes constatées ces dernières années. C'est, aujourd'hui, sans doute le plus grand danger qui guette la société française, car l'on voit mal comment de telles tendances n'aboutiraient pas à des situations de tensions et d'affrontements entre communautés. Hormis une poignée d'extrémistes de tous bords, qu'ils soient islamistes ou ultranationalistes, personne ne peut imaginer tirer parti d'une telle perspective.
Heureusement sans gravité humaine, cet attentat n'en est pas moins extrêmement grave dans sa démarche, et dans les menaces qu'il véhicule. Car, entre poursuivre les mécanismes d'intégration ou laisser le processus communautaire se poursuivre, il n'y a pas d'alternative. Or, la peur entraîne toujours un effet de repli identitaire : c'est bien le piège tendu aux citoyens français, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique, par ceux qui ont fait exploser la voiture d'Aïssa Dermouche.
Il appartient donc aux pouvoirs publics de les déterminer au plus vite afin de mettre un terme à la peur et à la suspicion, en faisant tomber les masques.

 

 

Les élus jurassiens expriment leur soutien

L'annonce de l'attentat commis contre le véhicule d'Aïssa Dermouche à Nantes dans la nuit de samedi à dimanche a vivement touché les Jurassiens. Certes, ils ne connaissent pas encore physiquement celui qui vient d'être nommé préfet de leur département dans des conditions très particulières, mais la déferlante médiatique des derniers jours en fait déjà un homme très attendu en terre jurassienne. C'est donc un réflexe immédiat de soutien qui s'est manifesté naturellement. En préfecture, tout d'abord, où Yves Dassonville, préfet actuel, exprime sa «plus profonde sympathie à l'égard de M. Dermouche» et témoigne de sa «profonde indignation par rapport à un acte criminel imbécile et inacceptable.» Les services préfectoraux ont d'ailleurs contacté personnellement Aïssa Dermouche par téléphone hier matin pour l'assurer de leur soutien.
Autre réaction immédiate, celle du secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera qui possède une résidence dans la région de Tavaux. Très ému par cet acte, le ministre s'est dit «révolté», allant même jusqu'à employer le terme «d'acte barbare» : «J'espère que les auteurs de cet acte seront appréhendés le plus tôt possible».
Le sénateur-maire de Dole, Gilbert Barbier, lui, n'a appris la nouvelle qu'en milieu de journée et s'est dit «profondément choqué» : «On ne juge pas les gens sur leurs origines ou sur leur couleur, mais sur leurs actions». Même type de réactions de la part de Jacques Pélissard, député de la première circonscription (Lons-le-Saunier), qui se dit «totalement scandalisé» : «C'est un acte odieux, cette nomination doit déranger certains clichés et stimuler certaines réactions racistes...» Dans leur ensemble, les responsables jurassiens assurent leur nouveau préfet de leur solidarité.





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