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Assassinat barbare de Cheikh Yassine

Rédigé par Zaïri Rachid | Mardi 23 Mars 2004

Condamné par les dirigeants arabes et musulmans, mais aussi par les pays européens, l'assassinat barbare par l'armée d'occupation israélienne du chef spirituel du Hamas Cheikh Ahmad Yassine a déclenché, semble-t-il, un tournant dans l’histoire du Proche-Orient et celle du monde. Dénonçant cette barbarie, le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens. Les palestiniens ont promis de causer une 'tremblement de terre' pour venger le symbole de la résistance.



 

Condamné par les dirigeants arabes et musulmans, mais aussi par les pays européens, l'assassinat barbare par l'armée d'occupation israélienne du chef spirituel du Hamas Cheikh Ahmad Yassine a déclenché, semble-t-il, un tournant dans l’histoire du Proche-Orient et celle du monde. Dénonçant cette barbarie, le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens. Les palestiniens ont promis de causer une 'tremblement de terre' pour venger le symbole de la résistance. 

 

Assassinat à la sortie de la mosquée après la prière de l’aube

 

L’armée d’occupation israélienne a tué le chef spirituel du Hamas, cheikh Ahmad Yassine, lors d'un raid aérien. L'assassinat a été unanimement condamné et les groupes palestiniens de résistance ont promis de se venger fortement.


Des hélicoptères ont tiré trois missiles sur le chef du groupe palestinien Hamas alors qu'il sortait d'une mosquée de Gaza après la prière de l’aube. L'attaque a fait sept autres morts et quinze blessés. Selon la radio publique, le premier ministre Ariel Sharon a personnellement donné son feu vert à ce raid.

Selon les témoins, les hélicoptères israéliens ont tiré trois missiles en direction du Cheikh âgé et paralysé et de ses deux gardes du corps alors qu'ils quittaient la mosquée, les tuant sur le coup. Au total, sept personnes ont été tuées et 17 blessées dans l'attaque, selon des responsables hospitaliers.

Youssef Haddad, un chauffeur de taxi, raconte avoir vu les trois missiles atteindre le chef spirituel du Hamas et ses gardes. 'Leur corps ont volé en éclats', a-t-il déclaré, ajoutant : 'son fauteuil roulant était tordu. Deux ou trois personnes gisaient à côté de lui. L'un avait perdu ses jambes'.

A Gaza, au moins 200 000 personnes criant vengeance ont suivi le cortège funèbre de cheikh Yassine. Des manifestations ont aussi eu lieu dans d'autres villes. Au moins 14 Palestiniens ont été assassinés par des tirs israéliens dans la journée.

L’armée israélienne a immédiatement et totalement bouclé les territoires palestiniens, envoyant des troupes supplémentaires à Gaza, où des dizaines de milliers de personnes, dont des centaines d'hommes en armes et des voitures diffusant des appels aux représailles, sont immédiatement et spontanément descendues dans les rues crier leur rage, alors que les mosquées diffusaient des versets du Coran. Un épais nuage de fumée noire flottait sur Gaza, où les manifestants brûlaient des pneus.

Cet assassinat donne le signal d'une 'guerre ouverte', a déclaré Abdelaziz Rantissi, dirigeant politique du mouvement. 'Ce sont des tueurs de prophètes et, aujourd'hui, ils ont tué un symbole islamique. C'est la guerre à l'islam', a-t-il dit. En assassinant le cheikh Yassine, les Israéliens ont 'voulu assassiner la cause palestinienne'.

 Les Brigades des martyrs d'Al Aqsa, un autre groupe de résistance palestinienne, ont promis de mener la 'guerre aux fils de Sion'. Dénonçant ce 'crime barbare', le président palestinien a décrété trois jours de deuil.

Héros et martyr

Dès lundi dernier, on indiquait de source militaire israélienne qu'une des cibles privilégiées de Tsahal serait Cheikh Yassine, qui vivait à Gaza depuis qu'Israël avait dû le libérer en 1997 sur l'exigence du roi Hussein de Jordanie afin d'obtenir le retour de deux agents du Mossad capturés à Amman où ils tentaient d'assassiner un autre dirigeant du Hamas.

'Il m'a dit: 'Je ne crains pas le martyre. J'aime le martyre. Ils me trouveront quand ils veulent sur ma chaise roulante. Je ne me cache pas'', a rapporté un des fidèles de la mosquée de Yassine où les hélicoptères israéliens ont frappé à l'aube.

Mohamed, un des fils du cheikh, a déclaré avoir fait remarquer à son père trois heures avant le raid que des drones (avions sans pilote) israéliens survolaient Gaza pour prendre des repères, peut-être en vue de le liquider. 'Nous souhaitons le martyre. A Allah nous appartenons et à Allah nous retournerons', a-t-il alors rétorqué à son fils.

Cheikh Yassine, qui avait fait l'objet en septembre à Gaza d'une première tentative d'assassinat dont il était sorti blessé, avait accordé la semaine dernière à Reuters une interview dans laquelle il assurait que 'lorsque qu'un dirigeant du Hamas tombe, une centaine d'autres sortent de l'ombre'.

Malgré les raids ciblés répétés d'Israël ces derniers mois à Gaza, plusieurs autres dirigeants du Hamas ont échappé à des tentatives d'assassinat, dont Abdelaziz Rantissi, 56 ans, numéro un politique et porte-parole du mouvement, et Mohamed Deïf, le chef de sa branche militaire, les brigades Ezzedine Kassam.

Néanmoins, l'élimination de Cheikh Yassine, qui n'a pas fait l'unanimité au sein du gouvernement israélien, où les ministres de l'Intérieur et de la Justice appartenant au parti laïc Shinuï se sont désolidarisés de cette action, est présentée comme un succès par Israël, même si elle a toutes les chances de lui valoir une vague d'attentats sanglants et sans précédents.

Condamnations et réactions dans le monde


L'Union européenne a condamné l'assassinat. Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a qualifié le raid d''inacceptable'. En Suisse, Micheline Calmy-Rey a déploré que s'intensifie 'la spirale de la violence'. Washington s'est contenté d'appeler au calme. Dominique de Villepin a dénoncé également en se contentant de dire que cela 'alimentera davantage la violence'. Jacques Chirac a condamné cet assassinat dans la soirée.

 

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a affirmé lundi à Tunis qu'Israël avait agi 'hors la loi sous couvert d'immunité internationale' pour assassiner Cheikh Ahmed Yassine. 'Israël jouit d'une immunité internationale de la part de tous les pays. Autrement dit, il a eu un feu vert international et c'est là le vrai problème dans cette escalade de la violence', a déclaré à la presse M. Moussa en marge d'une réunion du Conseil de la Ligue Arabe à Tunis. 'Pour un acte similaire, tout autre pays aurait été rapidement condamné par le Conseil de sécurité de l'Onu... les choses sont différentes quand il s'agit d'Israël', a-t-il accusé.

 

 

 

Par ailleurs, des milliers de Palestiniens d'Irak ont appelé à venger la mort du chef spirituel et estimé que la bataille contre 'l'ennemi' est entrée dans une phase 'décisive'. Rejoints par des membres de partis religieux sunnites et chiites, les réfugiés palestiniens ont effectué une marche dans l'Est de Bagdad exprimant leur rage contre Israël et les 'régimes traîtres' arabes. 'O Cheikh Yassine, nous sacrifierons notre sang pour toi', ont promis des hommes, des femmes et des enfants qui sortaient de la mosquée al-Qods pour se diriger vers le siège du Mouvement national palestinien d'Irak, lié à l'OLP. 'Nos régimes arabes en Egypte, Jordanie, Koweït, Arabie Saoudite, au Maroc, sont pourris jusqu'à la moelle car ils cèdent à la pression américaine', a affirmé Rafic Fares, un réfugié de Haïfa âgé de 71 ans.

 

Le chef du département politique (Affaires étrangères) de l'OLP, Farouk Kaddoumi, a affirmé que l'assassinat de Cheikh Yassine par Israël 'n'éteindra pas le feu de la résistance, bien au contraire', dans une déclaration lundi à l'AFP à Tunis. 'C'est une gifle aux bonnes intentions et à ceux qui croient qu'Israël veut négocier', a-t-il ajouté. M. Kaddoumi a mis en cause les Etats-Unis dont 'l'appui matériel et politique sans limite est l'arme de guerre aux mains d'Israël', a-t-il ajouté. Le chef du département politique a salué la mémoire de Cheikh Yassine déplorant la perte d'un 'leader croyant, un grand combattant qui a sacrifié sa vie à libérer de son pays d'une occupation des plus sauvages'.

 

L'administration Bush assure ne pas avoir été avertie à l'avance par Israël de l'opération contre Cheikh Ahmed Yassine. Sans condamner cet assassinat, les États-Unis ont appelé les deux camps au calme. La conseillère américaine à la Sécurité nationale, Condoleezza Rice, a affirmé que la Maison-Blanche n'avait pas 'été prévenue' dans un entretien à la chaîne de télévision NBC, en ajoutant qu’il faut considérer le Hamas comme un groupe terroriste et non comme groupe de résistance.





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