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Société

Après la perte de son beau-frère et de son meilleur ami dans le crash d’Air France, il est victime de violences policières

Simple contrôle routier ?

Rédigé par Haroun Ben Lagha | Mercredi 17 Juin 2009

Miloud Akly, père de famille et gardien d’immeuble dans la ville de Tours, a perdu son beau-frère et son meilleur ami lors du crash du vol AF 447 Rio-Paris d’Air France. Mais, pour lui, l’épreuve ne s’arrête pas là. C’est en effet Miloud lui-même qui devait prendre l’avion en compagnie de son meilleur ami. Ce dernier venait de gagner un séjour à Rio. Seulement, peu intéressé par un tel voyage, Miloud propose à son beau-frère, plus jeune, de prendre sa place dans l’avion. La suite est connue de tous. Mais le traumatisme va ensuite redoubler d’intensité pour Miloud Akly et sa famille.



Pour Miloud Akly, c’est un incessant va-et-vient qui commence entre Tours et Châtellerault, lieu de résidence de sa belle famille. Il reste profondément choqué et confie à la rédaction du site Rue89.com : « J’ai l’impression d’avoir envoyé mon beau-frère à la mort. » Son épouse se trouve « dans un état dépressif grave, elle manque de se suicider, elle est arrêtée par le médecin pendant un mois pour traumatisme psychologique avancé. »

Le calvaire continue

M. Akly ne pouvait à aucun moment penser qu’un autre drame allait le frapper de plein fouet. Alors qu’il rentrait chez lui, à Tours, le dimanche 7 juin, au volant de son 4 x 4, avec sa femme et ses trois enfants, âgés respectivement de 7, 12 et 14 ans, il remarque vers 1 heure du matin qu’il est suivi par une voiture de police.

Le père de famille atteint son parking quand l’un des policiers lui demande de s’arrêter. « Ils me disent : "Vous êtes perdus ? On peut vous renseigner ?" » Je leur répond : « Non merci, je suis chez moi. » Les agents lui signalent qu’il vient de griller un feu rouge, puis lui demande ses papiers.
Sa femme Zohra, épuisée et profondément attristée par la perte de son frère, ne manque pas de faire part de son agacement aux forces de l’ordre. Elle lance aux policiers : « Qu'est-ce qu'il y a ? Laissez-nous tranquilles, je viens de perdre ma famille. Ça vous gêne un Arabe qui gagne bien sa vie ? »

Selon ses dires, M. Akly s’excuse aussitôt auprès des policiers. Il tente de faire rentrer sa femme et ses enfants à l’intérieur de la maison dans le but de s’entretenir tranquillement avec les agents de police. Ces derniers l’agrippent « par l’épaule » et demandent instamment au père de famille de leur présenter ses papiers.

Seulement, tout comme sa femme, Miloud Akly est totalement épuisé par le traumatisme consécutif à la perte de son beau-frère et de son meilleur ami. À bout de nerfs, il crie : « Vous cherchez la merde ou quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »

La violence se serait substituée au dialogue

La réaction des policiers ne se fait pas attendre, ils lâchent « aussitôt » leur chien sur Miloud, qui tombe brusquement par terre. Au même moment, l’un des agents se dirige vers le véhicule dans lequel sont restés les enfants apeurés, en leur disant – toujours d’après le témoignage de la victime – : « Fermez vos gueules, restez dans le 4 x 4 ou je vais vous mettre une tarte. »

Pour le chef du service sécurité et proximité de la police, interrogé par La Nouvelle République : « C’est le délit routier qui est le point de départ de cette affaire […] Les deux agents ont voulu procéder à un contrôle normal d’identité. »

« Plaqué et maintenu fermement au sol », Miloud Akli a très mal, il éprouve des difficultés à respirer, l’un des policiers n’hésitant pas à « tirer sur ma gorge et mon cou ». Prise, selon les dires de la victime, qui « s’apparente à une clé d’étranglement. » Cette pratique a par ailleurs été interdite en 2007 par la Cour européenne des droits de l’homme, à la suite d'un décès survenu en 1998.

Après la perte de son beau-frère et de son meilleur ami dans le crash d’Air France, il est victime de violences policières
M. Akly aurait donc été roué de coups, insulté et enfin qualifié de « sale Arabe » par les agents de la force publique. Or, selon les services de police, Miloud Akly « a frappé l’un de nos fonctionnaires d’un coup de poing au visage. Les deux agents ont alors lâché le chien, animal de dissuasion avec sa muselière utilisée en pareil cas. La police a donc fait un usage normal et modéré de la force […] C’est une technique policière classique. »

Un voisin alerté par le bruit vient prendre la défense de Miloud, il explique au passage que ce dernier vient de perdre des proches. Ce à quoi la police répond : « On s'en fout, il n'a qu'à pas insulter les flics. » Le voisin se dirige enfin vers la femme et les enfants de la victime de l’agression pour les faire rentrer chez eux.

Un policier de la brigade anti-criminalité (BAC) arrive sur les lieux de l’incident. Celui-ci connaît Miloud Akly et collabore souvent avec lui. Il demande à ses confrères de cesser de molester le gardien d’immeuble, dont le travail est visiblement apprécié de tous. Cela n’aurait pas empêché les policiers de « serrer fortement » les menottes.

Une garde à vue de seize heures

S'ensuivent seize heures de garde à vue au commissariat. L'interrogatoire prend une tournure déconcertante : Il est, par exemple, demandé à Miloud Akly le montant de son salaire ou encore le prix de son loyer.

C’est seulement le matin du lundi 8 juin qu’un policier acceptera que M. Akly dépose une plainte. Un médecin consulté lors de la garde à vue lui prescrit un jour d’interruption temporaire de travail et six jours d’arrêt maladie. Aucune copie ni de la plainte ni du certificat du médecin n’aurait été remise à l'intéressé, lors de sa sortie du commissariat. Arrêté durant la nuit, il ne quittera le commissariat que le lendemain, vers 18 heures.

Le père de famille de 44 ans est aujourd’hui accusé d’outrages et de coups et blessures sur des policiers. Il se défend pourtant d’avoir touché l’un d’entre eux et insiste sur le fait que ce sont eux qui l’auraient attaqué. Miloud Akly s’est vu remettre une convocation au tribunal correctionnel de Tours pour le 10 septembre prochain.

Aujourd’hui, la victime de ces violences policières n’a pas l’intention d’en rester là. À priori soutenu par de nombreux témoins, il a d’ores et déjà entamé une procédure à l’encontre de ses deux agresseurs présumés. La police précise que « les blessures, notamment au nez, de M. Akly, se sont faites lorsqu’il est tombé à terre. »


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